Mon expérience chez les soeurs

J’avais besoin de silence et de solitude. J’avais deux semaines de vacances en octobre pour mon anniversaire. Je n’avais pas envie d’une fête, d’un restaurant ou des cadeaux. Il n’y a pas dix solutions. Sois je restais chez nous, mais je ne pouvais vivre la solitude et le silence ou sois je m’isolais.

Je suis allée deux semaines chez les recluses missionnaires. J’avais une chambre simplette. Un lit, un bureau et un fauteuil. Les murs étaient blancs, mais les couleurs de l’automne derrière la grande vite me suffisaient. Il y a un rythme particulier qu’il faut suivre dans le monastère. Bref, un horaire. Mon déjeuner, mon dîner et mon souper étaient programmés. Les soeurs y font bien à manger. Pour ça, je ne pouvais me plaindre. J’avais cinq minutes pour me servir et la porte de la cuisinette fermait. J’empilais la nourriture rapidement et le choc vint ensuite. Il y avait un silence de mort dans la salle à manger. N’avais-je souhaité ça? J’étais, pour la première fois, confrontée à mes pensées. C’était terrifiant. J’entendais les gens mastiqués, tousser, racler de la gorge et je ne me concentrais pas sur le repas. L’excellent repas! Les jours défilaient et j’avais réussi à m’habituer à cette ambiance. Je regardais mon plat, l’appréciait, remerciait de la générosité et l’accueil.

Le silence au dîner, puis au souper. Dans les couloirs. À l’église. Le silence en tout temps. J’avais le goût de hurler, de parler avec les soeurs, j’avais envie de quelque chose, mais je ne savais pas quoi. Et ce je ne sais pas quoi me manquait. J’ai assisté à une messe dans ce petit hôtel simplet. Les soeurs avaient une belle voix et j’étais contente de vivre un moment puissant avec elles. Il y avait aussi un parc autour du monastère. J’ai été marcher souvent. Tous les jours calmement, saluer les passants, voire de nouveaux visages et les couleurs de la nature.

Toutefois, ce ne fut pas qu’une expérience belle et lumineuse. Elle fut froide et noire aussi. J’étais venu chercher la solitude et je le ressentais ce vide qui m’habitait. Mon manque profond de vitalité et de joie. Dormir dans un lieu comme celui-là quand dans notre enfance le noir nous a plus d’une fois terrifiés. Mais je ne savais pas que j’avais peur du noir et du silence. Alors toutes mes nuits se sont transformées en insomnies et en cauchemars éveillés. J’ai pris nombreux thé et café pour me ressaisir. Profiter de ces nuits d’ébullition mentale pour écrire. J’ai incapable d’écrire. Bloqué, voire même totalement paralyser. Qu’est-ce qui m’arrivait? Eh bien! Je vivais intensément ce moment privilégié avec moi.

J’avais appelé une amie et puis mon frère. J’ai pleuré comme une vraie enfant, perdue. Autant j’aurais tout donné pour partir à cette seconde autant j’avais besoin de rester et vivre l’expérience jusqu’au bout.

Après coup, ce fut une bonne chose pour moi de m’exclure momentanément de ma vie. C’était une pause nécessaire pour me permettre de mieux avancer. Mieux visualiser où je désirais m’enligner dans la vie. Déçue de ne pas avoir écrit, mais très heureuse d’avoir inscrit dans ma tête et mon coeur le courage que j’ai de me retrouver vis-à-vis moi-même.

Hospitalité monastique