Le petit bâteau

Quand je me rends au boulot chaque jour, je traverse un parc. Exactement le même qui a accueilli mon enfance dans les camps d’été. Nombre de fois que j’ai joué ici et là, que j’ai grimpé à cet arbre (d’ailleurs il y a encore ma marque gravée) et que j’ai couru et inventer des histoires…

Je remarque ce bateau, cette construction en bois frêle et dénuée de décoration. Ce n’est qu’une plateforme en forme de bateau et un poteau simple en guise de mât. Il semblait si géant dans mon enfance !

Que sait-il passé ? Est-ce la maturité qui a soufflé mes impressions et ces centaines de combats contre les vilains pirates des mers troubles ? Est-ce que j’ai oublié tous ses sauvetages héroïque que j’ai faites ?

Alors je souris. Non, je n’ai rien oublié de ses histoires épiques ! Mais j’y vois désormais autre chose !

Mon imagination est intacte. Mes envies d’héroïsmes et de sauvetages périlleux m’accompagnent toujours. Je me revois ligoté au mât, attendant le prince pour me libérer des flammes… J’entends encore mon rire, faire écho dans ce  parc. Mais je vois aussi que mes épreuves, ce que je croyais à l’époque énorme, sont aujourd’hui, de si petites choses qu’elles me font m’esclaffer de plus belle.

Dans quelques semaines, je serai assise à un nouveau poste. Cela m’angoisse. Que va-t-il m’arriver ? Que vais-je vivre encore ? Quel échec vais-je devoir affronter ? Quand je regarde par-dessus mon épaule, je revois qu’hier autre chose me terrifiait. Désormais, mon attention se tourne ailleurs.

Alors si je repense à ce gigantesque bateau qui me parvient des souvenirs de mon enfance qui à présent est devenue cette  embarcation chétive par mon regard adulte, je réalise que ce qui me fait peur maintenant deviendra insignifiant demain.

Tout n’est que cette histoire lointaine, d’un très petit navire… Comme nos obstacles, nos échecs et nos angoisses.