Je ne vous souhaite pas bonne année

Le nouvel an me semble plus symbolique que Noël. Noël est une course interminable de consommation, de beuverie et de débauche alimentaire. Et quand la famille est éclatée, absente ou morte c’est plus lourd qu’une roche dans la rivière. Le nouvel an est le début du nouveau décompte pour que la terre fait un tour complet sur elle-même. Cette immense masse sur laquelle nous vivons continu son petit train-train annuel, mensuel et quotidien. Alors ne sommes-nous pas entrain de célébrer l’anniversaire de la terre? Après tout, elle a un an de plus.

Le nouvel an est symbolique pour une raison encore plus profonde. C’est un passage important pour faire un récapitulatif de notre année passée et nos souhaits pour la prochaine. Mais ce n’est pas une simple question d’embrasser mamie et souhaiter bonne année avec un bécot bien baveux. C’est plutôt une chose intérieure et propre à chacun. Un souhait intime et sincère que nous voulons protéger et travailler pendant la prochaine année. Ne me mentez-pas! Non. Mangez moins, maigrir ou faire plus d’argent ne sont pas des souhaits intimes.

La nouvelle année est un passage vers le mieux. Alors laissez-moi vous guidez. Prenez papier et crayon. Assoyez-vous dans cette pièce qui vous fait sentir bien. Une pièce dans votre maison idéalement. Prenez un temps pour revoir votre année. Les moments de joie et celles plus triste. Revoyez vos bons coups et vos moins bons coups. Puis, sur le papier commencer par je me remercie pour cette année 2017. Prenez chaque émotion que vous avez vécu triste comme joie et remerciez-vous de l’avoir vécu. Remerciez-vous d’avoir passer au travers, d’avoir su vaincre et échouer. Sans jugement. Sans solution. Sans promesse pour 2018. Sans anticipation. Simplement, acceptez de vous remerciez de cette belle expérience de la vie dans votre corps, votre coeur et votre esprit. Quand vous aurez terminez cet exercice, mettez sur papiers vos cinq priorités pour l’année 2018. Indiquez ensuite comment vous allez passer à l’acte. Soyez doux avec vous. Soyez aimant avec vous. Ce n’est pas une compétition et le count down ne finit pas en 2019. Soyez patient.

Il ne suffit pas simplement d’écrire je veux maigrir, mais plutôt, je veux donner à mon corps tendresse et amour. Comment?  Je vais préparer mieux ma liste d’épicerie et m’en tenir. Je vais prendre le temps de cuisiner avant de commander. Je vais manger en silence plutôt que devant la télévision. Je vais sentir ma faim et remercier pour mon repas. Vous voyez? Il n’est pas obligé de juste dire je vais pousser trois fois plus lourd au gym.

Pour le nouvel an, je me suis accrochée à cette idée qui dit de la fêter comme on voudrait que la prochaine année se présente à nous. Calme en famille devant un film? Entre amis à la discothèque? Entre amoureux sous la couette? Seul vous savez comment cela doit se passer. Ne soyez pas prisonnier des envies des autres ou d’une tradition que vous trouvez ennuyante.

Il ne s’agit pas de remettre le compteur à zéro. Non bien évidemment sinon cela serait très facile pour tout le monde. C’est prendre conscience de la réalité que vous pouvez être une meilleure personne pour vous-même et votre entourage. C’est un moment dans l’année, mondialement, qui rend grâce à qui nous sommes et qui nous permet de le réaliser, de le vivre, de le partager.

Pour terminer cette article je ne vais pas vous souhaitez bonne nouvelle année. Pas que je suis impolie, mais plutôt pour vous souhaitez une bonne continuité. Et peu importe ce que vous désirez accomplir en 2018, voici mon dernier conseil, car la route est longue jusqu’au succès; Nul ne peut progresser s’il n’ose faire un pas.

Quand vient la fin

Le temps semble s’être arrêter, ne plus fonctionner. Aucun bruit, aucun murmure à l’horizon. L’impression que la casette est arrivée à sa fin et qu’elle n’attend qu’après moi pour la changer de côté …et je reste là, pendant un instant à ne plus compter, ne plus réfléchir. Les pensées se figent. Les muscles se détentes. Plus rien ne compte en ce moment que ce doux silence. Je touche à ce calme comme un soldat après une bataille…le repos s’annonce enfin. Il s’agit d’une douce isolation que l’esprit se permet d’accueillir avec grâce. Ensuite viennent les larmes priant pour encore être sollicitées de la sorte. Ne plus devoir comprendre, ne plus devoir demander, ni espérer…

Un dernier hommage

Je ne suis pas très bonne pour dire au revoir aux personnes que j’aime. J’ai toujours un mélange de tristesse, de colère et un sentiment de lâcheté. J’aurai pu l’appeler plus souvent, j’aurai pu la voir plus souvent…

Je me souviens que dès mes premiers jours dans la compagnie tu as été une gentille dame. Toujours sourire, avec ton caractère intraitable évidemment. Tu étais droite et la vie a de nombreuses fois mis ton esprit et ton corps à l’épreuve.

Je me souviens des mélanges verts bizard que tu amenais toujours, de tes lunchs sans gluten, de tes blagues qui n’étaient vraiment pas drôles en général. Mais tu me faisais rire.

Je me souviens que nous avons parlé hommes et que tu étais une oreille sans jugement. Évidemment, tu m’as toujours donné le mot d’ordre: Prend quelqu’un de bien sinon laisse tomber.

Je me souviens que nous avons partagé des douleurs similaires, un passé qui nous retenait hors de la joie. On a parlé. Beaucoup.

Mais on travaillait aussi!! Tu avais toujours le mot juste, la gentille attention pour tes clientes. Tu étais près d’elle et ça se voyait…surtout qu’elle m’ignorait carrément et venait te voir directement. J’admirais ça. J’admirais que ton métier se fût soulevé en amitié.

Je me souviens que tu aimais le bleu. Tu portais souvent du bleu. Tu étais belle en robe. Coquette. Même à ton âge.

Je me souviens de ce jour ou tu as accepté de laisser tes cheveux gris pousser sur ta tête. Tu n’étais plus blonde (quoique tu étais belle aussi), mais je te trouvais encore plus belle. Plus toi. Plus sûre.

J’ai appris, un peu par hasard, dans le temps des fêtes, ton décès. Avec la frénésie du temps des fêtes, j’ai réussi à retenir mes larmes. Au fond, je sais que ton combat est terminé aujourd’hui. Que ta retraite tu l’as finalement prise.

Alors, permets-moi dans mon modeste blogue de te dire au revoir pour une dernière fois avec la musique que tu aimais beaucoup. Et j’espère qu’il y a une tonne de livres au paradis pour que tu continues dans ton plaisir à lire et dévorer ces histoires qui te passionnaient tant.

Repose en paix Denise.

De ton amie.

Un conte de Noël

Il était une fois, dans un village lointain, le vingtième jour d’un décembre froid et gris, un jeune garçon dénommé Nicolas âgé de quinze ans. Comme la température, Nicolas ne ressentait ni chaleur et ne voyait aucune couleur joyeuse dans son petit monde d’enfant qui venait d’éclater en mille morceaux.

