Bonjour Décembre

Nous avons enfin traversé ce novembre gris et pluvieux. Ainsi que ces désespérantes hausses et baisses de température. Lorsque Décembre arrive, tout semble s’éclaircir. Les gens mettent leur décoration de Noël et d’un seul coup notre quartier morne est transformé. C’est sûr que l’approche du magasinage, des fêtes, des repas en familles et des cadeaux à de quoi nous ravirent… Mais ce n’est pas pour ça que j’aime ce mois.

Décembre quand tu viens, je dois m’enrouler dans mes foulards. J’adore porter des foulards. Je sors mes couleurs rouge et vert, bleu et argenté, dorées et rouges. Et j’ai l’impression d’être à nouveau moi-même coloré. Décembre quand tu viens, j’apprécie mon café davantage ou même avant ce dernier, mon lit et mes couvertures doublées. Elles sont lourdes et chaudes. Ma peau caresse doucement le textile et je me sens bien. J’aimerais m’accrocher à mon lit et y rester jusqu’en janvier. Décembre quand tu te pointes, tu arrives au galop et il te faut plusieurs essais infructueux pour réussir à t’installer. Ta première neige est toujours une chose magique qui rend le plus fermé des cœurs, heureux. Le soleil disparait et les nuages envahissent les cieux, mais décembre, tu es doux dans ces moments. Et j’attends, impatiente, que les flocons tapissent mon petit balcon pour aller y mettre mon chaton. Tu sais, Décembre, tu fais du bien aux gens. Il y a la joie qui nous envahit, mais pas seulement… On a les yeux qui brillent et on retrouve nos souvenirs d’enfants, à quatre pattes avec nos accessoires de cuisine dans la neige, avant le souper, les joues roses et le nez qui coule. On revoit nos premières tentatives sur la glace avec ces patins trop grands et la poubelle pour nous tenir en équilibre. On escalade de nouveau cette montagne de neige et de glace que nos pères ont construite pour glisser… Tu es aussi le dernier mois de l’année… le dernier passage et on espère tous que la prochaine sera meilleure. Tu amènes l’espoir et tu réunis les familles avec tes parfums de baie et de sapin, tes biscuits au four et ta traditionnelle dinde.

Je crois que je suis contente de te voir une année encore Décembre. Il y aura toujours des personnes qui te regarderont et penseront à cette fameuse pelte et ce froid de février, mais ils ont oubliés de rêver ces gens-là. Ils oublient de t’accompagner et ne penser qu’à cet instant plutôt qu’à demain. Moi, en tout cas, je suis bien heureuse de te voir Décembre.

J’ai juste besoin d’écrire

Les projets s’accumulent : formation, bêta-lecture, le blogue, YouTube… Je réalise cependant que plus j’en fais, plus je délaisse ma véritable passion soit celle d’écrire ! Je danse avec mon horaire à essayer de faire tout entrer dans une semaine, mais je n’y arrive pas. Je n’y arrive pas donc je déprime. Je déprime donc je ne me sens bonne à rien. Voir mes amis(es), sortir, marcher, voir le monde et ça je ne le fais plus depuis un temps. Certaine raison financière oblige évidemment ! J’aimerais en faire plus, mais je n’y arrive pas.

Stop!

Arrêt sur l’image. Je regarde ma vie aller trop vite. Je regarde tous mes projets et je me perds de plus en plus. Et si j’essayais de replacer les choses maintenant ? Et si je me concentrais sur  ce qui me stimule véritablement. Mes histoires. Toutes ses phrases et ses idées qui s’accumulent dans ma tête et qui doivent sortir! Je l’ai oubli celles-là.

Depuis mon déménagement, je n’ai pas réussi encore à écrire dans mon studio. Cette chambre dédiée à mon monde créatif. Pourquoi suis-je incapable de faire un pas à l’intérieur ? Je ne peux juste pas m’asseoir, pourquoi, est-ce si difficile d’ouvrir simplement l’ordinateur et m’y mettre ? Je suis dans le salon, caller dans mon sofa. Il est bien ce sofa, mais ce n’est pas là que la créativité se cache.

Aujourd’hui, je suis entrée dans mon studio. Il y avait toutes les lumières pour les capsules vidéos. Toute la chambre était placée pour faire jolie, bien cadrée. Mais ce n’était pas moi. Ce n’était pas mon foutoir d’écriture. Mon antre. Ma caverne aux mille merveilles. C’était une place où des vidéos se prenaient. Alors j’ai su que je devais reconquérir mon territoire. Le mien. Ma place. Celle où j’écris. Celle ou j’imagine et je fabule.

J’ai fait le ménage, rangée ce qui avait besoin de l’être, j’ai mis mon fouillis sur ma table, j’ai replacé mes plantes et éloigné le stock d’éclairage. Je respirais déjà mieux. Finalement, j’ai pris mon bâton d’encens et je l’ai allumé. En fermant les yeux, j’ai médité. Ici repose ma sérénité. Ici je dépose mon imagination et ma créativité. Ici, Karine est la bienvenue et il n’y a qu’elle ( et Pô).

Lorsque je m’éparpille en pensée,

Quand je ne protège pas mon territoire,

Que j’oublie d’y faire un tour, de le saluer, de l’entretenir,

Je ne peux pas écrire. Je sais qui je suis. Je sais ce dont j’ai besoin.

Fille d’automne

Je me demandais sincèrement de quoi j’allais vous parler aujourd’hui. Qu’est-ce que j’ai de si intéressant à dire n’est-ce pas? Une fille solitaire qui ouvre un blogue espère y trouver sa voie, espère y proposer certaine…au final, les sujets ne s’épuisent pas? Est-ce que la flamme de l’écriture est toujours là? Oui bien sûr! L’inspiration a besoin parfois…au fait pour moi de quoi elle a besoin? De m’asseoir doucement sur mon divan qui fait face à la fenêtre, de l’air frais, d’un bon café et des couleurs de l’automne, relevez la petite laine, laisser son regard vagabonder…

Cette saison m’a toujours rendue très calme. Très sereine. Je m’assois et je contemple  la nature continuer son œuvre. À grands coups de pinceau, elle colore le paysage. Les arbres se font les plus beaux, juste avant de dormir durant les lunes à venir.

