La pulsion du début

Il est dit : « assis-toi et écris». Toutefois dans cette simple phrase, il y a un combat acharné qui nait en chacun des écrivains que nous sommes. Nous ne sommes pas idiots(es), on comprend le principe. Il n’y a pas de formule magique pour devenir écrivain (ou artiste); il suffit de prendre notre envie (aussi fofolle qu’elle est) et la mettre au bureau pour se mettre à l’ouvrage.  Alors, à l’intérieur de chacun de nous, commence la plus cruelle des batailles…

« Ce qui me pousse à écrire est avant tout l’idée qui germe et qui travaille dans la journée. Le plaisir de mettre en mot cette vision que je vois et revoie

JUDITH GAGNON-

            Je ne sais pas pour vous, mais à cet instant où j’ai le désir d’écrire tout se met à travers mon chemin : La vaisselle empilée dans le lavabo hurle de désespoir, la poussière roule sur le plancher, mon lit défait,  ma nuit houleuse et mon chat, comme à son habitude, il est dans mes pattes et réclame de l’attention. Je n’ai même pas encore  un pas à l’intérieur de mon coin dédié à l’écriture que je suis découragée, démotivée, épuisée et pire… je n’ai plus le goût aux mots. J’ai le devoir de m’occuper de mes tâches qui m’incombent.

Et si nous étions capables de mettre un petit point sur notre calendrier tous les jours que nous écrivons. Au bout d’un an, nous sommes en mesure de réaliser, même si ce n’était que de quinze minutes par jour, à quel point nous nous sommes dédié  à notre art.

«Ce qui me pousse à écrire chaque jour (bon, je saute des jours, mais j’essaie d’écrire le plus souvent possible!) c’est qu’à un moment donné, pendant que j’écrivais mon premier roman, j’ai découvert sur le blogue d’un auteur anglophone, Joel D Canfield, un article qui parlait de la Résistance… Je me suis rendu compte que c’était ça qui me ralentissait, qui sabotait un peu mon travail, et qui a fait que ça m’a pris 10 ans écrire ce livre… Pour faire face à la Résistance, il conseillait aux auteurs d’essayer de développer l’habitude d’écrire chaque jour, même si c’était seulement quelques minutes. Il disait que si s’asseoir à son bureau devenait une habitude, plutôt qu’un choix, c’était plus facile d’avancer dans son roman.

Si je n’écris pas pendant quelques jours de suite, quand je reviens, j’ai l’impression d’avoir perdu un peu le fil de mon histoire…»

 

MYRIAM PLANTE

L’art en lui-même est une extension de nos désirs, de nos émotions, de nos pensées. Nous bouillonnons avant même d’être entrés en contact avec notre histoire dans ce moment privilégié. Étant donné que nous ne pouvons retirer notre cerveau et le mettre dans un bocal ou même d’enlever notre cœur et le déposer sur le comptoir le temps d’une séance d’écriture, il nous faut trouver le moyen d’arriver à notre objectif quotidien. Surtout que nous avons besoin dans l’art de toutes nos parties, ce tout, notre tout, qui fait de nous ce que nous sommes.

Il s’agit plus de dresser votre mental à s’exécuter. À se mettre en action, en mouvement.  Tout se passe là, avant même d’avoir mis les pieds dans la pièce, dans cette petite étincelle qui nous fait dire oui, je vais écrire maintenant.

Personnellement, je passe souvent par une gamme de sentiment. Mon objectif est de sortir la tension dans mon corps et de ma tête. Je sais qu’une fois que j’ai écrit, je me sens mieux. Je me sens bien. Je me sens remplie d’énergie. J’ai le goût à la vie. Je sais que mon objectif final, ma montagne à gravir est d’être ce que j’ai toujours voulu être. Être écrivaine. Mais j’ai compris avec le temps que c’était énorme comme objectif. Et si j’essayais simplement d’écrire quelque chose aujourd’hui. Rien de plus. Juste ça. Quelque chose. Alors l’idée d’objectif devient, plutôt qu’une montagne, un simple pas qui se répète dans le temps.

Quel est la pensée, le mot ou la phrase qui vous attire dans votre lieu de création? Quel sentiment vous envahit avant de franchir le seuil de votre bureau?

