Écrire moins, mais mieux

Je me rappelle mes débuts. Tout était gauchement écrit, mais j’écrivais beaucoup. Des pages et des pages d’idées. Des idées facilement reçues et conçues par mon esprit. Tout semblait aller à merveille, j’étais prête à ma première critique. Puis, quand vint enfin ce moment incroyable où j’imaginais une foule d’amateur m’applaudir il ne se passa rien. Au contraire, de la réussite, j’avais échoué. Mes phrases étaient drôlement composées, des mots inutiles remplissaient l’écran, trop volumineux, gauche et incompréhensible. Je me relisais et c’était vrai. Les premiers commentaires m’avaient dévasté, mais c’était vrai. Plutôt que d’abandonner ma passion d’écrire, j’ai craqué mes jointures, but un verre d’eau glacée et je me suis attablée au travail. Qui a dit qu’être écrivaine était facile? Évidemment. Personne.

Avant même de tomber dans la technique, avant même d’aller faire un certificat en création littéraire, avant même d’espérer percer comme votre auteur préféré…il faut écrire. Bien écrire. Je ne parle pas d’orthographe (mais essentiel celle-ci se posera tôt ou tard). Avant même de faire le meilleur plan, il vous faut considérer d’écrire moins, mais mieux.

Qu’est-ce que j’entends par là? N’attaquez pas un roman tout de suite. C’est gros et ça demande une bonne préparation. Si vous débutez dans l’écriture, faites de courtes histoires. Penser les mots. Chercher les mots. Construisez une phrase à la fois. Une idée à la fois. Ce mot remplit-il son rôle? Cette phrase complète-t-elle mon idée? Ce paragraphe est-il clair?

Écrire moins, mais mieux c’est se concentrer et être présent sur chaque élément. Les écrivains aiment les mots. Ils jouent avec. Inutile d’utiliser des styles poétiques ou autres complications françaises de la langue. Ouvrir un dictionnaire, regarder la signification et essayer d’entrer ce mot dans un contexte. Plutôt que d’utiliser sans fin les mêmes expressions, ouvrez le dictionnaire de synonyme et de cooccurrence et explorez de nouvelles pistes.

Trop de mots. Trop de pages. Quand on est débutant, c’est risqué. Atteindre un objectif de mots ou de pages au début c’est risqué. Oui, une page, deux pages par jour pour vous encourager à vous asseoir et écrire c’est bien. Mais ce n’est pas cet objectif qui fera de vous un bon écrivain. Il vous suffit juste d’une phrase au final. Une phrase qui a été cherchée en sens et en authenticité. Une phrase qui a les bons mots. Une phrase qui vous parle.

C’est pour ça que j’ai commencé par des nouvelles. Je me suis dit : un petit format est l’idéal pour concevoir et apprendre une trame psychologique. Découvrir les éléments essentiels pour faire une histoire. Je ne débattais pas avec des actions interminables, mais juste des scènes dont j’avais cherché le sens exact. Sans sous-entendus. Sans confusion. Je n’aime pas le flou dans un livre. Mais pour savoir comment ne pas reproduire ce que nous n’aimons pas, faut l’essayer. Faut le travailler. Faut prendre son temps. Comme un jardin sans entretien depuis des semaines, l’écriture peut se voir pousser de la mauvaise herbe. Des mots et des phrases inutiles à son avancement lourd à la lecture.

Faites confiance à votre jugement. Prenez votre temps. Explorez différentes solutions. Les mots ne demandent que nous les associons, construisions et les détruisions.  Ils demandent à prendre vie. Composer votre idée. Prendre parole au nom de votre esprit.