Alors je trouve mon inspiration…ainsi…le breuvage chaud à la main. Je suis une fille d’automne. Je suis revigorée. Je m’emmitoufle et je lis. J’inspire l’odeur des feuilles mortes. Je les entends craquer et je me souviens des buttes de feuilles dans lesquelles je me jetais enfant.

Je suis née en octobre. Je suis née au mois des citrouilles et des épices. Je sens le sapin encore mieux qu’en été. Je suis une fille d’automne et j’ai le goût de me perdre en forêt. Marcher seule. Entendre gazouiller les petits oiseaux.

Prise entre le clou de girofle et la cannelle, un thé à l’arôme de caramel et pomme ou un bon chocolat chaud aux guimauves près d’un feu qui crépite. À l’automne il fait frais! Il faut se couvrir. De la laine ou du synthétique tous est bons pour sentir la chaleur caresser nos membres.

Je suis une fille d’automne et ce matin, je regarde par la fenêtre et je suis impatience d’y être, là, dehors, sentir la fraîche sur mes joues. Mais je suis si bien à l’intérieur, envelopper, quand toutes les fenêtres sont ouvertes.

La tranquillité. Tout le monde se tait à l’automne. Les gens sont chez eux ou dehors, admirant en silence le panorama. L’automne fait taire. L’automne rend calme. Comment trouver meilleure source d’inspiration si ce n’est que celle-ci? Pourquoi parlez d’autre chose si ce n’est que la béatitude qui m’envahit à l’instant?

 

La maison hantée

Je tournais la clé dans la fente et je sentis celle-ci vibrer dans l’engrenage. Nerveux, mes mains moites ne m’aidaient pas à tourner la poignée. Je glissais et m’enrageais.

Enfin, au bout d’effort de détermination et de patience , j’y parvins. Je refermais délicatement la porte de chêne gravé derrière moi et enclenchais systématiquement le mécanisme de fermeture tout doucement.  Malgré l’âge des matériaux de cette bâtisse, à peine un cliquetis était perceptible. J’étais le génie de la serrure. Me voilà désormais barricadé. À peine un son pour réveiller une souris grise qui dormirait sous le plancher et hop me voilà à l’intérieur comme un voleur. Je retenais mon souffle au point de me faire violence au poumon. Conscient que le moindre bruit pourrait m’attirer des troubles. Je savais que le jardinier faisait toujours une dernière vérification le soir avant de partir pour y revenir seulement à  6h00 le lendemain.

Enfin, je me félicitais, car il s’agissait déjà d’un exploit d’être parvenu sans être vu dans la maison. Être découvert à cette étape-ci serait une grande frustration.

Une fois mon intrusion faite dans la chambre, je figeais soudainement. L’endroit était sombre. Très sombre. Je sentais déjà les ténèbres m’opprimer. Je n’aimais pas la noirceur. Depuis mon enfance, j’avais la sensation d’être épié dans l’obscurité. Je n’ai jamais apprécié cette sensation de vide. Petit je combattais avec mon père les monstres qui s’y cachaient.

C’était comme si je revenais à mes vieux jeux d’enfants angoissants. N’ayant jamais été totalement convaincu que ce n’était qu’en fin de compte que des jeux. J’avais toujours cette impression que quelque chose…un être vil se cachait dans les coins les plus obscurs. Et cette maison…Le froid qui y règne. La noirceur des lieux…cette chambre.

J’aimerais tant m’y faire de la lumière. Comme si la clarté faisait fuir les monstres nocturnes. Mais il était impensable d’ouvrir l’interrupteur, je dénoncerais ma présence aussitôt.  Alors je devais avancer sur ce chemin à l’aveuglette. Une lampe de poche aurait été certainement utile, mais encore moins brillante. Les carreaux de la fenêtre illuminés auraient attiré la police. Le vieux gardien des lieux d’accord, mais pas les flics. Qu’est-ce que je dirais alors une fois arrêté?

-Désolé monsieur l’agent, je voulais valider la théorie du vieux jardinier. Vous savez…Le monstre qui vit dans les ténèbres de cette maison.

Entre mon argumentation étrange et les faits que j’étais incontestablement entré par effraction dans la demeure de mon voisin…la question de choisir de ma culpabilité ne se poserait pas longtemps. Même mes parents ne pourraient me défendre sur ce coup.

Ce vieux jardinier de la maison…inquiétante présence. Cet homme travaillait pour un propriétaire toujours absent. J’étais venu à croire qu’il s’agissait d’une riche personne qui voyageait toujours pour son travail. Et cette vieille maison tout en ruine était un héritage familial. Attaché par ses souvenirs, son propriétaire n’avait jamais été capable de la vendre. Du moins, c’était l’histoire que je mettais imaginé.

Le jardinier posait toujours ces yeux verdâtres sur moi. Prenait ce regard énigmatique que je ne savais déchiffrer. Sans jamais m’adresser la parole. Il ne faisait que me regarder passer devant l’entrée pour me rendre à l’école. Et à mon retour, il était là, fidèle au poste, momifié, m’observant me diriger vers ma maison.

Cependant, cette journée-là, en cette fin d’après-midi nuageuse, lorsque je revenais de mon quotidien d’écolier, il m’avait fait de grands signes de la main. C’était la première fois que je l’avais vu avec un tel comportement. Normalement, il ne faisait que rôder autour de la baraque et m’observer étrangement.  Mais cette fois-là, l’homme avait carrément changé d’attitude. Ce qui évidemment, me rendit aussitôt très nerveux.

J’hésitais à m’approcher. Mais le vieux continuait de balancer la main dans les airs, insistant. Donc, tranquillement, je mettais dirigé vers lui. Sans savoir ce que cette simple politesse entrainerait. Je ne savais pas que ma journée qui s’était annoncée banale prendrait une tout autre forme à la suite de notre discussion.