Le Père Lachance était dans la cuisine préparant à l’enfant un repas chaud. Lorsqu’il vint, il déposa l’assiette et une grande coupe de lait sur la table basse du salon richement décoré. Le père Lachance alla à une commode et déposa une boîte en métal. Nicolas l’a reconnu aussitôt. C’était la boîte à sucrerie de son père. Elle contenait les biscuits cuisinés par sa mère et des bonbons importés. Le père Lachance posa la boîte et Nicolas ne put réprimer plus longtemps ses sanglots.

― Ton père avait toujours cette boîte quand je venais lui rendre visite. Il m’avait dit un jour que cette boîte réjouissait les coeurs même celui le plus triste.

Pour Nicolas, le Père Lachance n’était pas seulement le prêtre du village, mais aussi son Oncle. Il était le frère âgé de la famille  du côté maternel et avait quitté tôt celle-ci pour faire ses voeux. Il venait aux fêtes, aux célébrations et dans les moments de deuil. Il avait été le premier mis au courant du triste accident des parents du jeune Nicolas. Le Père Lachance n’avait pas hésité une seconde à venir soutenir l’enfant durant ce triste deuil.

Le jeune Nicolas prit la boîte dorée et souleva le couvercle. Les effluves du beurre, du sel et du sucre lui soulevèrent le coeur. La boîte était remplie à ras bord. Voilà plusieurs jours que son père ne piégeait plus à l’intérieur. Nicolas referma le couvercle et essuya ses larmes.

― Dîtes-moi encore mon oncle.

― Nicolas… Ce n’est pas bon continuer à parler de leur mort.

― Je vous en pris. Je ne le réalise pas encore.

Le Père Lachance soupirait. Comment pouvait-il réclamer cette histoire morbide depuis plusieurs heures? Mais rien à faire, le jeune Nicolas insistait écoutant encore et encore comment ses parents lui avaient été enlevés.

― Le crépuscule était tombé et ils avaient décidé malgré la pénombre de revenir en traineau à la maison. Le traîneau était rempli. Sûrement vos cadeaux d’anniversaire. Hélas! C’était beaucoup trop lourd pour ce petit carrosse et cela n’a dû pas aider…une tempête de neige s’est levé rendant le trajet difficile. En chemin, ils ont rencontré un groupe de rennes sauvages et la collision a été inévitable… Le traineau a été entraîné vers le ravin et….

― N’ont-ils pas sauté à temps du traineau?

― Nicolas…tout ça, ce sont des hypothèses. Nous ne serons jamais réellement ce qui s’est passé.

― Et le traineau… Personne ne l’a récupéré? J’aimerais le voir.

― Nous t’en achèterons un autre si cela est ton souci.

― Non! Je veux voir ce malheureux traineau qui a tué mes parents. Je veux voir le voir.

― Nicolas! soupira le Père Lachance.

Le Père Lachance fit un signe de croix cent fois répété et joint les deux mains. Il inspira bruyamment et expira douloureusement. Pour lui aussi, malgré les nombreuses années à supporter des familles dans la maladie et le deuil, il était difficile de vivre ce moment. Mais de là à vouloir récupérer le traineau de malheur qui avait pris la vie… L’homme de foi se leva, souhaita un bon appétit à Nicolas et partit vers l’étage. Il avait clôt ainsi la conversation. Le garçon le vit sortir un mouchoir de la poche de son habit noir sans plis. Sans un doute que l’homme allait pleurer seul dans sa chambre ce qui désola davantage l’enfant qui avait plus que n’importe qui besoin de sa présence.

Nicolas regarda son repas dégoûté.  Toutefois, il prit la coupe qu’il porta à ses lèvres et but le lait. Le lait était chaud et cela lui donna d’un seul coup de l’énergie. Malgré les larmes qui depuis des jours brûlaient ses joues, il se sentit moins malheureux. Nicolas essuya sa moustache de lait et prit des biscuits dans la boîte de métal, les glissa dans un mouchoir et les cacha dans sa poche. Il aurait au moins sur lui de quoi se rassasier si la faim le reprenait. Il se leva ensuite d’un bond. Il se dirigea vers la porte d’entrée de l’immense Manoir que lui léguaient ses parents, mit son manteau de fourrure et sortit avec la ferme intention d’aller visiter l’endroit qui avait vu mourir ces derniers.

***

Nicolas marchait à sens inverse sur la voie qui menait  au manoir. La neige s’était accumulée depuis plusieurs jours rendant le trajet difficile. Mais pas en cette soirée froide. Il y avait seulement un vent glacial qui menaçait toute partie du corps découverte. Son visage était rouge et Nicolas persistait à retrouver l’endroit du terrible accident. Au bout d’une trentaine de minutes de marche, il vit la scène horrible enfin. Malgré la neige qui avait recouvert les traces du traineau, des débris et des cadeaux par dizaine jonchaient le sol. Le pauvre garçon suivit les décombres jusqu’au ravin. En contrebas, le traineau avait percuté une petite plateforme. Encore plus bas, Nicolas voyait les lumières du village danser. Ses parents avaient atterri dans la forêt qui longeait les demeures des villageois. Leur corps disait les habitants écrasés comme de pauvres crêpes.

Nicolas tomba genoux dans la neige et s’effondra en larme. Il allait avoir seize ans dans cinq jours, le 25 décembre. Il avait perdu sa famille d’un seul coup. Il était seul. À jamais. Ce n’était pas juste quelques semaines sans ce père qui voyageait tout le temps, mais c’était à vie jusqu’à ce que lui-même la quitte.

Il était à quelques pouces du bord et Nicolas se demandait à présent qu’est-ce qui l’empêchait de se précipiter dans le vide? Qu’est-ce qui le retenait parmi les vivants désormais que sa vie était fichue? Il était un orphelin. Un orphelin misérable et pauvre de coeur et d’âme.

Au même moment où Nicolas pensait à se jeter dans le ravin et finir comme ses parents, un mouvement attira son regard. Une bête aux grandes cornes de bois aux pelages blancs et gris. Un renne qui fouillait les décombres du traineau.

― Va-t’en, cria Nicolas en pleur. Va-t’en sale bête.

Le renne souleva sa tête et observait le malheureux. De sa bouche sortait une fumée blanche. Ses yeux brillaient dans la noirceur.

― Je t’ai dit de t’en aller, hurla le gamin de plus belle.

À cet instant son genou glissa et sans avoir de quoi se retenir, il se retrouva dans le ravin atterrissant par chance sur la petite plateforme où gisait le traineau. Sa tête se heurta au passage le patin du traineau et Nicolas sombra dans l’inconscience.

***

À son réveil, une paire d’yeux globuleux l’observait. Un museau énorme et une bouche qui dégageait une odeur nauséabonde. Le renne était penché au-dessus de son visage curieux. Nicolas se releva prestement et prit un morceau de bois qui gisait près de lui. Il plaça son arme improvisée entre lui et la bête. Il criait comme un déchaîné désirant faire fuir l’animal sauvage, mais le renne ne bougeait pas d’un millimètre.

