La grande déprime

Lisez! disent les écrivains aguerris en guise de conseil.

Pour ceux qui débutent sur ce chemin ardu, c’est un très bon point de départ. Lire nos auteurs préférés, analyser leur travail, tenter de le répéter, pratiquer et pratiquer. Il me semble que c’est la meilleure façon de comprendre l’écriture: par les chefs-d’œuvre de nos pairs qui nous ont précédés. Toutefois, est-ce que vous êtes comme moi après chaque lecture? C’est-à-dire qu’au moment de refermer le livre, j’ai les yeux remplis d’étoiles, sincèrement émerveillé par la splendeur de l’ouvrage, mais surtout totalement submergée, apeurée et déprimée.

Lire veut surtout dire, tenter de le reproduire ensuite. Car simplement lire sans l’exercice dûment remplis par la suite, rend l’apprentissage superflu. Et voilà où le problème arrive. Malgré toute ma volonté à comprendre le métier par l’exemple des autres écrivains, je réalise que je n’arriverais jamais à ce niveau. Quand je referme le livre, je ressens tout le poids de ce que cela implique.

En me parlant à voix haute, je réalise toute l’ampleur de ma détresse. J’ai à prouver après avoir ce que j’ai, que je peux faire des efforts pour m’y rendre. Même si c’est l’œuvre de mon époque, même si c’est l’auteur parmi mes préférés, je m’investis du devoir d’essayer au moins… Regarde Karine! Il utilise ces mots. Fais-le. Regarde ici! Sa structure est originale. Est-ce que c’est suffisant souligner ce qui m’intéresse chez les auteurs pour être en mesure de le reproduire?

Je reprends l’expression suivante mettre à sa sauce les éléments rencontrés. Il n’est pas question de copier nos auteurs préférés ( au final, dans ce métier, on répète sans cesse les mêmes sujets, on s’entend) mais plutôt de s’enfoncer sur le chemin de l’écriture plus consciemment. Ne pas laisser à l’inspiration dicter notre processus créatif, mais plutôt ouvrir nos œillères sur comment essayer autrement.

Alors, cette grande déprime est quasiment normal. Le mieux est de vous accueillir quand vous le rencontrez. Parce que oui, il est apeurant de lire un livre ( ouvrage complet, relu, corrigé, publié et acheter en tablette) et de s’y comparer. C’est terriblement effrayant. Vous réalisez que vous évaluez votre travail en cours avec un manuscrit fini? C’est absurde quand on y pense. Vous vous dirigez vers là…

Le but n’est pas de se comparer, c’est apprendre une façon de faire ( une parmi une centaine d’autre voire plus). Vous y parviendrez. Croyez-moi. Peut-être pas instantanément (malheureusement), mais éventuellement. Le tout est de distinguer votre plaisir de la lecture et votre plaisir d’écrire. Vous croyez qu’ils se ressemblent, toutefois il s’agit de deux moments particuliers, uniques qui vous apportent une joie distincte. Ces joies vous rendront plus forts, sachez-leur donner leur pleine place à chacune.