Le jardinier m’avait empoigné le bras brusquement. Je ne me débattis pas, car ce qu’il allait me confier, je le sentais au plus profond de mon être, cela dépasserait ma simple compréhension de mon univers. Il me tourna en direction d’une pièce au deuxième étage. Pointa de son doigt maigrichon des carreaux rouges.

-La créature nous observe, dit-il.

Je regardais en direction d’où pointait son doigt et je vis une ombre s’éloigner des fenêtres à ce moment-là.

-Pourquoi y travaillez-vous alors, Monsieur Emmett? Demandais-je tout naturellement incrédule.

L’homme me lâcha finalement le bras, prit un air terrorisé.

-Je ne peux pas la quitter. Je dois faire ce que la créature me demande.

Je déglutis et sans assurance, j’avais invité mon interlocuteur à dénoncer son employeur aux normes du travail. La créature qu’il nommait ainsi était peut-être tout simplement une vieille chipie qui ne reconnaissait pas son travail. Mais il me fit de grands signes de négation de la tête.

-Ce soir c’est la pleine lune.

Le jardinier m’expliquait que la pleine lune était un moment de grande vulnérabilité pour la créature. L’être devait sortir et chasser pour reprendre des forces. C’était le seul moment dans le mois qui était permis de sortir de sa prison.

Je n’avais pas écouté la fin de ce qui aurait pu être une très jolie histoire d’épouvante. J’étais rembarqué sur ma planche lourde d’auto-collants de tête de mort et j’étais retourné dans l’allée de béton de ma maison. Il m’avait alors crié d’où je l’avais laissé en plan, que je devais entrer dans la maison de la bête ce soir sinon il serait trop tard.

Trop tard pour quoi? Je ne savais pas. Et sincèrement, je ne voulais pas le savoir. Mais toute la soirée j’étais demeuré songeur.  Je mettais accoudé à ma fenêtre et je regardais la cabane vis-à-vis ma propre chambre.  Mes pensées défilèrent à une vitesse folle plongeant dans mon imaginaire étoffé et vagabond.

Nous étions arrivés il y a moins de trente jours dans cette maison. Dont mes parents, ravis, avaient eu un très bon prix pour celle-ci. Le voisinage était absent à l’exception des quatre étages riches devant. Peu de marcheurs, peu de jeunes de mon âge, soit 15 ans et il semblait incongru d’accuser à tort un propriétaire sur papier.

-M’man? Interpellais-je lorsqu’elle passa avec une brassée de linge blanc dans le couloir.

-Oui Kev ?! Dit-elle en hurlant de son côté du couloir se dirigeant comme une guerrière sans peur jusqu’aux machines à laver.

-Pourquoi les anciens proprios t’ont vendu la maison?

-Pourquoi tu me demandes ça? dit-elle d’une voix en écho dû à sa tête dans le sèche-linge.

-Bah! pour savoir-là.

J’entendis la porte ovale de la machine fermée brusquement. Ma mère claquait les portes férocement seulement quand elle hésitait à nous dire quelque chose sur le coup de l’émotion. Ce n’était pas bon signe de ce que j’en devinais. Pire! Elle abandonna sa tâche ménagère et pénétra dans ma chambre. Ma mère regarda mon bordel et me sourit gentiment. C’est là que je sus que je n’aimerais pas ce qu’elle allait me dire.

-Leur fille…a eu un grave accident.

Je questionnais ma mère sur le genre d’accident qui avait eu lieu. Elle hésitait à m’en dire davantage.

-Elle a été retrouvée dans le champ voisin. La pauvre ado avait perdu beaucoup de sang.

De sang? Une créature vivant la nuit qui tut en vidant le sang de ces victimes. Un frisson me parcourra l’échine. Un jardinier obligé d’obéir à un propriétaire discret. Était-ce…non! Impossible. Ce genre d’histoire aux dents pointues n’apparaissait que dans les romans!

-Quel jour a été retrouvée la fille?

-C’est une drôle de question Kev, voyons!

-M’man! s’te plait, répond.

Ma mère plongea un long regard triste sur moi. Elle caressa ma joue et avant de se lever et repartir à son devoir de patronne de maisonnée, elle m’embrassa et me dit qu’elle m’aimait très fort.

Une fois qu’elle eu disparut dans le couloir, mon regard  se posa alors sur la maison soudainement rendue inquiétante. L’ombre à la fenêtre n’y était pas. Je me décidais enfin, j’irais l’explorer et pister cette créature cette nuit. Je devais trouver une façon de l’anéantir, car je ne serais pas sa prochaine victime ni mes parents.

Ainsi, je n’allais pas voir le gazon jaunir et ma tête se remplir de contes et de récits terrifiants. Je devais réagir immédiatement. L’idée germa dans ma tête avec une grande lucidité. Le jardinier m’ayant aidé sur la voie, je devais aller  à la rencontre de la vérité. Mais comment m’assurer que ce n’était pas un piège de sa part? Le mois n’était pas encore terminé et la créature pas encore rendue à l’étape de se nourrir. En étais-je sûr? Non. Mais je n’avais pas d’autre choix non plus.

***

Avais-je eu tort d’entrer dans cette maison hantée? Me demandais-je à l’instant prisonnier de ma phobie des abîmes.

Un craquement soudain me sortit de mes pensées. Les battements de mon cœur affolés venaient jusqu’à mes tempes. Le bruit recommença. Un couinement long et désagréable. Quick-Quick-Quick. Je tournais ma tête vers le fond de la salle et c’est avec effroi que je vis les reflets dans les fenêtres.  Et ce que je croyais venir du couloir, était finalement avec moi dans la pièce. Des yeux blancs lustrés scintillèrent dans la pénombre. Quick-Quick-Quick. Les yeux se balançaient dans le coin. Le son désagréable d’une chaise berçante de mamie troublait la quiétude du lieu. Les points blancs me fixaient intensément, j’étais complètement glacé de terreur.