Après quelques minutes où les deux espèces s’observaient, le renne délaissa l’humain et continua son inspection minutieuse des décombres. Nicolas réussit à se ressaisir et faire une inspection physique de son état. Mis à part une vilaine bosse derrière sa tête, il semblait en parfaite santé. Lorsqu’il parvint à se mettre sur ses deux jambes, le garçon laissa la bête tranquille. Son gros museau soulevait des cartons, il léchait quelques trucs et il ne pouvait rien contre l’instinct de la bête.

Nicolas imita le renne et se mit en quête de trouver quelque chose dans les restes de l’accident. Quoi exactement? Il ne le savait pas. Ici gisaient les derniers souvenirs de ses parents et il n’était pas question pour ce fils d’abandonner les effets à la merci de la neige et du froid. Il y avait des dizaines et des dizaines de boîtes enveloppées de rubans festifs. Il souleva une des boîtes et lut l’inscription sur celle-ci. C’était un nom qui lui était inconnu. Il souleva une autre boîte et il y avait un autre nom d’une personne que Nicolas ne connaissait pas. Que voulait dire tout ceci? Plusieurs cadeaux, mais aucun pour lui. Au moment de soulever la troisième, le renne derrière lui se met à hennir bruyamment. Nicolas sursauta et se dépêcha de se relever. Il eut peur que la bête ne le charge. Toutefois, le renne n’en fit rien. Il grattait de son lourd sabot un endroit précis dans les décombres. C’est alors que Nicolas, tout en s’approchant, vit un autre animal qui gisait. Le renne était toujours en vie et bougeait légèrement. Il y était depuis des jours, pauvre animal! pensa Nicolas. Personne ne s’était risqué à venir secourir la pauvre âme. Sans réfléchir, Nicolas retournant dans les vestiges du traineau et chercha de quoi hisser la bête hors de la plateforme. Il arracha une planche de bois qui faisait Office du plancher du traineau et la traîna près de l’animal. Un souci se présentait malheureusement. Cette bête devait peser des tonnes! Comment réussir à le positionner sur la planche comme un malade soulevé par un brancardier? Il était seul et le temps qu’il grimpe, retourne chez lui et convainc le Père Lachance la bête aurait trépassé. Alors avec courage et force, lentement, il tira sur les pattes avant de la bête afin de le faire glisser sur la planche de bois. L’animal blessé semblait comprendre l’aide que lui apportait le petit homme et s’aida en montant difficilement sur la planche avant de s’y écrouler de nouveau. Nicolas prit de la corde attacha le corps du renne avec le traineau. Puis sortit son mouchoir de sa poche sachant exactement ce qui allait convaincre l’animal d’obtempérer. Il donna un biscuit à la bête et l’invita avec un autre à le suivre. Comme un cochon suivant la carotte, la bête suivit la main qui présentait le dessert sucré. Le renne avait de grands sabots puissants et il grimpait sans faiblir.

Toute la nuit durant, Nicolas utilisa le renne et ses biscuits pour extirper la bête blessée  et les objets parsemés. Lorsque le soleil pointa ses rayons à l’horizon, le Père Lachance descendit dans le salon et vit un vrai hôpital de fortune. Nicolas était au-dessus de l’animal et lui retirait les écharpes du visage.

― Mon oncle, s’il vous plaît.

― Nicolas? Que fait cette bête dans le salon?

Nicolas n’expliqua rien et quémanda à nouveau son aide. Le Père Lachance dévala les dernières marches et vint se placer à côté du garçon. Il aida à mettre des compresses d’eau chaude sur le museau rougi de la pauvre bête.

― Il nous faut un vétérinaire.

― Pas le temps mon oncle! Allez chercher de la moulure des cochons dans la cour. Peut-être un peu de manger le fera prendre des forces.

L’oncle de Nicolas courra dans le manoir pour atteindre la cour. Au moment où le prêtre ouvrit la porte, il tomba face à face avec un gros museau de renne. Aussitôt, la bête qui ne pouvait plus d’attendre des nouvelles de son ami dépassa le prêtre à travers le couloir et gambada jusqu’au salon. Lorsque le Père Lachance arrivait à son tour avec la moulure des cochons dans un sceau, le renne était assis à côté de son malade. Le prêtre admira le tableau avec Nicolas et les deux bêtes sauvages. Avec une incroyable douceur, il guérissait l’animal qui avait dû recevoir le traîneau en pleine gueule ce fameux soir-là. L’oncle sut alors que si l’animal mourait, Nicolas ne serait plus jamais consolable. Alors, il alla dans la cuisine, prépara du lait chaud en quantité écoeurante et ramena deux grandes casseroles. L’une pour le blessé et l’autre pour le renne inquiet. Il partit chercher des couvertures et s’activa à rendre l’attente plus tolérable pour tout le monde, car dans le manoir les cheminées s’étaient éteintes et la chaleur diminuait.

***

Plus tard dans la journée le renne blessé réussit à se mettre sur ses quatre pattes. Sans biscuit cette fois, les deux bêtes suivirent Nicolas jusqu’à l’enclos des cochons. Le renne avait survécu et les bons soins du garçon avaient amélioré son état. Il donna une caresse sur le museau de ses nouveaux amis et retourna à l’avant du manoir où les restes de l’accident l’attendaient. Le Père Lachance était déjà sur place, envelopper dans un grand manteau noir.

― Je croyais que c’était tes cadeaux pour votre anniversaire, mais…

― Non. Ils ne me sont pas destinés.

― Ce sont les orphelins du village, annonça le prêtre. Je connais tous ces noms. Tes parents étaient allés acheter des dizaines de cadeaux pour les enfants sans famille. Je ne le savais pas… Chaque année, l’église, les orphelins et d’autres pauvres du village recevaient des dons anonymes. C’était eux. C’était tes parents.

― Je me souviens que mes parents revenaient toujours les bras chargés. Je n’avais jamais fait le lien. Je pensais que c’était de nouveaux bibelots ou même la nourriture en quantité incroyable qu’ils achètent toujours à mon anniversaire. Mais j’aurais vu, depuis toutes ces années, que le sommet de la montagne.

Nicolas ramassa un morceau de bois du traineau. Il était éclaté en plusieurs morceaux.

― Il est irrécupérable. Mieux vaut faire sécher ce bois inutile et le mettre dans la cheminée.

Nicolas inspirait profondément. À quoi bon hériter d’un manoir et d’une fortune abondante quand le véritable lègue de ses parents était sous ses yeux détruits par un bête accident? Le garçon se rappelait alors ces doux moments avec son père dans l’étable de la vache. Il y avait un coin réservé à son père et il y allait souvent pour bricoler quelques objets. Des objets en bois surtout. Il avait cette journée complète avec lui où il lui montrait comment tenir un couteau d’ébénisterie, comment cogner le clou, faire des noeuds indéfaisables… Il avait appris tant de choses cette journée-là que Nicolas se souvenait à peine aujourd’hui. Avoir su, il aurait été plus attentif. Le fils aurait été plus sérieux aux enseignements du père. Il aurait pris des notes et …

― Les notes! Le cahier! Il notait tout ce qu’il faisait! Tout, s’exclama Nicolas se rappela ce petit bouquin en cuir que son père lui avait un jour montré.

