Dix questions pour maman Safran

Une part de nous-mêmes est mise dans chacune de nos histoires. En tant qu’écrivaine, je suis amenée à me poser un tas de questions ! À trouver aussi, des solutions appropriées ( et crédibles). Je joue la gentille, la méchante, l’amoureuse, l’amoureux, l’énervée, le colérique… Bref, un tas d’individus parfois héroïque et d’autre fois plutôt louche.

Toutefois, il est faux de croire qu’il n’y a que moi et ma caboche qui influencent mes manuscrits. Il y a toutes ces personnes qui croisent mon chemin. Certain passe dans la rue et je capte au passage, un moment magique, voire extraordinaire. Mais cela demeure des inconnus…

Je dois avouer que j’aime surtout vibrer avec ces personnes qui font de ma vie, une place meilleure.

L’histoire que je suis en train d’écrire touche mon pays et mon propre vécu. Un évènement Québécois qui met en relief nos valeurs de partage, d’amour et d’entraide… Je ne vous en dis pas plus ! En préparant mon plan toutefois, j’ai dû me poser la question sur quel genre de personnage j’allais mettre en action, de qui j’allais les influencer et les teinter ? Naturellement, me tournant vers mes proches, j’ai trouvé  l’unique et le beau que je cherchais ; l’âme de mon histoire.

Comme m’a dit Safran, il y a quelques jours en débarquant à Montréal (qui voyage depuis Val-d’Or; chiens de traineau, de caribous et une vie digne des années 1900 – Bref, là où la terre prend inévitablement fin ainsi que tout ce qui constitue la civilisation selon plusieurs), notre relation est sur le point d’avoir son premier char (16 ans d’amitié).

Sur ces sages paroles, je veux vous présenter, à travers cette entrevue, mon amie et sa famille. En fait, honoré convenablement, en ce 12 mai, la fête des Mères! 

Bonne fête des mamans à toi Safran et merci encore pour la générosité dans tes réponses.

1. Trois mots qui te viennent immédiatement en tête quand tu penses à ta famille ?

Je dirais amour, rires et complexité. Mais pas complexité par rapport aux problèmes qu’on peut avoir à affronter, plutôt complexité dans la mesure où chaque membre de notre famille est unique et que ça en fait un tout multidimensionnel. Je ne suis pas certaine d’être très claire, c’est difficile à expliquer quand on ne vie pas avec des gens ayant des particularités neurodéveloppementales.

2. Parle-nous de chacun des membres de ton clan.

Raphaël, mon aîné (6 ans) a un trouble du spectre de l’autisme (tsa). C’est malgré tout un enfant très intelligent mais qui est davantage dans sa tête que les autres enfants. Il n’a pas un tsa qui le limite beaucoup comparativement aux enfants neurotypiques, fort heureusement, alors il arrive assez bien à se fondre dans un groupe. Son plus gros défi est de faire attention à ce que les autres peuvent ressentir, parce que même si son but n’est jamais de faire du mal, il a de la difficulté à lire les émotions des gens autour de lui. Ça donne l’impression que c’est un enfant immature alors qu’en réalité, c’est seulement son côté émotif et social qui en souffrent. Il a commencé très jeune à être capable de se débrouiller seul… Par exemple, je me suis déjà endormie suite à une nuit particulièrement difficile avec son frère et lorsque je me suis réveillée, Raphaël s’était fait une tartine et jouait tranquillement en attendant que je me réveille. Il avait tout juste 2 ans. C’est ce genre de choses qui fait de lui un enfant particulier.

Mathis, mon cadet (5 ans), a un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité. Je mettrais même un H majuscule à hyperactivité, dans son cas. Contrairement à son frère, il a toujours besoin que tout aille vite, comme beaucoup d’hyperactifs. Mais c’est un enfant extrêmement attachant, tourné vers les autres et qui a une belle capacité à offrir son affection. C’est aussi un enfant sensible à ce que les autres ressentent. Il aime voir que tout le monde rit et se désole de voir que quelqu’un est triste. Malheureusement pour lui, il a parfois fait peur à certains enfants parce qu’il est grand et costaud, bouge vite et est parfois impulsif. J’ai pris du temps avant d’essayer la médication parce que j’avais des réserves lorsque l’on m’en parlait, mais je vois aujourd’hui qu’il fait d’immenses progrès grâce à elle et la demande lui-même quand il se sent hors de contrôle.

Michaël, mon conjoint (33 ans) a un tdah et un tsa qui lui a été diagnostiqué il y a 3 ans. Il avait déjà un doute, son petit frère ayant été diagnostiqué plus jeune, mais n’avait jamais fait suite. C’est quelqu’un de très intelligent et qui aime partager ses connaissances, même s’il faut parfois lui demander d’arrêter parce que le sujet devient trop complexe ou inintéressant (tout le monde ne partage pas son amour pour les statistiques ou la géopolitique) parce qu’il comprend mal la subtilité. Heureusement, il se connait bien et n’est pas du tout susceptible lorsqu’on lui dit gentiment qu’on a atteint un point de non-retour dans la conversation. Il a aussi un humour particulier qui n’applique pas les conventions. Sa façon différente de voir les choses et ses grandes connaissances sont ce qui m’ont intriguée chez lui de prime abord.

3. Être maman, qu’est-ce que ça veut dire pour toi ?