Libérer le trésor

Il existe un trésor, une richesse qui dort
Dans le coeur des enfants mal aimés
Sous le poids du silence et de l’indifférence
Trop souvent le trésor reste caché

-Michel Rivard-

 

 

Minuit moins deux minutes. Marie marchait rapidement. Elle avait un rendez-vous. Un rendez-vous qu’elle ne pouvait manquer au risque de grave conséquence.

Marie était une belle adolescente. Les cheveux couleur de blé, les yeux verts, un visage rond, des lèvres roses. Elle n’était pas que mignonne, mais d’une beauté sans mot. On pouvait imaginer sans peine que ses parents étaient de belles personnes pour avoir créé un magnifique être.

Enfant unique. Marie s’était ennuyée très tôt dans sa vie. Ses parents, des gens de carrières, avaient beaucoup de choses à faire ce qui l’a laissa rapidement, dans son enfance, seule à la maison. Mais l’école avait changé bien des choses. Elle s’était faîte de bonnes amies. Une, Laurence, son opposé en tout. Douée, appliquée, brunette, petite, les yeux noisettes grossièrement conçues par un métissage génétique de plusieurs générations. Mais Laurence était gentille. Une gentillesse qui avait manqué à Marie. Toutefois, Laurence était souvent occupée. Soupers en famille, fête du petit cousin, voyage en Gaspésie, voyage aussi dans le reste du monde. Laurence avait quatre frères. Quatre gentils garçons d’un an de différence. Laurence était, au contraire de Marie, très bien entourée.

Marie vivait au travers de Laurence sa vie de rêve. Elle s’imaginait quand le sommeil ne venait pas, être à sa place, avoir ces parents, avoir ces frères, une telle famille unie…un avenir. Des objectifs. L’adolescente avait rapidement appris à mettre ses émotions, ses ambitions et ses envies de côté. Dissimuler ce qui faisait d’elle Marie. Elle avait peur d’être pointée du doigt et lui retirer le peu de joie qu’elle possédait. Alors elle ne devenait personne. Elle devenait l’amie de Laurence et vivait dans son ombre.

Un coup d’œil à sa montre et elle était désormais en retard. Heureusement pour elle, Marie tournait le coin d’une ruelle et arriva à l’hôtel Succube. Le portier, un grand noir, saluait la jeune fille par son prénom et lui ouvrait la porte.

C’était un hôtel underground ou la clientèle recevait quelque extra moyennant un certain montant d’argent.

Marie n’eut pas à demander, elle savait où se diriger. Elle enjamba deux marches à la fois le grand escalier en colimaçon. L’adolescente s’arrêta au troisième et dernier étage. Là où le maître avait son bureau.

La porte était entrouverte. Une lumière tamisée se glissait sous la porte. Marie poussait la porte et refermait derrière elle.

-Marie! s’exclama une voix masculine très chaleureuse.

-Bonsoir Max, dit Marie sur un ton lasse.

Le dénommé Max avança vers elle et lui donna deux baisers sur chacune de ses joues. Il lui prit la main et y glissa un petit sachet transparent de deux gélules noires.

-Max…

-Qu’est-ce qu’il ya chérie?

Marie était mal à l’aise, mais devait lui en parler.

-J’aimerais le faire sans.

-Tu es sûr?

Elle hocha la tête et tassa doucement la main de Max éloignant le sachet et son contenu.

-Ça va être douloureux.

-Je sais.

Marie retira son manteau. Elle avait une jolie robe jaune. Elle faisait juvénile. Jeune et vulnérable. Très fragile. Mais c’est ce que les clients particuliers de Marie aimaient d’elle.

Elle savait encore une fois où se diriger : une petite pièce au fond du bureau de Max. Le client était déjà présent.

L’adolescente entrait dans la pièce et refermait derrière elle. Max n’avait dit rien. Ni bonne chance. Ni de remerciement. Ni même ce que Marie attendait depuis trois ans : je te libère.  Mais non. Rien. Il l’a regardait se retirer dans la petite pièce comme une employée du Tim qui allait chercher des poches de café dans le back-store. Max retournait à sa table de travail et vagabondait sur internet désormais sans plus.

La pièce était noire, mais Marie rencontra rapidement les yeux rouges du client qui étincelait. Il s’agissait de son plus vieil admirateur.

Marie se dirigea vers le grand lit aux couvertures de soie et s’y coucha. Elle déplaça ses cheveux, laissant sa gorge bien en vue.

-Marie, murmura son client.

La créature aux yeux rouges s’approchait de son prix. Huma son odeur et fut soudainement surpris.

-Tu n’as pas pris l’inhibiteur ?

-Pas cette fois.

-Tu vas avoir mal quand je vais te mordre.

Marie posa ses mains de chaque côté du visage du vieux vampire.

-Je ne peux pas avoir plus mal.

Marie embrassa la créature et s’abandonna à ses caresses. Le vampire lentement arrivait à son cou. Les veines palpitaient et cela l’excitait. Cette nuit, Marie ne ferait pas semblant d’avoir mal. Quand une personne ne prenait pas l’inhibiteur, cela engendrait d’effroyables souffrances à la suite d’une morsure de vampire. Toutefois Marie, contrairement aux autres nuits, voulait ressentir. Pour une fois, elle voulait avoir l’impression d’exister. Et, elle espérait, silencieusement que la douleur soit si intense qu’elle en meurt.

Quarantaine

Les gens, comme vous et moi, préférons de belles histoires. Une jolie demoiselle trouvant son prince. Un jeune garçon devenu un chien retrouve miraculeusement le chemin de la maison. Un homme affrontant ses pires cauchemars, avec difficulté, mais mérite. Pourtant la réalité ne possède pas uniquement les fins heureuses. La réalité, celle dans laquelle nous vivons s’achève souvent sur des notes mélancoliques, cruelle, voire désastreuse.

Cette histoire-ci fait partie de ces durs réveils à la réalité. Elle vous emporte au plus profond de l’abîme humain. La noirceur comme seule partenaire. Vos tripes en danger. Toutefois, cette histoire est aussi la beauté de la résilience et celle de promettre à tous les survivants de ne plus jamais recommencer. Hélas! Nous connaissons la nature humaine. Plutôt que d’y voir le pardon de l’humanité, on s’enfonce vers notre propre extinction.

