Écrire fait peur

Je suis sur la correction d’un texte avec une coauteure. Un beau projet, mais qui demande de mettre son orgueil de côté et accepter les commentaires de la correctrice. Quand on se met en action par contre j’ai réalisé que cette frustration était justifiée. J’ai écrit et cru à tort que j’avais pondu la perfection. C’est rare la perfection. Dans le meilleur des cas, je fais de mon mieux et j’apprends. Cependant, en replongeant dans mon histoire j’ai ramené à la surface la peur.  Une peur qui explique pourquoi depuis plusieurs semaines je bouffe à m’en donner mal au ventre, je ne parle à personne et je me sauve en me jetant esprit et corps dans mon nouveau boulot. J’ai réalisé qu’écrire m’effrayait…

La peur du noir à longtemps suivit notre espèce. Il était normal de craindre cet élément qui nous empêchait de voir nos prédateurs. Les ténèbres, encore aujourd’hui, avec l’électricité nos lampadaires et nos cellulaires nous fait frissonner. Une peur sauvage, naturelle et normale. Ma peur qui a émergé de mon travail de correction est plus viscérale. Une peur que je sens m’alourdir tout le corps et qui au lieu de me tétaniser sur place m’encourage à poser des gestes rapidement. Je ne suis plus l’homme de Cro-Magnon qui se terre dans une caverne attendant le levée du soleil. C’est une peur que je dois rencontrer, comprendre et parler. Quelle est-elle?

Dans ma démarche d’écriture, j’ai toujours un doute sur ce que je fais. Je rencontre l’inconfort et je dois l’accepter. Je dois me rappeler ma légitimité, à tous les coups. Et cette peur se nourrit sans aucun doute de tous ces aspects, mais pas seulement. Écrire c’est me rapprocher de mon centre. Écrire c’est me découvrir. Accepter mes peurs de primate et mes peurs de mes traumatismes. Écrire c’est vivre et décrire ces peurs. Écrire c’est parler à ces peurs et les détailler pour en faire un texte unique et honnête.  Je me retrouve devant certaine phrase, certain paragraphe et je tremble. Elle est là, coucher sur la page en encre noire, ma peur qui s’agitait dans mon esprit un instant plus tôt.

Quand j’écris, ce n’est pas uniquement une série d’énumération de sensations et d’actions. Le personnage marche, je marche. Le personnage crie, je crie. Le personnage se fait violer… Enfin vous avez compris! Il y a une étroitesse qui dépasse l’intimité absolue. Ce n’est pas juste le rêve de voir un elfe dans ma réalité, mais de créer cet elfe aussi humain, aussi perceptible, aussi de chair et de souffrance que ma propre vie avec les mêmes dilemmes, les mêmes angoisses, les mêmes rêves…

Écrire me fait peur et c’est ainsi que cela doit être. Je disais inconfort plus tôt c’est exactement cela que je dois vivre. Je dois le sentir pour mieux l’expliquer dans mes histoires. Ne serait-ce pas mieux de parler de pinson et de fleurs des champs? Oui probablement, mais même le pinson et même les fleurs des champs vivent de la peur. La perception de l’écrivain a un devoir de la trouver et de la transmettre dans ses écrits.

Un auteur écrit avec son cœur, son âme, ses tripes et son cul. Il n’y a pas meilleure expression que celle-ci. Si le héros l’emporte toujours, il n’est qu’un gagnant à la loto. Si le méchant gagne jamais il n’est qu’un cliché qui sort tout droit d’une comédie. Dans la vraie vie, tout est plus nuancé. Rien n’est plus ambigu que nos sentiments. Je ne dis pas de se poignarder pour sentir ce que serait être un valeureux chevalier, mais fermez les yeux et prenez le temps de voir l’action dans votre tête, sentir les muscles se contractées, sentir la respiration saccadée, sentir votre esprit bouillonner et votre cœur taper dans votre poitrine prêt à rompre votre cage thoracique. Vous avez peur de ne pas sauver votre terre et vos habitants… Quand vous ouvrirez les yeux, la peur, vous la maitriserez et vous serez en mesure, comme écrivain, d’utiliser ce sentiment dans vos histoires comme l’ultime acte de libération.