Histoires d’un Bloc # 9

C’est exaltant et terrifiant tout à la fois être seule en appartement. Exaltant puisque je peux y faire ce que je veux : me promener nue, laisser traîner ma vaisselle, prendre toute l’eau chaude pour moi seule, manger ce que je veux, écouter les films que je veux et surtout posséder la télécommande !

Terrifiant parce que pour la première fois de ma vie je me confronte à moi-même. Je suis seule. Je n’entends que ma voix et je ne vis que pour mes propres besoins. Mais quels sont-ils au juste ? Une fois que plus personne vous observe ou vous confronte que reste-t-il de vous ? Vraiment ?

En premier lieu, il y a un tout autre rythme qui s’installe. Plus lent ou plus vite selon votre personnalité. Moi j’ai remarqué que c’était plus lent. Je prenais mon déjeuner, en silence à ma table. J’observais dehors. Je me concentrais sur ce que je ressentais. Ma faim. Mon rassasiement.

En deuxième lieu, l’espace. On doit occuper l’espace. Évidemment ça passe par une prise matérielle des lieux. Mais encore ? Marcher, se déplacer, s’appuyer, dormir sur le divan plutôt que le lit, manger à terre plutôt que sur la table. J’occupais soudainement tout l’espace de mon quatre et demi. Il y avait de moi partout et parfois, je ne savais pas ou me mettre.

En troisième lieu, l’ambiance crée. Soudainement, je ne devais plus faire attention à telle ou telle chose. J’étais libre par exemple de mettre de l’encens, une sorte de musique, libre de vivre de mon silence et de mes pensées profondes. J’étais en choix de mettre une lumière tamisée, d’ouvrir les rideaux pour laisser entrer la lumière. J’étais en contrôle de mon atmosphère.

En quatrième et dernier lieu, je me goutais. Je pouvais apprécier mon contact. Je pouvais déguster ma compagnie. C’était au début étrange, mais au final ça goûtait bon. J’étais attentive à mes besoins, mes envies et surtout à mes ressentis. Je vivais avec moi comme on vit avec un amoureux ou un colloque. Doucement, tendrement et avec amour. Je me faisais de la place. Je m’écoutais. Je me mettais en priorité. J’avais ce nid sécuritaire que pour moi. J’avais mon territoire. Je me l’offrais.