Thirteen reasons why

J’avais entendu beaucoup de potins au sujet de cette série. De bonnes choses comme de moins belles choses. J’ai décidé d’en avoir le coeur net et de me faire ma propre opinion sur le sujet.

Évidemment, j’ai été choquée sur le sujet. J’ai été choquée des scènes sur le harcèlement, sur celle des viols et la fameuse scène de suicide. Oups! J’ai dit le mot vilain. Suicide… Oui, je suis comme tout le monde j’ai les poils qui se dressent sur mon bras quand je prononce le mot. Mais comment réussir à en parler sans dire le mot? Sans donner l’impact à ce mot comme il convient? Ce qui me choque le plus c’est l’hypocrisie des gens qui veulent en parler sans vraiment en parler. Je crois qu’une série comme celle-ci permet de défaire les non-dits et les illusions que nous avons sur l’acte de s’autotuer. Pourquoi quelqu’un veut-il se tuer? Pourquoi quelqu’un veut-il disparaître? Désirer ne plus exister? Aurons-nous une vie humaine pour comprendre?

Ce qui m’a troublé le plus est la finale. Tout le monde est coupable. Tout le monde y a ajouté son grain de sel. Tout le monde aurait pu attacher cette personne à la vie. Les intervenants, les enseignants, les directeurs, les parents, les amis… Mais chacun a laissé mourir l’espoir. Des pancartes le suicide n’est pas une option ont-elles vraiment leur impact quand la personne aux prises avec son côté le plus sombre d’elle-même ne prend même pas la peine de lever les yeux du plancher? Tous ces beaux discours va voir un médecin, un psy…eux comprennent, sont-ils justifiés? C’est juste moi ou j’ai un énorme malaise de confronter la réalité que sincèrement… peu de personnes peuvent aider quand on décide de mettre un terme à la souffrance.

Alors non…cette série ne vous montre pas comment faire. Si vous l’avez pris comme tel le message n’a pas eu d’écho en vous. Vous devriez peut-être la regarder de nouveau ou… vous questionner sur votre propre sensibilité. Que craignez-vous au juste?

Un sourire. Une bonne blague. Une caresse sur l’épaule. Un bonjour. Un intérêt sincère vers l’autre, sa vie, ses passions… c’est cela la véritable cure. Avec la patience comme alliée évidemment. Je ne prétends pas connaître la solution ultime, il n’y en a pas. Les gens font ce qu’ils font parce qu’ils sont malades et sont dans les ténèbres, mais il suffit… parfois… de remettre la lumière.

Pourquoi la série m’a affectée autant? Je ne peux m’empêcher de penser à un ami qui a osé le faire… Sans rentrer dans les détails pour protéger sa mémoire et celle de ses amis proches… car je ne le connaissais pas vraiment. Comme dans cette série, j’ai eu un rôle difficile. Celui de continuer à parler méchamment. Celui de ne pas accepter la personne totalement. Sa différence. Son unicité. Pourquoi? Loin de dire qu’on fait tous des erreurs, j’étais jeune et stupide et ma conception du monde et de sa diversité était une grande déficience. Par chance, j’ai grandi et j’ai appris. Mais ce n’est pas seulement ça qui m’a affecté. Je ne peux pas prendre  simplement l’histoire de quelqu’un d’autre et me l’approprier. Je pense aussi à un collègue de travail qui a sauté du sixième étage et a fait éclater sa tête au bas des escaliers. Chaque fois que je passe là, je retiens mon souffle. Je ne le connaissais pas, mais j’ai mal parce que le prochain je pourrais le connaître. Toutefois, si la série m’a affecté autant c’est sûrement parce que j’y ai pensé un jour…plusieurs jours. Pendant longtemps, disons. Même si ma vie a été différente des protagonistes, l’émotion est la même. Le sentiment de profonde solitude… Incurable, indéniable et fatale je la connais que trop bien.

J’ai trouvé à temps l’écriture. J’ai trouvé à temps ma chandelle qui m’éclairait dans les ténèbres. Je me suis tuée par l’intermédiaire de mes personnages plus d’une centaine de fois. Au fond, mes livres, c’est moi en entier ou en partiel, mais il s’agit toujours de moi.  Alors cette série originale de Netflix a fait ressortir de sous mon lit quelques monstres qui s’y cachaient depuis longtemps. Et si, on cesse de voir nos héros comme des personnes en cape avec de super pouvoirs, mais plutôt comme des personnes vulnérables et sensibles… peut-être…je dis bien peut-être on arriverait, du moins, dans l’art à éveiller quelques âmes, à sauver des gens qui nous sont chers. Je crois que 13 raisons devraient être écoutées en famille afin d’ouvrir la discussion. Simplement l’ouvrir afin de briser l’isolement, briser les doutes, briser les pensées qui se noircissent.