― Pardon?

― Mon oncle! Je vais réparer le traineau. Je peux maintenant.

― Mais pour quoi faire Nicolas? Tu ne vas quand même pas…

― Et pourquoi pas! s’esclaffa le garçon. Je vais réparer le traineau et je livrerais ses cadeaux à ses enfants!

― Mais regarde-les ils sont brisés et…

― Peu m’importe mon Oncle! Trouvez les objets de valeurs dans la maison et emballez-les! Nous donnerons cette année encore! Nous perpétuons la tradition de mes parents j’en fais le serment.

Le Père Lachance regarda le garçon fou sautiller jusqu’à l’étable derrière le manoir. Il chantonna une drôle de comptine qui parlait de vent et de sapin.

― Vive le vent, vive le vent! Vive le vent d’hiver ! Qui s’en va sifflant soufflant dans les grands sapins verts! OH! Vive le temps, vive le temps.

― Vive le vent? Mais que chantez-vous donc Nicolas?

― Allez mon Oncle! Fouillez ce manoir et emballez-nous de beaux cadeaux pour ce village! Et pourquoi pas celui à l’est et à l’ouest tant qu’à y être. Soyons prêts pour ma fête! Soyons prêts à rendre tout le monde heureux.

― Mais Nicolas… N’est-ce pas trop tôt? Ne devriez-vous pas faire votre deuil?

― Il n’y a plus de deuil Père Lachance. Il n’y a que l’espoir que mes parents m’ont légué et je me dois de continuer la tradition. Pour eux, pour tous ces gens malheureux. Pour moi!

Nicolas avait tourné le coin et le Père Lachance ne le vit plus. Il décida alors, croyant faire plaisir à ce jeune enfant endeuillé et tourna les talons vers la maison. Il dénicha alors babioles, peintures, jouets, tissus, vêtement qui pouvaient faire plaisir. Le prêtre emballa les divers objets et à la nuit tombée, il alla porter un plateau de biscuits et un lait chaud au jeune travailleur.

― Les rennes mon oncle! ricana le gamin. N’oubliez pas du bon lait chaud pour les rennes.

Le prêtre Lachance fit son signe de croix et regarda dans les cieux priant silencieusement pour que ce que faisait le gamin l’aide à traverser son deuil. Il tourna les talons et alla préparer deux grands seaux de lait chaud pour les animaux.

***

― Allez mon oncle! Embarquez! Vite! Plus une seconde à perdre.

Le prêtre Lachance regarda stupéfait le miracle de son filleul. Le traineau avait doublé de grosseur. Il avait tordu du bois faisant des patins immenses. Il y avait une place à l’avant avec un coussin et des peaux d’animaux pour les tenir au chaud. En arrière une grande poche rouge qu’il reconnut aussitôt comme les rideaux élégants du salon. La poche était remplie à raz bord de présents de toute sorte. Une corde fermait le sac en tissus évitant que les cadeaux ne partent au vent et finissent leur jour sous des mètres de neiges. Le traineau avait même eu le temps pour une modification de couleur. Nicolas avait peint les planches dans un rouge criard et le contour soigneusement peint au doré. Comment avait-il pu réaliser ce chef-d’oeuvre en peu de temps? Était-ce cela la réponse au mirage qu’il avait demandé au ciel?

Le père Lachance fit signe à Nicolas d’attendre. Il manquait une seule chose pour parfaire ce spectacle festif. Il alla dans la chambre des maîtres et fouilla dans le garde-robe de son beau-frère. Il y trouva un manteau vert et doré avec une belle fourrure blanche de mouton à l’intérieur. L’oncle ramassa sur l’étagère du haut un chapeau rouge arrondie sur le dessus avec un grelot. L’intérieur du chapeau était fait de la même laine de mouton que l’habit. Il fouilla quelques coffres et tomba sur la paire de bottes noires qui montaient aux genoux que son beau-frère utilisait durant la chasse. Elle était chaude et imperméable. Le Père Lachance revint vers Nicolas à côté du traîneau et le garçon sautilla sur place en voyant ce qu’il ramenait.

― Ainsi vêtu mon jeune ami, vous serez un homme accomplissant la bonté de Dieu.

Nicolas enfila le manteau qui répandait la chaleur dans tout son corps. L’oncle regarda le traîneau avec inquiétude.

― Nous n’avons pas de chiens! Les chiens sont tombés dans le ravin.

― Nous n’avons pas de chiens mon oncle.

―  Alors, comment faire avancer le traîneau?

― Nous n’avons pas de chiens, lança le garçon en souriant espièglement, mais nous avons des rennes.

―  Quoi? Mais… ce sont des bêtes sauvages!

Alors sortit du fond du traîneau, un long bateau avec un fil à son extrémité et une carotte qui pendait. Un sac de carottes gisait dans le fond du traîneau pour la longue traversée.

― Regardez.

Nicolas souleva le bâton dans les airs et alla vers l’enclos à cochons. Les rennes attendaient déjà à la barrière. Ils hennissaient et piétinaient le sol de leur sabot. Nicolas ouvrit la barrière et les rennes suivirent la carotte. Nicolas leur passa un harnais à cheval et embarqua à l’avant du traîneau.

― C’est incroyable! s’exclama le prêtre.

Au moment de partir,  le Père Lachance refusa d’embarquer dans le traîneau. Nicolas insista, mais cela n’eut aucun impact sur la décision du prêtre.

― Non Nicolas, dit-il doucement, quoique vous accomplirez ce soir vous devez le faire seul. Vos parents seront avec vous dans cette traversée. Dieu sera avec vous. Ho! Avant que je n’oublie, voilà un sac de biscuits, de pain et de viande séchée. La nuit risque d’être longue.

―  Merci mon Oncle. Merci de votre aide.

―  Je serais là à votre retour mon garçon. Soyez prudent et bonne route!

***

Toute la nuit et la suivante Nicolas attacha sa carotte à son bâton et fit des centaines de kilomètres pour aller porter près des chaumières présents divers, jouets, vêtement, nourriture et pièces d’or aux gens défavorisés. Lorsqu’il n’eut plus rien à transporter, il s’arrêta dans un magasin et acheta brioches, pains et viandes sèches et continua sa tournée d’offrandes et de cadeaux. Les rennes le suivirent avec enthousiasme. Nicolas réchauffa du lait pour ses belles amies et leur donna de la moulure de cochon et elles furent fidèles à lui durant tout le trajet.

***

En chemin, il rencontra un père attristé sur le bord de la route. Nicolas s’arrêta et vint lui demander ce qui n’allait pas. L’homme lui expliqua que dû à leur grande pauvreté, il n’avait pas d’autre choix que d’envoyer ses deux filles aimées travailler pour une vieille dame aigrie, mais riche.