***

Mégane Grant, Espagnole vivant en équateur. Elle était la dernière des quatre enfants, mais elle était maligne et débrouillarde malgré ses huit ans tout ronds. La jeune fille venait de terminer l’école et marchait dans les ruelles de son quartier avec son amie jusqu’à leur demeure. Elle en profitait pour faire des détours, jouait à la marelle et lançait à l’occasion des petits cailloux aux écureuils roux.

Mégane était à la même école que ses deux plus vieux frères. Pedro et Miguel, jumeaux, inséparables et frimousses à leur heure. Au moment où Mégane et son amie visaient le troisième rongeur, Pedro au pas de course les dépassa.

– Hey Pedro! cria sa sœur cadette. Viens on tire les écureuils!

– Non Meg! Je dois aller voir Miguel.

-Mais…il n’était pas à l’école aujourd’hui?

– Ouais! lança l’amie de Mégane. Ils ne sont pas dans la même classe tes frères?

– Il a été malade aujourd’hui.

Pedro poursuit sa course et tourne le coin. Il disparaît aussitôt. Mégane laisse tomber son caillou et s’excuse auprès de son amie. Son grand frère malade? Elle ressent un malaise. Miguel n’est jamais malade. Sauf quand il avale n’importe quoi sous les défis stupides de son jumeau. Mais Pedro aurait été aussi malade.

Mégane remet son sac sur son dos et se lance à la poursuite de Pedro. Au bout d’une dizaine de minutes, elle arrive à la maison. Lorsqu’elle pénètre dans la demeure, les lumières sont fermées et une odeur de lavande empeste les lieux. Sa mère qui croit fortement aux vertus de la lavande noie la maison à la seconde ou l’un des enfants est malade. Mégane a horreur de cette odeur. Elle préfère de loin l’odeur de la rose.

– Maman ? Cri Mégane.

– Oui Meg. Je suis dans la chambre des garçons.

Mégane n’attend pas de se faire prier. Elle lance son sac à dos, la porte toujours entrouverte et grimpe les escaliers deux marches à la fois. La fillette entre dans la chambre, l’odeur de lavande oppresse l’air, elle voit Pedro et sa mère au chevet de Miguel. Il est pâle ce qui contraste avec son beau teint basané. Mégane s’avance tranquillement, apeuré par l’apparence de son frère.

– Maman, qu’est-ce que Miguel a ?

– Oh! Chérie! Miguel a sûrement mangé quelque chose de pas bon. Comme d’habitude.

– Non mommy! Dis Pedro. Il n’a rien mangé.

– Vous n’avez pas fait de défie ?

Pedro fait signe de négation de la tête.

– Hum, murmure la mère des enfants, il a beaucoup vomi. Je me demande ce qu’il a. J’ai appelé le Docteur Zarkovak. Il ne m’a pas toujours répondu. Bon! Les jeunes! Ania est avec papa dehors! Allez jouer.

– Non! proteste Pedro.

– Ça va aller Chéri. Il a besoin de repos.

Mais c’est inutile de résonner le jumeau. Depuis leur naissance, ces deux garçons sont unis par une force invisible et incompréhensible pour qui que ce soit même leur propre parent. Pedro demeure au chevet de son frère et rien n’y fait pour le faire changer d’avis. Leur mère acquiesce et envoie Mégane seule. Elle referme la porte derrière la jeune cadette.

Mégane soupire. Laissée seule encore. La petite des petits, sans jumeau, elle n’a qu’elle-même à se préoccuper. Alors elle décide d’obéir à sa mère. Son père et Ania, la plus vieille des enfants sont à l’extérieur et doivent jouer au ballon. Mégane descend les marches, une à une, triste d’avoir été mise à la porte.

Cependant, au moment d’atteindre la dernière marche, un grand cri, sûrement sa sœur Ania se fait entendre dans la cour arrière. Mégane rate la dernière marche et tombe le visage le premier et embrasse le tapis au bas de l’escalier. Sa mère ouvre la main dans une volée, Pedro sur ses talons et ils descendent les escaliers.

– Ça va Meg? Demande Pedro.

Mégane retient ses larmes.

– Qu’est-ce qui s’est passé? C’est toi qui as crié?

Avant de pouvoir répondre quoique ce soit Ania appelle sa mère à l’aide dans la cour extérieure. La maman ordonne à Pedro d’aider sa jeune sœur et court à l’extérieur sans attendre. Un second cri ébranle la vie tranquille de la famille Grant.

Mégane et Pedro accourent à l’extérieur. Curieux de savoir ce qui se passe encore! Mégane a mal au visage, mais elle est toujours solide sur ses deux jambes. Lorsque les enfants arrivent, le choc est inévitable. Leur père est au sol se tordant de douleur, blanc comme un drap. Une flaque immense de vomi et de sang gît tout près de l’homme.

– Pedro court chercher le docteur Zarkovak. Ce n’est pas normal tout ça.

– Mais Miguel? Souligne tristement Pedro.

Mégane alors s’avance et assure qu’elle va aller chercher le médecin. Enfin! Elle peut se rendre utile! Qui plus est, elle est la plus rapide de la maisonnée.

– Tu viens de tomber chérie…

– C’est correct maman! J’y vais!

– D’accord. Soit prudente. Ania va chercher des linges. On va essayer papa. Tu m’aideras à le monter dans la chambre. Pedro va avec Miguel et ne le quitte pas.

Tous les enfants s’exécutent comme une armée très bien entrainée. Mégane relève ses manches et attache ses souliers. Elle s’apprête à faire la course de sa vie. Elle sait exactement ou vit le docteur Zarkovak et elle va le talonner jusqu’à tant qu’il se déplace. Et s’il n’est pas chez lui ? Elle courra s’il le faut jusqu’en ville, à son bureau, pour le ramener par les oreilles voir sa famille.

