Histoires d’un bloc # 4

Où est Charlie?

Elle était là sous mon nez, cette chose puante et indésirable de mon quotidien. Dans son contenant de plastique gris riant de moi et de ma tête matinale. Je la prenais d’une seule volée et m’en débarrassais dans le sac prévu à cet effet. M’en débarrasser?! C’est tout ce que je souhaitais. L’odeur nauséabonde qui restait à jamais gravée dans mes plus atroces cauchemars. Je marchais avec le petit sac rempli jusqu’à la fente tout aussi dégoutante. J’ouvris la minuscule porte et c’est dans un trou noir que j’abandonnais le sac de crottins de Pô.

Il est possible de faire de la poésie avec de la crotte de chat? Il est possible de pleurer aussi devant notre quotidien de propriétaire d’animal. Mais, une chose à laquelle nous ne pouvons échapper, laisser la crotte dans son bac gris. Un chat contrairement à un chien, est très propre. Il apprend très vite, à l’exception de quelques jeunots retirés trop vite de maman, à s’occuper de ses besoins vitaux. En plus d’être très propre, Minet est aussi un invité de marque. Il n’apprécia guerre que la litière n’est pas changer sinon gare à vous serviteur humain j’irai faire ma crotte sur votre beau tapis.

Ainsi, jour après jour, au matin entre mon café et mon brossage de dents je vais faire la boîte à poupou de Pô. Ce matin, étrangement, l’archéologie dans la litière agglomérant me fit rire. ( Bon disons plus de la spéléologie sauf qu’il me manquait le masque et le tuba ) Je cherchais littéralement de la crotte ou les amas d’urine. Avec comme seul équipement ma petite pelte qui faisait office d’un tamis pour récolter le plus de gros caca possible, j’étais à la recherche de l’estimable besoin de ma bête.  Je faisais chaque coin, centimètre par centimètre. Je grattais en diagonale, faisais chaque rebord minutieusement. Et cela me rappela la légendaire bande dessinée qui me frustrait lorsque je fus plus jeune. Nous avions tous des trucs pour trouver Charlie, le bonhomme sans goût vestimentaire. C’est perturbé et avec une pointe d’humour que je m’y prenais de la même façon. Faut croire que les institutrices avaient tort, les bandes dessinées nous offrent une grande culture générale…

 

De bruits et de silences

Dès la première nuit dans notre tout nouveau chez soi, nous aurons à affronter le même ennemi: Le bruit/ Le silence. Fort à parier que cette toute première aventure vous laissera des séquelles. Cependant, après plusieurs tentatives, la fatigue aura raison de votre intellect débordant d’imagination et vous tomberez endormi durement à l’endroit où vous serez posté en guet.

En repensant à mon premier dodo dans l’appartement, je ne suis pas du tout surprise de mes réactions. Comprenez-moi je suis de nature très insomniaque. Alors, me retrouver dans un endroit inconnu et aux nouveaux bruits…Tous les éléments sont réunis pour un sommeil plus que très léger.

J’étais installée dans le salon, le matelas gisait sans grâce au beau milieu de la pièce. J’avais une lampe qui trainait sur le sol. Si cette dernière n’avait pas été aussi forte, je l’aurais gardée allumée toute la nuit! Mais telle ne fut pas le cas. J’observais à la place la lumière ambiante de la rue. Des lampadaires dignes des plus belles scènes de meurtres. Je tournais sur mon lit improvisé aux augets des moindres bruits. Une automobile. Une clé dans une serrure. Le bruit de la manne qui se fracasse le bout du nez sur la vitre…Je n’entendais plus mon ancienne locataire gonflée et j’étais déboussolée. Plutôt le grincement du plancher dans le couloir. Des voisins revenaient de faire la fiesta et cela me confirma du même coup que ce n’était pas uniquement un bloc soixante ans et plus.

Les yeux grands ouverts dans la pénombre et un cerveau en ébullition j’imaginais des plans terribles contre mon endroit. La concierge était peut-être une vilaine trafiquante d’organe ou pire des voisins cleptomanes! Je devais cacher mes objets précieux. Mais entre un matelas, une lampe et une spatule, le choix n’était pas reluisant pour un voleur.

Comment j’allais survivre à la première nuit? Et si chaque nuit, j’écoutais les bruits dans cet endroit et que je ne trouve jamais le sommeil? ( question existentielle d’une insomniaque), Mais plus je réfléchissais plus j’étais obsédée de trouver d’autres bruits. De trouver tous les troubles sonores qui allaient me convaincre que je ne serais jamais chez moi ici. J’avais peur. J’avais peur de la noirceur et des bruits qui s’y camouflaient.

Je me souvenais alors de cet évènement à la garderie. Avec une jeune amie, nous avions trouvé amusant d’aller dans une armoire. Elle avait refermé la porte, mais étrangement les trous en métal qui servait d’ouvrir celle-ci était absents à l’intérieur. La panique je ne vous dis pas! Il faisait noir. Le son était dans les bases fréquentes et mes oreilles bouillonnaient. Il faisait chaud et j’avais cru crever. Heureusement, la gardienne avait vite repéré notre escapade dans le meuble et nous avait secourus.

C’était cette impression-là que j’avais dans ce logement. Et j’attendais ma gardienne qui vient me retrouver pour me secourir de ma prison. Mais elle ne venait pas. J’étais une adulte aujourd’hui et je devais affronter mes peurs. Puis, sans s’y attendre, entre le dixième et le cinquantième scénario d’horreur mes yeux se fermèrent. Probablement que je ronflai toute la nuit. Le lendemain matin, reposé, mais cernée, mon frère me questionna sur ma première nuit. Tout ce que je réussis à dire c’est que j’avais survécu. Je pouvais désormais barrer sur ma liste de chose à faire : survivre à ma première nuit. Ensuite, les nuits furent plutôt calmes. Jusqu’à l’arrivée de mon petit panda; Pô-La-terreur-Nocturne.