― Si j’avais l’argent… Je les garderais avec moi. Je les chérirais à jamais. C’est, hélas, notre dernière nuit ensemble.

L’homme se mit à pleurer et Nicolas ne put se résoudre à l’abandonner à son sort ainsi. Alors il demanda au monsieur s’il acceptait de lui offrir à lui et ses rennes un breuvage chaud, car la nuit devenait rude et difficile.

―  Venez mon garçon! je peux encore accueillir les voyageurs dans ma demeure. Venez prendre un bon lait chaud.

Alors c’est ce qu’il fit. Il entra dans la petite maison sans décoration ni rideaux aux fenêtres. Le bois crépitait dans la cheminée et la petite famille y était rassemblée. Leur seule richesse était celle-ci. Les filles de l’homme vinrent brosser les bêtes et leur donnèrent à boire et à manger. Elles étaient affamées. De plus, il était peu orthodoxe qu’un jeune garçon prît comme tireur de traîneau des rennes et cela intriguait. Avant de repartir, Nicolas remercia l’hospitalité de la famille malgré qu’il ne possédait rien et sortit sa bourse. Il la déposa entre les mains de l’homme qui se mit alors à pleurer à chaude larme.

― Tenez, dit le garçon, j’espère que cela suffira.

― Pourquoi? pleura le père de famille.

― Parce qu’une famille ne devrait jamais être séparée.

― Votre nom? Quel est-il que je le mets dans mes prières, gentil étranger?

― Je me nomme Nicolas.

― Que Dieu vous protège bon Nicolas.

Nicolas quitta la famille dans la petite chaumière, le sourire aux lèvres et le coeur léger. Qu’il était bon de donner! Qu’il était bon de ressentir la chaleur quand il rendait les gens heureux. La légende débuta alors à ce moment avec ce père de famille. Il parla à ses voisins, au prêtre de son église, à ses amis et à la taverne. Un miracle s’était produit. Un saint homme, Saint Nicolas était venu cogner à leur porte offrant une bourse remplie d’or pour les aider à mieux vivre.

***

Nicolas continua sa route et une fois lasse, plusieurs jours plus tard, il rebroussa chemin et revint à la maison. Les rennes le ramenèrent sans encombre vers le manoir de la famille Noël. Quand Nicolas alla mener ses bêtes dans l’enclos, il constata avec surprise et joie que d’autres rennes y étaient maintenant hébergés.

Le Père Lachance sortit de l’étable et vint prendre le gamin dans ses bras, heureux de son retour.

― Où avez-vous trouvé ces bêtes?

― Dans la forêt mon jeune ami. Les rennes ont suivi la carotte que je leur tendais.

― Pourquoi faire ceci?

― Nous aurons besoin d’autres rennes pour les prochaines années. Des bêtes fortes pour un traineau plus gros et plus vite. Viens que je te le montre.

Nicolas suivit son oncle jusqu’à l’étable et un traineau en métal, peint d’un rouge flamboyant et possédant deux sièges de cuir. Il y avait des lampes aux quatre extrémités du traîneau et pouvant contenir des chandelles.

Ils retournèrent à l’enclos et le Père Lachance tendit le bras pour flatter le museau d’une des cornées.

― Nous devrions donner des noms à tout ce beau monde maintenant qu’ils sont de la famille. Pourquoi pas appeler celui-ci Cupidon? Il est tellement gentil et colleux!

Nicolas savait alors comment s’appellerait celui au nez écorché par l’accident.

―  Rudolphe-le-renne-au-nez-rouge.

― Et ce petit qui se dandine le derrière là-bas?

― Danseur! Et celui-là? Il va si vite! Regardez-le mon oncle!

― Éclair!

― Celui-là à un regard sévère appelons furie. Il semble de très mauvaise humeur.

Oncle et filleul s’esclaffèrent un bon coup, mais quelques minutes plus tard, tous les neuf rennes avaient désormais leur nom.

***

Ainsi continua la chaîne d’amour et de bonté de la famille Noël grâce à la dévotion de Nicolas en ce 25 décembre. Une date horrible où il perdit ses parents aimants, mais où il retrouva un but à sa vie. Il n’était plus riche d’or, mais de sourires et de rires d’enfants. Sourire qu’il guettait à travers la fenêtre, inconnu de tous, quand les enfants ouvraient ses boîtes remplies de cadeaux et de friandises. Lorsqu’il n’y eut plus assez de boîtes, ni de rideaux, ni de papier pour emballer les présents, Nicolas prit ses bas, en fit tricoter, en acheta par centaine pour y glisser un chocolat, une poupée ou une pièce. Il travailla toute l’année afin de se préparer à cette merveilleuse journée qu’il appelait désormais avec amour tout en se remémorant les enseignements de coeur de ses parents : le joyeux Noël.

Minimaliste

4h30AM. Je ne dors pas. Comme pour la plupart des nuits, elles sont entrecoupées. Je ne peux accuser indéfiniment mon chaton (quoiqu’il est une cause indéniable de mon manque de sommeil). Je suis insomniaque. Je me réveille deux ou trois fois par nuit. J’ai bien essayé des médicaments pour dormir…ça marche, mais lorsque je m’extirpe du sommeil le lendemain j’ai cette étrange impression d’avoir été kidnappé par des extraterrestres. Non ce n’est pas cool. C’est flippant et très angoissant. Bref, j’ai toujours l’air de très mauvaise humeur. Une chance que le café a été inventé.

Donc très tôt, ce matin encore, je me levais. Je suis allée aux toilettes, pris un verre de lait, écouter de la musique, j’ai flâné sur internet et… une vidéo sur le minimaliste. J’ai tout de suite accroché à ces petits espaces blancs et sans objets. Quelques décorations de temps en temps, très simples et peu encombrantes. Une n’avait qu’une dizaine de vêtements. Dix? Comment fait-elle?

Alors j’ai regardé des vidéos toute la nuit jusqu’à 6H30AM et il m’est venu l’idée de faire du ménage dans mes garde-robes. Je me suis dit, loin d’être minimaliste, puis-je me départir de ce qui ne me sert pas? J’ai ouvert ma penderie à salle de bain et j’ai sorti tous mes paniers. Des vernis à ongles qui dataient des cavernes (ceci est un oxymore), des produits de beauté à moitié entamés et des tonnes, mais des tonnes de bijoux inutilisés. La folie m’a pris. J’allais dans mes tiroirs et je jetais chaque morceau de linge. Trois sacs de poubelles ont été remplis. Les cintres étaient empilés sur mon lit gisant comme les cadavres d’un meurtre sordide que j’avais opéré.

