dépression, vide

Je me lève et je ne ressens rien

 

Avez-vous déjà eu cette drôle d’impression d’être vide? Je veux dire…Vous émergez d’un long sommeil sans rêves, vos membres s’étirent, ils sont tendus d’une longue nuit d’immobilisation. Quant à votre tête il n’y a aucune image, aucune pensée, aucun remord, rien! Nada! C’est le néant. Et pourtant…

Vous ne ressentez rien, sauf le malaise d’être imprégné d’aucune substance. Vous tentez de vous remémorer votre soirée de la veille. Coudonc j’ai tu bus moé?  Ben non, tu n’as pas bu Karine. Cela fait bien longtemps que ce liquide amer n’est plus la priorité de ta vie.

C’est samedi matin et hier j’ai écouté kung-fu panda pour la millième fois…je ne suis pas sortie, je n’ai rien fêté, je n’ai vu aucun ami, je n’avais aucun projet…juste finir ma semaine écrasée sur le sofa. C’est samedi matin et je ne feel pas bien. Comme si, j’aurai dû réaliser quelque chose. Comme si j’ai manqué une action la nuit précédente. Comme si je devrais être hangover ou je ne sais pas moi, être étendu avec un beau mec dans mon lit ce matin…mais rien.

Le malaise est étrange. Il commence par me faire réaliser que je ne ressens rien tout sauf que le cœur bat encore. Je bouge légèrement sous mes couvertures, j’émerge de je ne sais où. Je suis désorientée. Bizarre en dedans. Je tourne ma tête vers la fenêtre illuminée. Le soleil brille dehors et je vois les feuilles danser au rythme du vent. Cette image aurait dû me rendre heureuse…me remplir de quelque chose au moins. Mais non. Je suis toujours vide.

Je me mets soudainement à pleurer. Sans raison apparente. Qu’est-ce qui m’arrive? Je ne suis ni blessé, ma vie est tranquille, je réussis plutôt bien ce que j’entreprends…alors …pourquoi?

Je ne veux pas sortir de mon lit. Me semble que je suis au chaud et en sécurité ici. En sécurité? Est-ce que j’ai peur de l’extérieur? Comme ça sans raison? Pourquoi on me ferait mal si je sors de mon lit? Peut-être…en fait, je ne le sais pas. Sûrement, les gens ne sont pas toujours gentils…Ça fait six ans que je me débats avec les amis, la famille, les copains…peut-être que ce matin tout à décider de remonter à la surface? Peut-être que ce matin c’est l’heure des comptes.

Les larmes arrêtent aussi brusquement qu’elles sont venues. Ça va un peu mieux. La tension étrange est sortit de mon corps. Me semble que j’irais courir ce matin. Ouais! Prendre mes jambes et sentir mes muscles s’activer. Ça va sûrement me faire du bien de bouger un peu. J’serais plus en forme, plus mince, plus belle. Ah pis non! Ça ne me tente pas…qu’on m’aime comme je suis au fond.

Je reste dans mon lit. Clouée au confort. Mais mon matelas est dur soudainement. J’ai chaud. Je sus. J’suis pu bien moé icitte.

Je devrais aller faire un voyage. Ou juste sortir de Montréal un peu. Voir du vert…me promener nu-pieds dans le sable. Ou Cuba? Tout le monde aime Cuba…Je ne sais pas pourquoi d’ailleurs…à part l’open-bar qu’est-ce que Cuba a que le Canada n’a pas? Pourquoi les gens préfèrent s’enivrer plutôt que vivre? Faut toujours être dans l’activité, dans l’action, dans le mouvement…si tu t’écrases, t’es rien qu’un paresseux.

On a sûrement quelque chose à cacher, nous les humains. C’est peut-être ce vide intérieur qui me pogne ce matin. Sans solution, sans ambition, sans saveur ni couleur.

Ouais! La vie s’est comme le tofu dans le fond…si tu ne fais rien avec, c’est fade en c*****.  Même les médicaments anti-dépression ne peuvent rien si tu ne mets pas des épices à ton tofu. Si tu ne fais rien de ta peau et tu restes dans ton lit à continuer d’admirer ton vide profond.

Faque, je fais quoi maintenant? Je me lève ou je reste couché? Pis cette question-là est tellement puissante que c’est comme si je me demandais si je décide de vivre ou de mourir. ..