La malédiction d’une artiste

C’est difficile. Oui c’est difficile. J’ai une passe en ce moment incertaine. Mon esprit est embrouillé et les solutions n’apparaissent plus aussi limpidement. C’est comme ci je marchais dans une ruelle très étroite et longue. Une brume opaque bloque l’issu de cette ruelle. Je marche, m’éraflant les bras et les jambes sur le mur en brique. Je n’ai pas perdu l’espoir, mais bientôt je le sens au fond de moi une force étrange, malfaisante, qui a envie que je plie l’échine.

Je sais que peu importe ce que vous avez à affronter en ce moment, plusieurs ressentent la même chose que moi. Peut-être que vous vous avez le parfait copain, la maison, l’emploi de rêve ou je ne-sais quoi encore, mais vous ressentez ce doute aussi, au plus profond de vos tripes. À la fois qui engourdie vos sens et à la fois qui vous donne une grande lassitude à l’impulsivité. Avez-vous mis votre main sur votre poitrine à essayer de sentir votre cœur battre? Le mien est desséché et il a besoin d’un voltage.

Je vous dis tout ça parce quand on croit pendant très longtemps à un rêve et que tous les jours c’est un combat de se lever et de le continuer c’est normal après un certain temps d’éprouver cette grande fatigue. J’ai essayé d’émerveiller les gens près de moi. J’ai essayé de leur dire Hey! Regarde ma création! Regarde comme je suis allée au fond de moi! Regarde comme j’existe! Mais non… aucun éveil. Aucune empathie. Aucun intérêt. Le coup de grâce a été mes livres retirés sur tablette. Find! C’est le jeu! Même si je ne crois pas que ce jeu soit équitable.

J’ai quitté facebook. Je réalisais que je perdais des heures voire des journées entières à me comparer, à espérer et à souffrir. J’ai réalisé que même si je lançais dans la mer virtuelle un ballon, il calerait au fond. Au final pour comprendre que je perdais mon temps et j’avais cessé de rêver.

Une amie est venue dernièrement chez moi et même si j’en parle ici, elle ne me lit pas de toute façon. Ce n’est pas son genre de lecture. Surtout je ne veux pas que ce soit interprété comme une vengeance personnelle. Jamais mes écrits ne me vengeraient … Cependant une chose que l’art fait c’est de dénoncer! Alors je dénonce mes sentiments ou plutôt j’ose les rendre visibles comme un drapeau blanc, une chance d’avoir une ultime bouée. Donc, cette amie qui est venue à la maison. Elle a passé toute la soirée à me parler de son nouvel amoureux. Je l’ai écouté attentivement. Je lui ai donné tout l’espace. Le bonheur quelle merveilleuse chose a partagée. Elle inonde tout le monde autour de nous. Oui, inonde. Son bonheur me noyait. J’ai parlé que je n’allais pas très bien. J’ai osé dire que les gens… les gens ne m’apportaient plus aucun réconfort. Elle m’a demandé alors si je voulais rester amie avec elle. Je ne savais pas quoi répondre. Sur le coup, non je ne voulais plus être son amie. Elle ne venait que pour m’annoncer ce qui se passait de beau et bon dans sa vie. Moi j’ai toujours été une amie qui venait quand ça n’allait pas. Eh oui, je suis comme ça. J’aime voir la souffrance chez l’autre parce que je réalise que c’est le seul moment d’honnêteté. La souffrance c’est beau quand elle nous permet de grandir. Alors je lui ai dit que j’étais perdu, je lui ai dit que pour moi l’écriture était ma vie… oui…je ne sais pas ce que je ferais d’autre sinon! Et… il me semble que j’ai un certain talent! Alors nous avons continué de parler d’elle et de son bonheur. Et j’ai, de plus en plus, de la misère à croire en l’autre. J’ai de la misère à faire confiance, car chaque fois que mes émotions étaient sur la table on l’y a planté un couteau pour l’engloutir tout entier, comme mon ballon dans la mer, je glisse dans les abymes et disparais à jamais.

Comment on survit au manque d’intérêt de votre famille et de vos amis? Comment on arrive à s’enthousiasmer devant les projets des autres quand ils n’ont jamais osé porter un regard sur vous? Comme puis-je aider mes parents dans leur rêve quand ils sont incapables de venir chez moi, s’asseoir et me dire Hey fille comment tu fais ça écrire un livre?

Il y a peu de chance que quelqu’un lit cet article, mais les mots sont devenus ma seule expression. Je suis incapable d’aller vers quelqu’un et exiger qu’on m’écoute. Je suis incapable de couper une conversation et dire ça suffit on parle de moi maintenant! Je bloque. Je paralyse. Parce que je ne sais plus comment on fait parler de soi-même à quelqu’un qui s’en fiche. Je suis incapable de ça parce qu’à la base vous êtes tous plus merveilleux que moi.

Même connecter avec des artistes c’est difficile. S’ils sont le moindrement comme moi, ils n’oseront pas parler. Ils préfèreront créer en solitaire. Ainsi une vitre sera créée entre leur émotion et les autres. Entre nous qui aurait pu se comprendre. Nous devons les protéger nos émotions, ils sont le moteur de notre création, mais au final notre talon d’achille. Comment ne pas prendre difficilement quelqu’un qui regarde votre table de vente et s’écrit ARK! Comment? Parce que je connais quelqu’un à qui c’est arriver et à par en rire et trouver stupide cette humaine, je ne sais pas quoi dire pour consoler cet ami qui au final à juste essayer d’exister dans ce monde.

J’ai accroché, il y a longtemps, un dessin dont j’étais fière sur le réfrigérateur familial et ce même dessin je le retrouvais dans le recyclage peu de temps après. Aujourd’hui je vis jour après jour cette même scène auprès de gens qui prétendument m’aiment.

Cette poisse! Cette malédiction que les artistes ressentent. Ce grand vide intérieur qu’ils essayent de remplir par le jeu de rôle, par les fraternités, par le dessin ou une histoire qui parle d’espoir ne nous quitte pas. Jamais. Chaque nouvelle création est une arme contre la morosité et le dessèchement émotif. La solitude dans laquelle nous devons plonger pour créer elle doit être temporaire. Mais je réalise que même quand j’émerge de mon monde, il n’y a toujours personne autour de moi. Le plus terrifiant est que si on regarde les contes où malédictions s’arriment, il est rare de voir nos héros s’en sortir seuls. À la seconde où il décide d’être en solo, il échoue.