 J’ai posé la question à un autre artiste…

«J’entre dans mon studio avec une toute petite tâche à accomplir.

Allumer mes machines. Ce qui demande beaucoup de courage, car il y a tellement de peur et de contre action : coût de l’électricité le stress des composantes électriques, le ménage, les choses à faire… En fait je vais simplement entendre une note, jouer un son, tourner un bouton… Ou ce qui marche le mieux pour moi est la quête d’une solution a un problème technique… et vlan je me fais avoir je mets a actionné un bouton et un autre puis je me pop un beat. Je perds alors la notion du temps et de l’espace. Pour moi rien n’est calculé, rien n’est planifié je ne suis pas un musicien je suis un explorateur/créateur de son. Pour moi l’important c’est d’avoir un studio toujours en ordre ready to REC»

-PIERRE VIENNEAU-

ALIAS

KEBATEK

La créativité ne se commande pas. Il ne suffit pas de se mettre à genoux et prier pour que vous vienne l’inspiration. L’état d’esprit avant d’entrer est fragile pour tout le monde. Qu’est-ce qui fera de vous un ambassadeur de votre œuvre aujourd’hui, plutôt de retourner vous asseoir devant la télévision à écouter star trek? Quelle pensée déclenchera votre désir et vous permettra de le suivre? Êtes-vous comme Kebatek à vous jouer le tour? Commencez par faire du ménage et vlan! Le piano se fait toucher et vous êtes roulé! La musique vous inonde et votre réalité laisse place à votre univers de rêve.

Vous savez, pour être honnête, pour écrire cet article je suis venue m’asseoir dans à mon bureau. J’ai activé mon chronomètre et je me suis dit 15 minutes par jour Karine, fait ton blogue et cela sera terminé pour aujourd’hui. Sors la tension! Sors une idée sur l’écriture! N’importe laquelle! Va s’y! Lance-toi!

J’ai commencé par tourner en rond avec ma chaise et à me demander de quoi j’allais bien pouvoir parler… Je pensais à ce projet avec qui je jongle depuis un an, j’ai pensé au boulot et mon anxiété grandissant… Puis  je me suis posé une question toute simple : qu’est-ce qui allait faire qu’aujourd’hui, j’allais remplir mon quinze minutes tel que prescrit?

Alors que je tentais de répondre à cette question, je tenais mon sujet d’article. Quelle pensée me guide vers l’écriture? Quel mot me permet de me mettre à travailler? Qu’est-ce qui vient à l’esprit d’un artiste juste avant de s’exécuter réellement plutôt que procrastiner ou se donner des excuses.

Faites l’exercice : Lorsque vous prendrez contact avec votre art et que vous vous exécuterez, notez les pensées qui vous viennent à l’esprit. Notez celle qui vous motive qui vous donne de l’énergie. Celle qui vous fait sentir bien. Notez aussi, votre absence de pensée, notez vos gestes qui sont venus naturellement ou forcer votre travail. Répétez-les la journée suivante. Encore et encore. Remarquez votre résultat. Trouvez cette phrase ou ce geste qui vous porte ou vous soulève légèrement vers votre chaise d’artiste.

Anaël Verdier propose te tenir un journal d’écriture, notez vos pensées, ce qui a fonctionné, ce qui n’a pas fonctionné. Notez ce que vous avez fait et ce qu’il vous reste à faire. Ou faites comme Myriam Plante, un point sur le calendrier et réjouissez-vous de les voir s’additionner quotidiennement. Gardez en vous, comme Judith la joie et le plaisir de voir votre projet évoluer…prendre des tournures inattendues!

Voilà comment vous calculerez votre progression. Enclenchez votre chronomètre pour quinze minutes et soyez surpris ensuite de voir que cela fait une foutue heure que vous êtes assis devant votre écran. Mais comprenez cette étincelle (qui au contraire de la pensée de sabotage) vous encourage à le faire maintenant et tout de suite.

J’entre dans mon bureau, admire ma décoration, je me réjouis des crayons multicouleurs et je caresse les couvertures des livres de ma bibliothèque. Cet endroit me fait sentir bien. C’est chez moi. C’est pour moi. Je regarde la fenêtre qui donne sur le fleuve St-Laurent. Je me sens en paix. Je me sens calme. Et si j’écrivais quelque chose aujourd’hui?