Mégane court sans s’arrêter. Les poumons en feu. Le ventre sur le point de remonter dans sa gorge. Son pouls doit être d’au moins 1000 battements la minute. Elle traverse les courts qui heureusement il n’y pas de clôtures qui l’empêche de progresser. Mégane tourne un coin, puis un deuxième. Dernière ligne droite et elle arrive sur le perron de la famille Zarkovak. Elle sonne et reprend son souffle. Une petite dame ouvre la porte.

– Mégane! Belle surprise! Tu viens promener Roxy?

– Non madame… Zarkovak…on a besoin du Dr Zarkovak. Miguel et papa sont très malades.

– Oh oui! Tout de suite! Je l’appelle sur son téléphone cellulaire. J’espère qu’il n’est pas au boulot.

Madame Zarkovak sautille jusqu’au téléphone résidentiel, compose un numéro par cœur et la tonalité sonne. Mais elle tombe sur la boîte vocale. Elle réessaye. Une fois. Puis deux et au troisième, enfin quelqu’un décroche.

– Josiane qu’est-ce qui a?

– C’est la petite Grant. Elle dit que Monsieur Grant et son jeune fils sont malades.

– Passe-moi là. Allo Mégane? Ouu tu es essoufflée. Qu’est-ce qui se passe à la maison?

– Papa est tombé sur le sol. Il a vomi et il y a du sang partout. Miguel est parti de l’école tôt …il a aussi vomi. S’il vous plait Docteur Zarkovak, venez à la maison.

– Passe-moi à nouveau Josiane, veux-tu Mégane?

– Allo? Oui. D’accord. J’appelle les autorités. Je la renvoie chez elle d’accord.

– Qu’est-ce qu’il a dit? Réclame Mégane.

– Retourne chez toi. Il va venir.

Mais Josiane la pousse dehors carrément. La dame ferme la porte violemment et barre à double tour. Mégane fronce les sourcils. Qu’est-ce qui se passe? Tantôt si fine et là. C’est le docteur Zarkovak qui lui a dit…la jeune fille tourne son regard vers la direction de sa maison. Elle est prise de panique. Sa famille! Elle doit protéger sa famille. Les autorités! Madame Zarkovak va appeler les autorités! Pourquoi? Qu’est-ce qui se passe?

Mégane ne réfléchit plus et fonce. Elle refait le chemin inverse, mais deux fois plus rapidement. Le pouls a grimpé à au moins 20 000 battements la minute selon elle. C’est un record. Elle rêve de devenir coureuse professionnelle. Passer à la télévision. Faire les Jeux olympiques dans les pays. Mégane rêve d’aller à Londres. La pluie, la brume et ces millions d’attractions. L’eau à perte de vue. Dire coucou aux Français de l’autre côté de L’océan. Parler anglais. Claquer de la langue avec cet accent qu’elle trouve mielleux.

Elle arrive chez elle. Les autorités sont là. Mais pas seulement. Il y a plusieurs hommes en uniformes blancs. Ils ont des masques. Sur leur camion il y a un énorme signe de toxicité. Qui sont-ils? Que font-ils?

– Elle est là! Alors pointe le docteur

Des hommes se ruent sur elle. Mégane est enveloppée dans une couverture grise. Elle cri et se débat. On la kidnappe. Elle appelle sa mère qui lui répond derrière les fenêtres placardées de sa maison.

Les hommes en uniformes blancs la basculent dans la maison. Une seconde après de grands coups de marteau placarde leur porte d’entrée. Sa mère vient l’accueillir en pleurant.

– Elle n’est pas contaminée! Laissez Mégane sortir!

Mais personne ne répond aux plaintes douloureuses de la maman Grant. Mégane se cache dans les bras de sa mère. Que se passe-t-il voudrait-elle dire, mais la question reste bloquée dans sa gorge.

– Il y a un virus Meg. Un virus et il n’y a pas de remède.

Mégane lâche sa mère aussitôt. Elle n’a que huit ans, mais elle n’est pas bête. La jeune fille se rue dans la chambre de Miguel même si sa mère lui crie de ne pas monter. Elle voit Miguel étendu sans vie sur son lit. Des flaques de vomis étalant le sol. Pedro semble dormir au pied du lit, mais il est livide aussi.

Mégane poursuit sa recherche. Elle cri. Elle sait c’est quoi la mort. Grand-maman Grant est morte l’an passé. Elle sait qu’elle ne reverrait plus Pedro et Miguel. La jeune enfant court jusqu’à la chambre de son père. Ania est couchée à côté. Les deux respirent difficilement. Il n’y en a plus pour longtemps.

– On va tous mourir, murmure Ania.

Mégane hurle. Elle ne veut pas mourir. Sa mère est arrivée sur le seuil de la chambre parentale. Elle se tient le ventre. Elle aussi a le teint pâle. Ses muscles lui font souffrir. Elle n’a plus de force. La vie la quitte goutte à goutte. Sa mère voudrait dire quelque chose de rassurant, mais il n’y a rien à dire. On les a enfermés. Personne ne va les soigner. Alors dans un fracas bruyant et une odeur plus terrible que la lavande la mère de Mégane se penche sur le plancher et tout son pantalon s’imbibe.  Une diarrhée violente la secoue et la jette au sol. Elle n’a pas la force de se relever.

– Sort Mégane. Vite. Trouve un moyen…

Mégane dépasse sa mère. Descends à l’entrée. Elle frappe la porte et hurle de plus belle. Elle entend les sirènes. Des gens qui parlent. Un rire. Oui. Elle entend rire là-bas. Elle déteste le docteur Zarkovak. Il a condamné sa famille. Elle saute dans la cuisine, prend un couteau et s’attaque aux fenêtres. Mais rien n’y fait. Elles sont solidement couvertes.

Mégane hurle.

Personne ne vient la secourir.

Mégane pleure.

On ignore ses larmes.

Mégane pendant des jours, vit avec les cadavres de sa famille à l’étage.

On l’a enfermé parce qu’on craignait qu’elle contamine plus de gens.

Mais Mégane n’a jamais eu Ebola.

La fillette est morte de soif, de faim et de désespoir.

Bonne fête Montréal

On m’a dit qu’un Indien, ça porte des plumes.