Je retournais une heure plus tard dans le salon, épuisé. Je buvais mon café. Regardant autour de moi, je ne ressentis pas un changement extraordinaire. Mon salon était déjà minimaliste. Ma télévision était tendance et mon sofa tout récemment acheté, mais il n’y avait rien de superflu. Un tapis. Des couvertures. Un rideau. Une lampe. Bon une chandelle et une bonne trentaine de films… toutefois, mon party de jetage ne me fit pas plus apprécié mon environnement, car il était déjà très simplet. Je me sentais cependant plus légère. Tout ce maquillage inutilisé. Tous ces vêtements achetés quand je travaillais dans les boutiques. Je ne pouvais imaginer quelle chaussure j’allais garder dans ma grosse boîte bleue. J’anticipais le désastre ou j’allais pleurer comme une madeleine en disant adieu. J’avais déjà fait un grand travail ce matin et la prochaine étape allait être difficile.

Pourquoi gardons-nous tant de choses? Nous sommes attachés aux objets, mais l’intériorité, la découverte du monde ne sont-elles pas plus essentielles? Garder autant de toutous et de jouets. Garder tant de vêtements qu’en une décennie nous n’aurons même pas mis. À quoi cela rythme-t-il? Je n’ai pas encore résolu la question. Je cherche encore une réponse adéquate. Pour le moment, je continue pièce par pièce à retirer les objets de ma vie pour la rendre plus légère. Accepter que ces choses ne me définissent plus.

Un sujet cent fois utilisé

Tous les auteurs sont des copieurs.

Avant de crier au scandale, lisez ce qui suit. Ce que je veux dire c’est que les sujets, les inspirations, les cultures, les combats intérieurs, les émotions, etc. sont tous des chemins cent fois empruntés. Dans l’écriture, il ya un paquet de ces charlatans d’écriture qui nous parle du terme de créativité sans cesse. « Sois plus original» ou « soit créatif» ou « tu devrais faire différemment ». Quand nous demandons comment? Ces gens haussent les épaules. L’originalité je n’en ai rien à ciré.  L’originalité n’existe pas. Nous innovons. Nous prenons un élément existant et nous l’utilisons à l’aide de notre vécu, notre histoire, notre culture et notre vérité, notre perception.

« Cette histoire a été racontée, mais n’a pas été racontée par toi tout simplement ». Tous les auteurs ont leurs auteurs fétiches qui lui a dit ça un jour. C’est tout cute et ahhhhhhhhhhhh. On se sent inspiré et capable de recréer le monde grâce à notre nous. On se sent bien. On croit en nous. Et on déchante vite! Ce n’est pas juste une histoire créée par vous. C’est votre histoire à vous. Mais j’écris sur la magie moi, ce n’est pas vrai! Tu crois que J.K. Rowling avait des détraqueurs à côté de chez elle qui vivaient? Eh bien! La réponse est oui. Elle a sorti ces créatures de son imaginaire au moment où elle était le plus en dépression. A-t-elle inventé la dépression? Non. Elle a utilisé son environnement et a innové. Est-ce qu’on me suit?

Les écrivains aiment les belles phrases. La belle poésie. Le mot juste. La tournure élégante et à couper le souffle grammaticalement parlant. C’est évident tout ça. On aime que nos auteurs ou nos artistes préférés nous réconfortent dans la beauté de la création. Dans la confection d’une toute petite et jolie histoire de notre crue qui se raconte avec nos mots. Et il y a ces auteurs qui vendent leur corps, qui parie avec le diable, met leur coeur sur la table et pleure comme un enfant qui aurait laissé tomber sa sucette sur le sol et que sa maman ne pourrait jamais consoler, car la poussette a écrasée le bonbon.

Ce que je dis c’est ne tenter pas d’être original. De tenter pas de trouver LE SUJET du prochain best-seller interplanétaire. Prenez un sujet. Lisez sur le sujet. Décortiquez-le. Rendez-le vrai à vos yeux. Interrogez-vous sur les situations. Interrogez-vous intérieurement. Les sujets doivent être cent fois utilisés pour que vos précédents puissent vous léguer de bonnes cartes pour le reste de votre voyage. Les sujets ne peuvent être épuisés, car il y aura toujours une vérité propre à chacun. L’originalité n’existe pas. L’humain n’est pas original même dans sa propre existence il n’est qu’une copie plus améliorer d’une autre ( Plus améliorer selon certaine croyance, hein! ).

« Mais je veux me distinguer des autres moi ». Tu es déjà différent des autres, le savais-tu?

« Comment puis-je intéresser quelqu’un à me lire sans être original? » Ne sois pas original. Écris. Tout simplement. Apprends. Joue avec les mots. Parle-moi. Parle-nous de ta vérité.

« Comment parle-t-on de sa vérité? » Dénude-toi( émotionnellement). Regarde ton passé. Regarde tes envies. Regarde tes frustrations. Regarde tes joies. Soi transparent vis-à-vis toi-même. Ose dire les choses qui se cachent en toi qui n’es jamais allé prendre du soleil.

« Si je n’ai rien en moi?» Alors je t’invite à te découvrir.

Détourner

Je n’ai pas eu une longue carrière d’étudiante. Pour tout dire, j’ai fait plus que certain et moins que d’autre. Cette angoisse qui me tenaillait à chaque nouvelle matière si j’allais finir ma vie dans ce domaine-là. Chaque enseignant qui partageait sa passion j’y croyais sincèrement. Au final, les illusions partaient et je restais seule avec un point d’interrogation à la case carrière. Je ne savais tout simplement pas ce que je voulais faire plus tard. Comment peut-on déterminer l’avenir avec certitude avec les moyens et les réalisations du moment? Comment savons-nous que nous nous dirigeons vers la «bonne» voie? Certains sont tellement assidus depuis la naissance à leur profil, mais moi, il n’y avait rien. Oh! si! Le théâtre. J’aimais le théâtre et le café. J’avais ce rêve silencieux et utopique. J’ai écouté les grands et j’ai été en administration. Ça sera ça de gagner. Ce que j’aimais pourtant faire? Ce que j’aimais, ce domaine artistique était le seul objectif de ma vie, mais je l’ai rendu lucratif. Je l’ai empoisonné et fais « maturé ». Ce qui m’a amené à l’opposé. Le détester au final par sa faible importance aux yeux des autres. Alors je me suis retrouvée avec ce seul choix au cégep et à l’université. La vente, le marketing, les ressources humaines, la gestion, etc. Un ramassis de connerie quand vient le temps de l’appliquer parce que tout est un stratagème vers la productivité et l’efficience. Dans cet univers de droiture et carriériste, je ne me trouvais pas! J’arrivais à la pratique et il y avait des montagnes qui me séparaient de la petite lumière que j’avais vu danser dans mes cours. Où était cette passion que m’avait inculpé les professeurs? Où étaient la chaleur et le jeu que je cherchais dans mes équipes de travail?

