Minimaliste

4h30AM. Je ne dors pas. Comme pour la plupart des nuits, elles sont entrecoupées. Je ne peux accuser indéfiniment mon chaton (quoiqu’il est une cause indéniable de mon manque de sommeil). Je suis insomniaque. Je me réveille deux ou trois fois par nuit. J’ai bien essayé des médicaments pour dormir…ça marche, mais lorsque je m’extirpe du sommeil le lendemain j’ai cette étrange impression d’avoir été kidnappé par des extraterrestres. Non ce n’est pas cool. C’est flippant et très angoissant. Bref, j’ai toujours l’air de très mauvaise humeur. Une chance que le café a été inventé.

Donc très tôt, ce matin encore, je me levais. Je suis allée aux toilettes, pris un verre de lait, écouter de la musique, j’ai flâné sur internet et… une vidéo sur le minimaliste. J’ai tout de suite accroché à ces petits espaces blancs et sans objets. Quelques décorations de temps en temps, très simples et peu encombrantes. Une n’avait qu’une dizaine de vêtements. Dix? Comment fait-elle?

Alors j’ai regardé des vidéos toute la nuit jusqu’à 6H30AM et il m’est venu l’idée de faire du ménage dans mes garde-robes. Je me suis dit, loin d’être minimaliste, puis-je me départir de ce qui ne me sert pas? J’ai ouvert ma penderie à salle de bain et j’ai sorti tous mes paniers. Des vernis à ongles qui dataient des cavernes (ceci est un oxymore), des produits de beauté à moitié entamés et des tonnes, mais des tonnes de bijoux inutilisés. La folie m’a pris. J’allais dans mes tiroirs et je jetais chaque morceau de linge. Trois sacs de poubelles ont été remplis. Les cintres étaient empilés sur mon lit gisant comme les cadavres d’un meurtre sordide que j’avais opéré.

Je retournais une heure plus tard dans le salon, épuisé. Je buvais mon café. Regardant autour de moi, je ne ressentis pas un changement extraordinaire. Mon salon était déjà minimaliste. Ma télévision était tendance et mon sofa tout récemment acheté, mais il n’y avait rien de superflu. Un tapis. Des couvertures. Un rideau. Une lampe. Bon une chandelle et une bonne trentaine de films… toutefois, mon party de jetage ne me fit pas plus apprécié mon environnement, car il était déjà très simplet. Je me sentais cependant plus légère. Tout ce maquillage inutilisé. Tous ces vêtements achetés quand je travaillais dans les boutiques. Je ne pouvais imaginer quelle chaussure j’allais garder dans ma grosse boîte bleue. J’anticipais le désastre ou j’allais pleurer comme une madeleine en disant adieu. J’avais déjà fait un grand travail ce matin et la prochaine étape allait être difficile.

Pourquoi gardons-nous tant de choses? Nous sommes attachés aux objets, mais l’intériorité, la découverte du monde ne sont-elles pas plus essentielles? Garder autant de toutous et de jouets. Garder tant de vêtements qu’en une décennie nous n’aurons même pas mis. À quoi cela rythme-t-il? Je n’ai pas encore résolu la question. Je cherche encore une réponse adéquate. Pour le moment, je continue pièce par pièce à retirer les objets de ma vie pour la rendre plus légère. Accepter que ces choses ne me définissent plus.