On m’a appris qu’ils troquaient de superbes fourrures contre des miroirs, des tissus et des peignes…des pacotilles quoi!

On m’a dit qu’ils ne sont pas bien malins ces Indiens.

On m’a dit qu’ils étaient paresseux et buvaient.

On m’a dit qu’ils ne travaillaient pas et vivaient sur les aides sociales.

On m’a dit qu’ils n’écrivaient pas et qu’ils gravaient des dessins sur la pierre.

On m’a dit qu’on devait leur enseigner les choses parce qu’ils ne savent pas.

On m’a enseigné qu’il y avait trois peuples : les Algonquiens, les Hurons et les Iroquois.

On m’a dit de me méfier de ces Indiens qu’on nomme Mohawks avec leur crête iroquoise.  Ils ont de gros fusils et ils sont dangereux.

 

J’ai été éduqué dans un bon système. Un système qui a fait de moi une bonne blanche. Une francophone. Une Québécoise.

Mais plus je vieillis, plus je me questionne.

De l’autre côté du pont, on m‘a dit qu’il y avait notre ennemi.

Mais je ne sais pas pourquoi nous les haïssons.

 

Est-ce que c’est parce que le méchant indien bloque les routes?

Est-ce parce que ces Peaux-Rouges n’acceptent pas la sainte modernité?

 

Et si on m’apprenait la vérité? Et si Montréal était battit sur les cadavres encore chauds de leurs ancêtres? Et si les lois opprimaient ces nations?

 

Je me sens menacée.

Mais je ne sais pas pourquoi.

On m’a élevé à les haïr.

Mais je ne sais pas pourquoi.

 

On m’a raconté l’histoire du blanc sur le sauvage.

Mais elle est incohérente.

Mais elle est fausse.

Mais elle est cachotière.

 

Je suis blanche. Je suis francophone. Je suis Québécoise.

Mais je ne sais pas ce que cela veut dire.

Mais je vous souhaite à tous un bon 375e.

 

Je me lève et je ne ressens rien

 

Avez-vous déjà eu cette drôle d’impression d’être vide? Je veux dire…Vous émergez d’un long sommeil sans rêves, vos membres s’étirent, ils sont tendus d’une longue nuit d’immobilisation. Quant à votre tête il n’y a aucune image, aucune pensée, aucun remord, rien! Nada! C’est le néant. Et pourtant…

Vous ne ressentez rien, sauf le malaise d’être imprégné d’aucune substance. Vous tentez de vous remémorer votre soirée de la veille. Coudonc j’ai tu bus moé?  Ben non, tu n’as pas bu Karine. Cela fait bien longtemps que ce liquide amer n’est plus la priorité de ta vie.

C’est samedi matin et hier j’ai écouté kung-fu panda pour la millième fois…je ne suis pas sortie, je n’ai rien fêté, je n’ai vu aucun ami, je n’avais aucun projet…juste finir ma semaine écrasée sur le sofa. C’est samedi matin et je ne feel pas bien. Comme si, j’aurai dû réaliser quelque chose. Comme si j’ai manqué une action la nuit précédente. Comme si je devrais être hangover ou je ne sais pas moi, être étendu avec un beau mec dans mon lit ce matin…mais rien.

Le malaise est étrange. Il commence par me faire réaliser que je ne ressens rien tout sauf que le cœur bat encore. Je bouge légèrement sous mes couvertures, j’émerge de je ne sais où. Je suis désorientée. Bizarre en dedans. Je tourne ma tête vers la fenêtre illuminée. Le soleil brille dehors et je vois les feuilles danser au rythme du vent. Cette image aurait dû me rendre heureuse…me remplir de quelque chose au moins. Mais non. Je suis toujours vide.

Je me mets soudainement à pleurer. Sans raison apparente. Qu’est-ce qui m’arrive? Je ne suis ni blessé, ma vie est tranquille, je réussis plutôt bien ce que j’entreprends…alors …pourquoi?

Je ne veux pas sortir de mon lit. Me semble que je suis au chaud et en sécurité ici. En sécurité? Est-ce que j’ai peur de l’extérieur? Comme ça sans raison? Pourquoi on me ferait mal si je sors de mon lit? Peut-être…en fait, je ne le sais pas. Sûrement, les gens ne sont pas toujours gentils…Ça fait six ans que je me débats avec les amis, la famille, les copains…peut-être que ce matin tout à décider de remonter à la surface? Peut-être que ce matin c’est l’heure des comptes.

Les larmes arrêtent aussi brusquement qu’elles sont venues. Ça va un peu mieux. La tension étrange est sortit de mon corps. Me semble que j’irais courir ce matin. Ouais! Prendre mes jambes et sentir mes muscles s’activer. Ça va sûrement me faire du bien de bouger un peu. J’serais plus en forme, plus mince, plus belle. Ah pis non! Ça ne me tente pas…qu’on m’aime comme je suis au fond.

Je reste dans mon lit. Clouée au confort. Mais mon matelas est dur soudainement. J’ai chaud. Je sus. J’suis pu bien moé icitte.

Je devrais aller faire un voyage. Ou juste sortir de Montréal un peu. Voir du vert…me promener nu-pieds dans le sable. Ou Cuba? Tout le monde aime Cuba…Je ne sais pas pourquoi d’ailleurs…à part l’open-bar qu’est-ce que Cuba a que le Canada n’a pas? Pourquoi les gens préfèrent s’enivrer plutôt que vivre? Faut toujours être dans l’activité, dans l’action, dans le mouvement…si tu t’écrases, t’es rien qu’un paresseux.

On a sûrement quelque chose à cacher, nous les humains. C’est peut-être ce vide intérieur qui me pogne ce matin. Sans solution, sans ambition, sans saveur ni couleur.

Ouais! La vie s’est comme le tofu dans le fond…si tu ne fais rien avec, c’est fade en c*****.  Même les médicaments anti-dépression ne peuvent rien si tu ne mets pas des épices à ton tofu. Si tu ne fais rien de ta peau et tu restes dans ton lit à continuer d’admirer ton vide profond.

