Pourtant, il faut vivre

Je recommençais il y a quelques semaines un nouveau poste. Encore un apprentissage, un compte à rebours remit à zéro, refaire ses preuves, connaître de nouvelles personnes, je débute à la ligne du débutant… Le drapeau brandi m’indique l’heure du départ et je dois m’élancer sans attendre. Encore une fois en état de survie, mais ne serait-ce pas ça au final, l’histoire de ma vie?

Savoir se poser, véritablement, demande du courage. Je ne suis peut-être pas née avec cette capacité…vous non plus d’ailleurs, n’est-ce pas? Toujours déstabiliser quoiqu’il nous arrive. L’état d’urgence en permanence, l’argent, le ménage, l’épicerie, cuisiner, bouffer, ne pas se coucher tard, recommencer le lendemain. Une roue éternelle. Est-ce ça la vie? Est-ce ça que les humains en évoluant ont sincèrement désiré? Ou ne serait-ce pas la grosse maison, la grosse bagnole et les kids? Les champs ou la ville? La maison ou la cohabitation? Le chien ou le chat? Le beau ou le gentil? Je ne sais pas. En fait, je ne sais plus ce que je veux, mais ce que je peux vous garantir c’est que survivre ne m’intéresse plus.

« Je recommence encore.»

« Tu fais des choix qui sont bons pour toi.»

« Mais je ne sens pas que j’avance…»

« Nouveau poste, nouvel appart’ et maintenant tu vends ton auto pour vivre plus sainement et tu penses encore que tu n’as pas avancé?»

« J’ai peur.»

« Tant mieux.»

Avant je ne savais pas que je pouvais perdre plus précieux que tout le matériel qui m’attachait à mon malheur. Avant je ne savais pas ce que ça voulait dire s’éveiller au monde. Avant je ne savais pas ce qu’il fallait faire pour être heureuse. J’ai fait des choix durs. Des choix qui me font encore peur. Pas de voiture? Mais je vais faire quoi moi sans voiture? Comment aller ici et là? J’avais oublié mes jambes, mon corps et cette immense capacité de se déplacer par soi-même. J’ai oublié de regarder le paysage qui m’entoure. J’ai oublié que je pouvais me poser près du Fleuve. Oublier de respirer le printemps et sentir le vent sur mon visage. J’ai oublié de vivre… Nous avons en nous cette puissance immense du combat certes, mais de la résignation.  Pourtant, il faut arriver à vivre et ne plus être en état de survie. Il faut ralentir la cadence, se poser des questions et y répondre au risque de se tromper et d’arriver, un peu plus tardivement, à la vérité…

Comment je veux vivre? Qu’est-ce qui  me rend heureuse? Qu’est-ce que je dois faire aujourd’hui pour me choisir, moi? Est-ce que cette personne se préoccupe vraiment de mon bonheur ou veut-elle simplement quelqu’un à qui se comparer? Qu’est-ce qui est important pour moi aujourd’hui?

Selon les bouddhistes, il y a deux façons d’aller vers le nirvana : par la souffrance ou par la joie. Et, il y a trop longtemps que je prenais l’option un quand j’aurais pu choisir le deuxième.

Alors l’idée que je suis en train de tout recommencer est fausse. Je suis dans le continuum de ma guérison. Je suis sur le chemin du rétablissement physique, psychologique et émotionnel. Ces trois axes dans ma vie qui sont difficile doivent avancer cote à cote sans préférence sans quoi la solution sera incomplète. Et les demi-mesures ne m’ont jamais rien apporté, je dois m’y investir totalement. Il y a certaines personnes, peut-être vous vous y reconnaitrez, doivent passer par mille chemins avant de trouver le bon ou du moins, le mieux pour le moment. Je suis de ces gens-là qui continuent d’essayer malgré les blessures. Je suis de celles qui espèrent et qui croient au bonheur. Si le bonheur était une secte, je serais adepte. Malgré mes feintes, malgré mes détours, malgré mes hésitations, je crois au plus profond de moi que j’ai le droit d’être heureuse. Et je poursuis ma quête. Pas que je ne peux abandonner et que je dois restée forte, mais bien parce que je me sens fragile et que l’abandon et moi on se connait bien. Et à force de connaitre mon ennemi, je serais en mesure de le vaincre.

Peu importe vos enfances, vos tristesses, vos échecs… Il n’est pas question de tourner la page ou d’oublier ou même pardonner… Mais de vous aimer. La véritable guérison, la véritable solution, la vérité du monde elle est là… aime-toi. Il n’est pas nécessaire de traverser le désert pour avoir soif. Alors, comprends qu’il n’est pas nécessaire d’acheter, de te faire accepter ou de faire des choses pour l’autre pour être aimé. L’amour est en toi déjà. Elle est là, l’unique vérité et le bonheur sa conséquence.