Cette drôle d’histoire d’amour

Les oiseaux se taisaient d’un seul accord. Le vent fouettait les feuilles et je les entendais se frotter les unes contre les autres bruyamment. Elles dansaient et prenaient tout l’espace autour d’elles. Le spectacle était merveilleux et le soleil timide éclairait à travers l’épais nuage gris. La fraîche emportait avec elle l’odeur de la terre mouillée et de l’herbe. Tout s’agitait sous l’ordre de la nature!

Les gouttes d’eau s’écrasaient sur les meubles, le métal et toutes surfaces sur leur passage dans un fracas monstre. Une mélodie se créait peu à peu. Un rythme enivrant. Les voitures créent des vagues lointaines qui éclaboussaient les passants infortunés. Les voix s’éloignaient tranquillement et se terminaient comme un faible murmure rapidement oublié. La pluie tombait en un mur opaque et mes yeux rivés vers la manoeuvre de la nature, j’étais stupéfaite. La cime des arbres se contorsionnait de droite à gauche. Les petits cristaux translucides qui faisaient un écho synchronisé m’interpellaient et me rendaient sereine. Je restais devant la fenêtre, dehors se déchaînaient les éléments et je réalisais que j’avais toujours aimé la pluie. J’espérais tant à cet instant la sentir tout contre moi…

Les poils s’irisaient sur ma peau quand le vent doucement me caressa. Quelque chose à l’extérieur m’interpellait… Mon corps combattait les rafales de froid en projetant des ondes de chaleur. Mais je ne voulais pas de ce confort, car tout ce qui m’intéressait était de sentir les bourrasques contre moi. J’avais envie de ressentir comme jamais avant j’avais pu le faire! Alors je passai la porte vitrée, obsédée par une seule pensée. Je traversai le perron dur de bois et tournoyais un moment sous la pluie. Je commença par retirer mes chaussures et je laissais mes pieds glissés sur le gazon humide. Une secousse de plaisir me submergea, mais l’air glacial me remit vite les idées en place. Je continuais à avancer pour que tout mon corps soit possédé par la tempête. Je retirai mes vêtements tranquillement et les abandonna sur le sol…

La pluie tombait et glissait sur ma peau qui était désormais vulnérable. Ma tête bourdonnait et je me sentais éclater sous mille éclairs de sentiments. J’avais froid et j’avais peur, mais j’étais surtout excitée et légère comme une plume prête à m’envoler avec ce vent endiablé. Les gouttelettes longeaient la courbe de ma poitrine et comme des doigts agiles d’un amant, je sentais mon coeur bondir et s’emballer sous la caresse. Mon esprit qui combattait alors mon intrépidité avec sa lucidité m’abandonna. Je fermais les yeux me laissant bercer à l’aveuglette par l’amour que me procurait la nature. Mes lèvres humectés et rougis, j’ouvrais la bouche grande laissant l’eau s’accumuler en moi et comme la rose, je me sentis revigorée et satisfaite. J’eus l’impression de disparaitre dans cette tornade de sensation, de n’être plus convaincu de rien et de désirer qu’une chose c’est de m’y abandonner corps et âme. Je respirais le parfum des lilas qu’emportait la nature. Je me laissais porter dans le torrent de sensations acceptant ce cadeau qui me comblait à chaque seconde.

Je ne pouvais évaluer le temps que je passa sous la tempête, mais lorsqu’elle cessa sans avertir, je me retrouvais étourdie au centre de ma cour le souffle coupé. Je tremblais comme ces feuilles plus tôt au vent. J’avais froid, mais je bouillonnais à l’intérieur comme le magma d’un volcan. Une grande lassitude m’avait désormais gagné. J’ouvris les yeux et le soleil brillait de nouveau. Les oiseaux absents revinrent chantonner ignorant de ce qui venait de se passer. J’eus l’impression d’avoir rêvé ce que j’avais ressentis. j’essyais de me faire à croire que ce n’était que les hallucinations d’un cerveau malade, mais il n’en était rien. Je crois que j’avais toujours voulu entamer une danse sous la pluie, me risquer à m’y abandonner, mais je réalisais que maintenant à quel point la nature me possédait. Que la pluie me charmait et qu’au plus profond de moi, l’érotisme sommeillait et que sans elle, il n’aurait jamais éclot. L’inquiétude se lit alors sur mon visage, je craignais la prochaine averse…