Orpheline

J’ai posé des regards et des soupirs devant cette grande fenêtre;

Ici, barricadée entre quatre murs d’un quotidien gris et froid;

Les saisons défilent et je n’en ai manqué aucune;

Du tapis blanc aux chauds étés;

J’ai vu passé le temps;

De l’éclosion des pétales à la tombée des feuilles;

Croyez-moi quand je vous dis;

Le soleil rougeâtre qui se lève, je le connais aussi bien que ces milliards d’étoiles qui brillent dans la nuit;

Les filantes sont des menteuses auxquelles j’ai cessé de croire;

Il y a bien longtemps;

J’ai cessé de voir la magie;

Il n’y a que lumière et noirceur;

Et je suis cette oscillation  à peine perceptible parfaitement calqué à son environnement stérile;

L’épuisement m’a gagné, je suis désormais condamnée par la routine.

***

J’attends des heures, cet espoir que quelqu’un me reconnaisse;

Je suis orpheline, dit-on, mais je dois venir nécessairement de quelque part;

D’un père et d’une mère;

Deux êtres qui ont voulu au moins une fois être près l’un de l’autre;

Consommer par l’amour;

D’un homme et d’une femme;

Ou quoiqu’ils fussent;

Mené par un geste de rage ou de tendresse;

Malgré tout, je suis venue.

***

Je m’agite devant cette fenêtre;

Espérant qu’on me retrouve;

Qu’on me découvre un lien;

Une parenté;

Regardez-moi, dis-je aux passants

Me reconnaissez-vous?

***

Monsieur!

Madame!

Ces traits?

Ce visage rosé?

Ce bout de nez relevé?

Ces yeux tombants, émeraudes!

Les reconnaissez-vous?

***

Sans réponse;

Sans regard;

Le temps passe;

Les passants ignorent;

Qu’il y a ici, une fillette qui pleure;

Beaucoup moins jolie, car elle ne ressemble à personne.