Le sans-abri

J’avais rendez-vous au Café chez l’éditeur de Québec Amérique avec une amie et graphiste officielle de mes deux livres. Je débarquais du métro Jean-Talon et j’entamais la grande progression vers la sortie.

On croise très souvent des sans-abris ou des artistes avec plein d’espoir dans les yeux d’avoir un petit un ou un petit deux. En ce qui me concerne, il y avait un monsieur, assis au sol, un gueux de la ville, un peu sale. Oui malheureusement, un peu repoussant. Son gobelet Tim Horton prêt à recevoir des dons. Je le regardais, car lui ne regardait pas les passants. C’est moins gênant alors d’observer la misère et la pauvreté. On se sent moins coupable lorsqu’on ne croise pas leur regard. Donc il ne regardait personne. Il avait la tête penchée au-dessus d’un livre. Un gros livre. C’était Don Quichotte.

Je passais devant et j’étais stupéfaite de voir un sans-abri cultivé! Hey! il lisait c’est cool pareil, non? Au final, je pensais qu’il faisait peut-être semblant pour avoir un peu d’argent libre d’impôt.

Sur moi j’avais mes deux nouvelles. Une désirant la mettre dans le café librairie pour y faire un peu ma place et l’autre étaient destiné à mon amie. Mais c’est alors que je m’arrêtais de marcher. Une chaleur immense m’envahissait. J’étais un peu déboussolée et l’idée avait germé dans ma tête sans prétention…

Alors je fis volte-face et revenais sur mes pas. Je m’arrêtais devant le sans-abri et m’excusais de le déranger.

-Vous lisez en français?

-Oui, qu’il me répondit.

Je sortis Acheri – la légende de l’enfant-squelette  de mon sac et lui tendit.

-Je suis auteure. Je me demandais si vous aimeriez avoir un exemplaire.

Le sans-abri était content. L’homme était un grand lettré. Il me parlait de Don Quichotte et de la bible qu’il avait analysée de fond en comble. Il me parlait de Dieu, de Jésus, mais pas comme on peut se le représenter par un fanatique ou un illuminé. Il voyait en la bible un livre, avec son intrigue, ses secrets et ses personnages. C’était bon et rafraichissant. Je prenais contact avec un être humain. Un être humain qui avait fait des choix de société soit d’être pauvre et retiré. Mais ce n’était pas un être appauvri. Vous voyez la différence? Il était bon et gentil. Je dû l’arrêté de parler au bout de plusieurs minutes incroyables parce que mon amie m’attendait là-bas au café.

D’ailleurs le café ne prenait pas des livres autoédités…c’est comme si j’avais pressenti ce qu’il allait arriver. Que j’allais être rejeté plus tard! Mais que grâce à je ne sais quel instinct j’avais finalement réussi à trouver mon chemin. Trouver un lecteur. Cette histoire est vraie et incroyablement belle. Simple et unique. Un échange purement intellectuel entre deux esprits libres et uniques.

Ainsi, je venais de rencontrer le sans-abri qui lisait Don Quichotte…