Aujourd’hui, je marche comme dans un cirque, m’arrêtant à chacune des cages. Je pourrais être ce singe me dis-je un jour quand le lendemain je me prendrais volontiers pour un éléphant. Mais si j’étais cette femme à barbe ou ce squelette vivant? Si j’étais cette souris chantante ou ce dompteur d’hippopotame? Une carrière payante dans un beau bureau et du stresse toute la journée et de la fatigue pour souper ou un emploi sans tâche ni promotion calme dans un monde dément débilisante. J’étais rendue là. Rien n’était gagné et les affichages de poste continuaient élégamment  leur promesse. Mais si j’avais à faire un choix lequel prendrais-je? Le poste facile ou celui plus compliqué? L’avancement ou la tranquillité? L’argent ou le temps? Ma décision m’amenait devant un précipice. Mauvaise réponse j’étais poussée. Bonne réponse je m’y jetais. J’étais en pleine guerre! Mon transporteur était piraté et toutes mes pensées étaient captives. Rien n’était joué et j’avais l’étrange impression que j’avais déjà perdu.

L’affaire que je ne disais pas était que j’aimais une seule et unique chose dans la vie. Une chose bien évidente qui se dévore des yeux et qui fait vivre mille émotions. Je voulais travailler à l’épanouissement de mon art. Je voulais un emploi qui me libérait du temps et tout ce qui se promenait en moi était l’affirmation des adultes que j’avais eus autrefois à pareille occasion. Je devais choisir moindre parce que je n’étais pas si douée. Je devais choisir les billets plutôt que le coeur. Prendre la décision de la tête plutôt que celle de mon âme. Que devrais-t-on faire quand notre âme était divisée? Quand notre coeur avait été détourné si tôt de son chemin? Que nos paroles n’étaient plus les nôtres, mais un texte cent fois avalé et recraché? Et pourtant ce n’est qu’un poste… un poste que je pourrais changer quand bon me semblerait. Je perdrais un autre, mais j’aurais celui-là et il y en aurait d’autre. Alors pourquoi cette décision qui n’était toujours pas entre mes mains me troublait à ce point? Au point que je ne dorme pas? Au point que ces scénarios dans ma tête tournent et tournent sans cesse comme ces manèges de foire. Oui. Non. Décidez! Vous! Je ne peux le faire moi-même. Qu’est-ce qui ne va pas chez moi? Je suis un freak sans son cirque. Je suis une étudiante sans diplôme. Une employée sans carrière. Une écrivaine sans mots… On m’a détourné de mon rêve et je ne sais plus quoi rêver désormais.

Thirteen reasons why

J’avais entendu beaucoup de potins au sujet de cette série. De bonnes choses comme de moins belles choses. J’ai décidé d’en avoir le coeur net et de me faire ma propre opinion sur le sujet.

Évidemment, j’ai été choquée sur le sujet. J’ai été choquée des scènes sur le harcèlement, sur celle des viols et la fameuse scène de suicide. Oups! J’ai dit le mot vilain. Suicide… Oui, je suis comme tout le monde j’ai les poils qui se dressent sur mon bras quand je prononce le mot. Mais comment réussir à en parler sans dire le mot? Sans donner l’impact à ce mot comme il convient? Ce qui me choque le plus c’est l’hypocrisie des gens qui veulent en parler sans vraiment en parler. Je crois qu’une série comme celle-ci permet de défaire les non-dits et les illusions que nous avons sur l’acte de s’autotuer. Pourquoi quelqu’un veut-il se tuer? Pourquoi quelqu’un veut-il disparaître? Désirer ne plus exister? Aurons-nous une vie humaine pour comprendre?

Ce qui m’a troublé le plus est la finale. Tout le monde est coupable. Tout le monde y a ajouté son grain de sel. Tout le monde aurait pu attacher cette personne à la vie. Les intervenants, les enseignants, les directeurs, les parents, les amis… Mais chacun a laissé mourir l’espoir. Des pancartes le suicide n’est pas une option ont-elles vraiment leur impact quand la personne aux prises avec son côté le plus sombre d’elle-même ne prend même pas la peine de lever les yeux du plancher? Tous ces beaux discours va voir un médecin, un psy…eux comprennent, sont-ils justifiés? C’est juste moi ou j’ai un énorme malaise de confronter la réalité que sincèrement… peu de personnes peuvent aider quand on décide de mettre un terme à la souffrance.

Alors non…cette série ne vous montre pas comment faire. Si vous l’avez pris comme tel le message n’a pas eu d’écho en vous. Vous devriez peut-être la regarder de nouveau ou… vous questionner sur votre propre sensibilité. Que craignez-vous au juste?

Un sourire. Une bonne blague. Une caresse sur l’épaule. Un bonjour. Un intérêt sincère vers l’autre, sa vie, ses passions… c’est cela la véritable cure. Avec la patience comme alliée évidemment. Je ne prétends pas connaître la solution ultime, il n’y en a pas. Les gens font ce qu’ils font parce qu’ils sont malades et sont dans les ténèbres, mais il suffit… parfois… de remettre la lumière.

Pourquoi la série m’a affectée autant? Je ne peux m’empêcher de penser à un ami qui a osé le faire… Sans rentrer dans les détails pour protéger sa mémoire et celle de ses amis proches… car je ne le connaissais pas vraiment. Comme dans cette série, j’ai eu un rôle difficile. Celui de continuer à parler méchamment. Celui de ne pas accepter la personne totalement. Sa différence. Son unicité. Pourquoi? Loin de dire qu’on fait tous des erreurs, j’étais jeune et stupide et ma conception du monde et de sa diversité était une grande déficience. Par chance, j’ai grandi et j’ai appris. Mais ce n’est pas seulement ça qui m’a affecté. Je ne peux pas prendre  simplement l’histoire de quelqu’un d’autre et me l’approprier. Je pense aussi à un collègue de travail qui a sauté du sixième étage et a fait éclater sa tête au bas des escaliers. Chaque fois que je passe là, je retiens mon souffle. Je ne le connaissais pas, mais j’ai mal parce que le prochain je pourrais le connaître. Toutefois, si la série m’a affecté autant c’est sûrement parce que j’y ai pensé un jour…plusieurs jours. Pendant longtemps, disons. Même si ma vie a été différente des protagonistes, l’émotion est la même. Le sentiment de profonde solitude… Incurable, indéniable et fatale je la connais que trop bien.

J’ai trouvé à temps l’écriture. J’ai trouvé à temps ma chandelle qui m’éclairait dans les ténèbres. Je me suis tuée par l’intermédiaire de mes personnages plus d’une centaine de fois. Au fond, mes livres, c’est moi en entier ou en partiel, mais il s’agit toujours de moi.  Alors cette série originale de Netflix a fait ressortir de sous mon lit quelques monstres qui s’y cachaient depuis longtemps. Et si, on cesse de voir nos héros comme des personnes en cape avec de super pouvoirs, mais plutôt comme des personnes vulnérables et sensibles… peut-être…je dis bien peut-être on arriverait, du moins, dans l’art à éveiller quelques âmes, à sauver des gens qui nous sont chers. Je crois que 13 raisons devraient être écoutées en famille afin d’ouvrir la discussion. Simplement l’ouvrir afin de briser l’isolement, briser les doutes, briser les pensées qui se noircissent.

