Histoires d’un bloc # 14

Le vieux et l’intrus

 

Je revenais de travailler. Je m’enlignais à droite après l’ascenseur, longeais le long couloir pour atteindre mon appartement. Cependant, devant ma porte, il y avait un homme grisonnant. Il cognait sur ma porte en espérant que quelqu’un ouvre. Je m’arrêtais pour l’observer. Il se retourna et alla cogner à la porte de ma voisine d’en face. Puis, au bout d’un moment, le vieux remarqua que j’étais présente.

Sa porte de biais à la mienne était ouverte.

« Je fais quoi moi?» me dit-il.

« Vous avez besoin de quelque chose monsieur?» dis-je poliment.

« Il y a personne qui répond »

« C’est sûrement qu’il n’y a personne…»

« Ben je fais quoi là avec lui?»

« Je peux peut-être vous aidez? qu’est-ce qui se passe?»

« Il est chez nous! Pis y veut pas sortir»

« Il y a un inconnu dans votre maison c’est ça? Montrez-moi.»

Je le suis dans son appartement, mais je reste à l’extérieur par sécurité. J’appelle à l’intérieur s’il y a quelqu’un, mais il n’y a aucune réponse.

« Regarde yé là» me dit le vieux.

Je penche la tête derrière la porte. Un peu nerveuse et je sursaute devant mon propre reflet. Derrière la porte, il y a un grand miroir. Le vieux le pointe et il lui dit de s’en aller.

« Monsieur ce n’est pas un étranger. C’est votre reflet dans le miroir. »

Il ne me croit pas, donc j’essaye de lui montrer qu’en levant le bras son reflet fait le même mouvement. Malheureusement, l’homme prend ça pour une moquerie de l’intrus et l’insulte. Il demande encore une fois, plus violement à  »l’étranger » de sortir. Je le questionne sur qui vis avec lui. Il ne peut me répondre. Mais cette personne est sensée revenir. Je lui dis d’aller écouter la télévision et s’il y a quelque chose de venir à ma porte. Il me demande alors si c’est la sortie par là-bas. Je crains qu’il décide de sortir…et dans son état, ce n’est pas envisageable.

« La sortie est là, mais il pleut très fort dehors c’est dangereux. » dis-je comme gros mensonge.

Ça suffit à le répugner de son idée.

J’entre finalement chez nous, un peu déboussolée. Je trouve ça comique. Les déments ça me connait en CHSLD. J’ai beaucoup de plaisir en général. Mais le vieux est seul et je connais les implications s’il décide d’aller se balader. C’est dangereux. J’appel mon frère, savoir ce que je pourrais faire de plus. Nous concluons que c’est préférable d’appeler la police. Il peut être en crise, ne pas avoir pris ses médicaments ou pire… J’agis avec conscience de bonne voisine.

Je reste au rez-de-chaussée et j’attends les intervenants, je leur explique et mon rôle s’arrête ici.