Faque, je fais quoi maintenant? Je me lève ou je reste couché? Pis cette question-là est tellement puissante que c’est comme si je me demandais si je décide de vivre ou de mourir. ..

 

Le fou du palais de glace

 

C’était une soirée d’hiver agréable. Oh! Il faisait toujours froid! Le manteau était toujours de mise. Toutefois, contrairement au grand froid connu des derniers jours, les mitaines et le foulard jusqu’aux oreilles étaient désormais futiles. Disons simplement, par souci de clarté, que les narines avaient cessé de coller aux parois du nez. L’air était de nouveau respirable, frais, mais respirable. Les coeurs ne risquaient plus de s’arrêter à la seconde ou le pied se posait à l’extérieur du chaud domicile.  Les bras glacés de la saison s’allongeraient encore pour quelques semaines, mais il était possible d’espérer à nouveau la chaleur estivale et les rayons du soleil réconfortants.

***

Un immense château de glace avait été construit au centre des festivités. Un énorme carré translucide s’imposait parmi plusieurs attractions qui paraissaient bien piteuses à côté de ce dernier. Les remparts gigantesques étincelaient de plusieurs couleurs grâce aux projecteurs de lumières. Il y avait du bleu, du rouge, de l’orange et du jaune. Toutes s’entremêlant et créant à elles seules, une danse enivrante. D’autres projecteurs ciblaient la façade extérieure, juste au-dessus de l’entrée principale. Ces derniers n’étaient pas de simple point flou décoratif, mais ils indiquaient visiblement  «Palais de glace ».

***

À l’intérieur du palais, plus de cent personnes s’entassaient sur une piste de danse complètement blanche. Une neige légère était déposée sur le sol, virevoltant à quelque centimètre à tous mouvements. Bonhomme était sur l’estrade vêtue de sa ceinture fléchée, ses boutons démesurés et sa tuque rouge. Il dansait, lui aussi au rythme de la musique électronique. La mascotte était en forme et son énergie se répercuta sur tous les participants.

***

Au centre de la foule, un jeune homme, qui au premier coup d’oeil paraissait tout ce qu’il y avait de plus normal. Il avait une caméra go pro attaché à sa tuque bleue. Un moment il tournait sur lui-même avec l’engin sur sa tête et la seconde d’après il l’a prenait dans ses mains et captait le plus d’images de cette soirée magique. Il approchait enfin l’appareil contre un oeil et s’arrêtait soudainement sur place pour regarder les captures. Un moment rempli d’intensité où il était statufié sur place, concentré à l’exécution de son appareil. Il pouvait voir, enfin, les détails que ses yeux lui refusaient. Ensuite, il replaçait ce dernier sur sa tête en étirant l’élastique et l’agrippant solidement à sa tuque. Et il reprenait vie dans ce carré blanc bondé de gens. Il reprit sa danse comme s’il était un chaman autour du feu sacré.

***

Les regards se tournaient vers lui, étrange personnage dansant comme un homme possédé. Ses mains s’agitaient dans tous les sens et ses jambes semblaient courir un marathon.

– Regardez-le, ce pauvre fou.

Les rires, malgré qu’ils furent discrets, étaient dirigés vers lui. La méchanceté s’invitant à la fête. Regardez-le, ce fou, disaient-ils le pointant d’un doigt accusateur.  Il n’est pas comme nous, continuaient les autres. Ni danse lascive ni danse pour impressionner. Un pauvre diable perdu.

***

Il était dans un monde lointain. Très loin.

Loin du jugement physique. Loin de ce qui doit et de ce qu’il faut. Loin de l’ordre établi, de la bonne façon et du mimétisme des moutons. Ici, dans son univers, il y avait le mouvement à l’état pur. Le rythme comme seul guide pour mouvoir un corps. Sans restriction. Sans obéissance. Danser ? Non il ne dansait pas! Il flottait. Il découvrait l’enveloppe charnelle de l’être humain. Il n’y avait que ses sens et sa sensation. Des battements dans le sol qui vibraient jusqu’à ses pieds. Le chatouillement dans ses jambes le faisait rire. La musique bondissait dans l’air avec force et ce fut comme s’il pouvait la voir. La chaleur de la proximité des autres. Ce moment incroyable où les éclats de rire d’inconnu se mélangent aux conversations lointaines qui s’évanouissaient derrière le mur du son. Une joie qui caressait son coeur…

Non, il ne dansait pas. Le jeune homme était la légèreté. Il était la rapidité. Il était l’énergie. Il était la foule et son excitation. Il expulsait littéralement de lui la frustration de son handicap. Le jeune homme était connecté à l’expérience de la vie.

***

Voilà une heure déjà qu’ il avait rangé sa canne blanche et rouge dans son sac à dos trop gros pour son frêle corps et que le jeune homme s’était engagé dans le palais de glace. Tandis que les gens quittaient la place centrale du Carnaval de Québec, épuisés, s’accrochant au premier bar, le fou continuait à se déhancher drôlement sous les regards moqueurs de ce qui représentait la normalité. Toutefois, pour lui, ces regards étaient invisibles. Ils le seraient à jamais.

***

La bouteille bleue

Une bouteille. Deux bouteilles. Trois bouteilles.


Non celle-ci est fissurée. J’actionne la manette de renvoi automatique. La bouteille bleue entre dans une trappe, fait une chute sur 90 degrés et percute le fond du baril. Ça résonne et mon poste de travail s’agite. Voici mon quotidien. Pauvre inspecteur de qualité de bouteille. Les jours se ressemblent tous. Je ne vois plus la couleur. Je crois devenir daltonien.


Mon seul plaisir est de compter combien il y a de bonnes bouteilles avant qu’une soit défectueuse.


Une bouteille. Deux bouteilles. Trois bouteilles. Quatre bouteilles. Cinq bouteilles… Dix… vingt.


Un jour j’ai déjà compté jusqu’à cinquante bouteilles en bons états avant de rejeter la cinquante et unième.

C’était une journée intéressante.

Enfin, différente…


Une bouteille. Deux bouteilles…