Différente

Les deux amoureux étaient assis de biais à ma table. Ils parlaient un anglais parfait. La jeune femme buvait élégamment son thé pendant que son copain tendrement passait sa main contre sa cuisse. Je les regardais du coin de l’œil, incapable de me concentrer sur mon travail.  J’aurai bien aimé être cette jeune femme couverte de tendresse sous une table d’une maison de thé. J’aurai bien aimé être ce jeune homme qui écoutait attentivement son amoureuse entre deux gorgées. Lorsque des gens qui s’amourache devant vous et que vous, vous êtes célibataires depuis un bon moment, il vous vient plusieurs pensées étranges.

Ma première impression celle de l’envie c’était changer en une violente frustration. Je regardais à nouveau la fille et je l’enlaidis. Qu’avait-elle de plus que moi? N’était-ce pas un hasard que de tomber sur quelqu’un qui vous aime? En tout cas, après cinq minutes à la dévisager je le pensais. Puis est venue la tristesse. Un grand froid passa dans tout mon corps. J’étais seule. Seule et j’assistais avec impuissance à la plus simple tendresse entre un homme et une femme.

Mais ce n’était pas eux le problème c’était moi. Moi qui ai bien de la difficulté à tomber en amour. Moi qui n’ouvre plus son cœur. Moi qui pense à tous ses échecs passés et présents. J’étais rendue à haïr des étrangers! C’était un vrai délire. Je ne pouvais mesurer le fossé de différence qu’il y avait entre nous. Je ne parle pas en terme physique ou mental. Mais je n’étais pas elle  ni elle moi. Nous étions totalement opposés. Je ne parle pas de parole qu’elle aurait pu dire que moi j’étais trop gênée de dire. Il ne s’agissait pas non plus de la désolante réalité que j’étais seule et elle non.

Je constatai avec une grande frayeur que je ne croyais plus, au plus profond de moi que j’avais le droit d’être aimé à nouveau. Je ne pouvais pas imaginer que j’ai droit au bonheur. Je ne pouvais calculer mes statistiques et mes chances vu que je ne possédais ni un ni l’autre. J’étais fermée. Totalement recroqueviller vers l’intérieur sur mon potentiel séducteur.

Pendant que l’étrangère parlait sans cesse de tout et de rien. Elle parlait de son boulot emmerdant et que son mec la regardait avec désir, la rassurait et l’embrassait soudainement sur le coin de ses lèvres, je ne pouvais que frissonner. Que me fallait-il faire maintenant que je connaissais la vérité? À quoi devais-je m’appliquer désormais?

J’eus un sourire en coin. Je venais de trouver ma réponse.

Je devais commencer par apprendre à m’aimer.

Personne ne s’intéresse à mes écrits

Effectivement, il s’agit d’un sujet délicat. Qu’est-ce que je peux bien te dire, à toi qui te désespères d’être lut? Si je pouvais me projeter dans le futur et voir si oui ou non, tu trouveras ton lectorat, je le ferais. Pour toi, pour moi et pour tous ceux qui se désespère de voir sa carrière d’écrivain s’enflammer. Mais… parce qu’il y a toujours un mais. Ça ne se passe rarement comme cela. Il faut du temps et le temps, ça se gère difficilement. Du moins, ce que je veux dire, c’est qu’on ne peut le contrôler.

On contorsionne la question dans tous les sens? Et si? Est-ce que j’écris bien? Comment pourrais-je les intéresser? Je vais leur donner. Non! Je vais les faire payer. Je vais faire si et faire ça… Et la roue sans fin du désarroi tourne et tourne et tourne. Ouvrez vos petites oreilles bien grandes Écrivain de la relève. Taisez ces voix. Taisez-les le plus vite possible. Admettez pour aujourd’hui que personne ne vous lit et peut-être (je suis désolée ) que personne ne lira jamais vos écrits. Maintenant que vous vous êtes enfin débarrasser de tout ça, le vrai travail peut enfin commencer. Ce n’est pas les autres le problème c’est vous… Outch!

Si vous cherchez à être lu, vous manquez le plus beau de votre écriture. Si vous focalisez sur la gloire et l’admiration d’autrui sur votre brillante et lumineuse idée… Abandonnez, car vous ne serez jamais heureux sur ce chemin. Oui! Abandonnez vos rêves utopiques. Non… Ramenez votre manuscrit ici. Bon allez! Je vous donne quelques minutes pour le retirer de la corbeille virtuelle. Je vous dis d’abandonner ce rêve, pas l’écriture les amis. Si vous cherchez autant l’approbation, c’est que vos besoins d’amour, d’estime et de reconnaissance (votre validation de faire ce que vous faîtes) sont fissurés. Alors, relevez les manches et retournez bûcher sur votre manuscrit! Croyez en vous! Tournez votre idée dans tous les sens! Validez-vous! Abandonnez ces idées qui ne vous mènent nulle part. Levez-vous, marchez et revenez vous asseoir. Criez dans un oreiller s’il le faut.

Si votre histoire n’est pas lue c’est que ben… oui! On ne fait pas un chef-d’œuvre du premier coup. Lorsque la réalité m’a frappé, j’ai cherché à comprendre pourquoi. Pas pourquoi personne ne me lit, mais bien pourquoi mon histoire n’est pas intéressante. Suis-je simplement capable de la définir en quelques lignes? Suis-je capable de la résumer en cinq minutes? Je sais! Je sais! Un chef d’œuvre à tellement de détails…mais non… les conflits internes de votre personnage, son objectif et le but de votre livre devrait facilement sortir de votre bouche. Voilà une première piste à regarder. Ensuite, je me suis demandé si je ne savais pas quelque chose. Oui! Vous m’avez bien entendu! Est-ce qu’il y a quelque chose que j’ignore pour la conception d’un livre? Je suis donc allée chercher des ouvrages à la bibliothèque. J’ai fouillé. J’ai épluché le sujet et encore, je continue. Alors que puis-je faire? Allez me chercher un mentor? Allez chercher une personne qui a déjà fait le chemin avant moi? M’enligner? M’éclairer quand je suis dans les ténèbres? Oui et je suis allée en chercher. Nous avons plusieurs professionnels dans le domaine qui vous seront d’une grande utilité. Cherchez-les, trouvez-les, posez des questions et si cela vous parle, payez leur service. Chercher sur YouTube! Envoyez des courriels à vos auteurs préférés (les auteurs québécois sont hyper sympa pour ça). Après tout ça, reprenez votre manuscrit et relisez-le. Coupez ce qui ne va pas, améliorez davantage et relisez. Diffusez-le. Pas de commentaire? On s’en fout. Passez à votre prochaine idée et améliorez-vous. C’est seulement comme ça que vous arrêterez de focaliser sur les mauvaises indications de ce que c’est qu’un auteur. Acceptez que pour les prochaines années, vous êtes un apprenti. Soyez humble avec vous. Soyez confiant. Soyez doux. Lorsque j’ai commencé à travailler dans une imprimerie, je ne savais pas du tout de quoi il s’agissait. Je suis tombé de très haut. J’ai dû apprendre beaucoup de chose que je trouvais, dans ma petite vie confortable, bien ordinaire. Mais l’imprimerie comme le roman c’est un métier. Un métier qui salit. Alors salissez-vous.