Libérer le trésor

Il existe un trésor, une richesse qui dort
Dans le coeur des enfants mal aimés
Sous le poids du silence et de l’indifférence
Trop souvent le trésor reste caché

-Michel Rivard-

 

 

Minuit moins deux minutes. Marie marchait rapidement. Elle avait un rendez-vous. Un rendez-vous qu’elle ne pouvait manquer au risque de grave conséquence.

Marie était une belle adolescente. Les cheveux couleur de blé, les yeux verts, un visage rond, des lèvres roses. Elle n’était pas que mignonne, mais d’une beauté sans mot. On pouvait imaginer sans peine que ses parents étaient de belles personnes pour avoir créé un magnifique être.

Enfant unique. Marie s’était ennuyée très tôt dans sa vie. Ses parents, des gens de carrières, avaient beaucoup de choses à faire ce qui l’a laissa rapidement, dans son enfance, seule à la maison. Mais l’école avait changé bien des choses. Elle s’était faîte de bonnes amies. Une, Laurence, son opposé en tout. Douée, appliquée, brunette, petite, les yeux noisettes grossièrement conçues par un métissage génétique de plusieurs générations. Mais Laurence était gentille. Une gentillesse qui avait manqué à Marie. Toutefois, Laurence était souvent occupée. Soupers en famille, fête du petit cousin, voyage en Gaspésie, voyage aussi dans le reste du monde. Laurence avait quatre frères. Quatre gentils garçons d’un an de différence. Laurence était, au contraire de Marie, très bien entourée.

Marie vivait au travers de Laurence sa vie de rêve. Elle s’imaginait quand le sommeil ne venait pas, être à sa place, avoir ces parents, avoir ces frères, une telle famille unie…un avenir. Des objectifs. L’adolescente avait rapidement appris à mettre ses émotions, ses ambitions et ses envies de côté. Dissimuler ce qui faisait d’elle Marie. Elle avait peur d’être pointée du doigt et lui retirer le peu de joie qu’elle possédait. Alors elle ne devenait personne. Elle devenait l’amie de Laurence et vivait dans son ombre.

Un coup d’œil à sa montre et elle était désormais en retard. Heureusement pour elle, Marie tournait le coin d’une ruelle et arriva à l’hôtel Succube. Le portier, un grand noir, saluait la jeune fille par son prénom et lui ouvrait la porte.

C’était un hôtel underground ou la clientèle recevait quelque extra moyennant un certain montant d’argent.

Marie n’eut pas à demander, elle savait où se diriger. Elle enjamba deux marches à la fois le grand escalier en colimaçon. L’adolescente s’arrêta au troisième et dernier étage. Là où le maître avait son bureau.

La porte était entrouverte. Une lumière tamisée se glissait sous la porte. Marie poussait la porte et refermait derrière elle.

-Marie! s’exclama une voix masculine très chaleureuse.

-Bonsoir Max, dit Marie sur un ton lasse.

Le dénommé Max avança vers elle et lui donna deux baisers sur chacune de ses joues. Il lui prit la main et y glissa un petit sachet transparent de deux gélules noires.

-Max…

-Qu’est-ce qu’il ya chérie?

Marie était mal à l’aise, mais devait lui en parler.

-J’aimerais le faire sans.

-Tu es sûr?

Elle hocha la tête et tassa doucement la main de Max éloignant le sachet et son contenu.

-Ça va être douloureux.

-Je sais.

Marie retira son manteau. Elle avait une jolie robe jaune. Elle faisait juvénile. Jeune et vulnérable. Très fragile. Mais c’est ce que les clients particuliers de Marie aimaient d’elle.

Elle savait encore une fois où se diriger : une petite pièce au fond du bureau de Max. Le client était déjà présent.

L’adolescente entrait dans la pièce et refermait derrière elle. Max n’avait dit rien. Ni bonne chance. Ni de remerciement. Ni même ce que Marie attendait depuis trois ans : je te libère.  Mais non. Rien. Il l’a regardait se retirer dans la petite pièce comme une employée du Tim qui allait chercher des poches de café dans le back-store. Max retournait à sa table de travail et vagabondait sur internet désormais sans plus.

La pièce était noire, mais Marie rencontra rapidement les yeux rouges du client qui étincelait. Il s’agissait de son plus vieil admirateur.

Marie se dirigea vers le grand lit aux couvertures de soie et s’y coucha. Elle déplaça ses cheveux, laissant sa gorge bien en vue.

-Marie, murmura son client.

La créature aux yeux rouges s’approchait de son prix. Huma son odeur et fut soudainement surpris.

-Tu n’as pas pris l’inhibiteur ?

-Pas cette fois.

-Tu vas avoir mal quand je vais te mordre.

Marie posa ses mains de chaque côté du visage du vieux vampire.

-Je ne peux pas avoir plus mal.

Marie embrassa la créature et s’abandonna à ses caresses. Le vampire lentement arrivait à son cou. Les veines palpitaient et cela l’excitait. Cette nuit, Marie ne ferait pas semblant d’avoir mal. Quand une personne ne prenait pas l’inhibiteur, cela engendrait d’effroyables souffrances à la suite d’une morsure de vampire. Toutefois Marie, contrairement aux autres nuits, voulait ressentir. Pour une fois, elle voulait avoir l’impression d’exister. Et, elle espérait, silencieusement que la douleur soit si intense qu’elle en meurt.