C’est une bonne question. Je pense que je ne me suis pas tellement posé la question quand j’ai décidé de commencer à avoir des enfants. J’étais jeune quand j’ai pris cette décision avec Michaël (20 ans, lui 25) et je n’avais pas vraiment envisagé d’avoir des enfants à besoins spéciaux. Aujourd’hui, je dirais que c’est le rôle le plus beau et le plus complexe que j’ai à tenir, mais je ne crois pas que ce soit en lien avec leurs particularités; s’occuper d’un petit humain, ça demande beaucoup de dévotion, peu importe le nombre d’enfants et s’ils sont neurotypiques ou non.

4. Ton plus beau souvenir en famille c’est quoi ?

J’ai beaucoup de bons souvenirs! Un des plus beau est le moment où Raphaël a vu Mathis pour la première fois. Mathis a eu un problème aux poumons à la naissance et a dû être transféré dans une autre ville. Raphaël n’a pu le voir que le jour où nous l’avoir ramené à la maison. Mathis avait une semaine de vie, et Raphaël, presque 15 mois. C’était encore un bébé mais quand je lui ai présenté, ses yeux se sont illuminés et il a offert un grand sourire à son frère. Il a eu peur de le toucher, au début, mais quelques jours plus tard il lui donnait le biberon et le couvrait avec une couverture quand il dormait. Je pense que c’est un des souvenirs que je chéri le plus.

5. Le plus  « puiche » moment que t’aimerais balancer au bout de tes bras?

Probablement le moment où Raphaël a dû passer une prise de sang à quelques jours de vie. Il avait la jaunisse et c’était pour son bien, mais voir mon si petit bébé se faire prendre du sang (dans le pied, parce que c’est difficile de trouver une veine à cet âge et qu’en plus, il était plutôt petit) et se débattre m’a fait me sentir vraiment impuissante. Heureusement, les infirmiers et infirmières étaient très gentils et rassurants.

6. Si une amie t’annonçait qu’elle était enceinte,  qu’est-ce que tu lui dirais?

Je lui dirais comme j’ai déjà dit à celles qui m’ont annoncé leurs grossesses; que je suis là peu importe ce qui arrive et qu’elle peut me parler quand elle veut, des bons comme des mauvais moments.

Ça peut parfois être difficile de trouver une oreille attentive parce que les mauvais moments ne nous montrent évidemment pas sur notre meilleur jour, vu qu’on est tous humains, alors que les meilleurs nous donnent parfois l’impression que notre coeur va exploser d’amour et de joie… Et ces deux moments peuvent se succéder!

7. Quand tu regardes tes enfants rirent aux éclats, quelle est ta  première pensée qui te vient? Et pourquoi ?

Ah, c’est tellement candide, les enfants! Quand je les entends rire, je me dis que ce sont de vrais petits rayons de soleil. C’est difficile d’être de mauvaise humeur quand on entend un enfant rire, je trouve, même si des fois, il faut quand même faire de la discipline ou donner des leçons. 

8. Les trois règles d’or de maman Safran sont (dans le contexte que si ont on ne les respecte pas, il y a une conséquence- le copain inclut- rire !

Je pense que ce quand on cotoies des enfants, il faut de l’humilité et savoir prendre du recul sur soi. Je les met ensemble parce que je trouve que l’un ne va pas sans l’autre, surtout quand les enfants sont très jeunes. On a tous nos petites manies ou habitudes et quand ils ont 2-3-4 ans, et même plus jeunes, les enfants ont tendance à les imiter.


Il faut aussi être constant, mais ça, je pense que la plupart des parents seront d’accord avec moi. Une règle qui change selon l’humeur du parent n’est jamais très sécurisant pour l’enfant, alors si on change une règle pour une occasion spéciale, je pense qu’il faut savoir l’expliquer.


Aussi, je pense que la confiance est ce qu’il y a de plus important dans la relation que j’ai avec mes enfants. Que ce soit de répondre honnêtement aux questions qu’ils me posent ou de les laisser faire leurs expériences en intervenant le moins possible (sans pour autant être absente), je trouve que c’est ce qui est le plus difficile mais qui rapporte le plus de bénéfices. Même si j’ai parfois envie de leur dire de ne pas faire quelque chose ou de leur mettre un casque à chacune de leurs missions périeuses.

9. S’il y avait une panne d’électricité, comment tu occuperais la famille ? Est-ce que ce serait la catastrophe ?

On a déjà manqué d’électricité, en fait. Avoir un père qui travaille en électroméchanique a aidé un peu, mais sortir et voir que toute la rue était dans le même cas a aussi fonctionné. On a marché un peu, regardé les autos passer, etc. Je pense que si on en avait manqué plus tôt, on aurait certainement joué à des jeux de société pour passer le temps, on en a plusieurs. Le plus important a été qu’on a pas paniqué, ça a beaucoup rassuré les enfants.

10. Si tu avais un message à faire passer sur le rôle de mère \ sur ton rôle ce serait quoi ? Explique-nous.

De se faire confiance. C’est difficile à faire on ne peut pas faire plus que notre mieux.


D’aller chercher de l’aide, aussi, si on en a besoin. Le CLSC offre de bons programmes et quand ils ne peuvent pas donner d’aide, ils ont au moins la capacité de référer les gens qui en ont besoin. Il n’y a pas de honte à se sentir perdu dans son rôle de parent ou d’avoir besoin de soins.

Il ne faut pas attendre de craquer si on sent que c’est une possibilité; personne ne va rire. La santé mentale est quelque chose de particulièrement important, surtout quand on a des petits êtres qui dépendent de nous.