Obscurité

J’ai soudainement peur que l’obscurité règne dans mon cœur. Que je ne vois plus d’issus…plus de bien autour de moi. Se pourrait-il que l’Homme ne croie plus en lui ? Qu’il sombre aux mains de la démence…les ténèbres sont proches et se préparent. À quand la prochaine attaque ? La prochaine danse…ils nous tenteront tous…chacun notre tour…

Une histoire banale

À tes yeux, une histoire que trop banale. La haine se faufile comme un serpent dans un nid sans couveuse. Ton regard se durcit. Tes yeux s’assombries. L’histoire bien ordinaire d’une conversation où les interlocuteurs parlent sans écouter. Un discours de sourd. Un discours d’aveugles. Une histoire qui vaut mille mots et qu’au fond n’en aura aucun.

Qui sommes-nous si nous ne sommes pas dans le regard de l’autre? Qui nous croyons être si l’autre ne nous regarde point?

Dans ton esprit, la raison importe si elle est de ton côté. L’injustice apparait souvent quand le Monde décide de regarder, mais sans quoi, le quotidien continu son avancé. Une histoire que trop banale j’entends, mais dont le poids est sur tes épaules frêles. De plus en plus lourd ce poids. Tu t’enlise dans une mare boueuse Tu vas suffoquer. Le sens que tu y mets n’aura que l’impact que tu choisis. Cet impact sera comme le clou, cruel, dans la main de celui que tu n’as pas cru sauveur et qui sera exposer en faible.

Qui sommes-nous si nous ne sommes pas juste les uns envers les autres? Qui nous croyons être si plus personne ne peut nous sauver de nous-mêmes?

Quand tu écoutes, tu n’entends pas. Ni justification. Ni pleure. Tu es sourde. Sourde par l’ouï, mais surtout, ton cœur sèche et la poussière poussée par le vent éloigne ta rédemption. La voie de ton cœur est l’unique chemin.

Qui sommes-nous sans larme et sans abandon à l’autre? Qui nous croyons être si plus personne croit au pardon?

Et si le silence parlerait à ta place il serait muet. Profond et froid comme l’abysse. D’une profondeur immense, ton âme ne sait plus comment nager vers la surface. Et tu choisis ta mort par tes gestes. La mort par omission. Et tu choisis de mourir sans tendre ta main. Et tu choisis de mourir.

Alors crois-tu encore que cette histoire soit banale ou tu accepterais de te confier à moi? Car le silence et les mots s’ils ne sont pas choisis ne peuvent que te condamner à l’erreur. Une roue qui tourne sans cesse. Une erreur qui tourne sans cesse. Et ton cœur qui se fracasse éternellement.

 

Quand vient la fin

Le temps semble s’être arrêter, ne plus fonctionner. Aucun bruit, aucun murmure à l’horizon. L’impression que la casette est arrivée à sa fin et qu’elle n’attend qu’après moi pour la changer de côté …et je reste là, pendant un instant à ne plus compter, ne plus réfléchir. Les pensées se figent. Les muscles se détentes. Plus rien ne compte en ce moment que ce doux silence. Je touche à ce calme comme un soldat après une bataille…le repos s’annonce enfin. Il s’agit d’une douce isolation que l’esprit se permet d’accueillir avec grâce. Ensuite viennent les larmes priant pour encore être sollicitées de la sorte. Ne plus devoir comprendre, ne plus devoir demander, ni espérer…

Un conte de Noël

Il était une fois, dans un village lointain, le vingtième jour d’un décembre froid et gris, un jeune garçon dénommé Nicolas âgé de quinze ans. Comme la température, Nicolas ne ressentait ni chaleur et ne voyait aucune couleur joyeuse dans son petit monde d’enfant qui venait d’éclater en mille morceaux.

Le Père Lachance était dans la cuisine préparant à l’enfant un repas chaud. Lorsqu’il vint, il déposa l’assiette et une grande coupe de lait sur la table basse du salon richement décoré. Le père Lachance alla à une commode et déposa une boîte en métal. Nicolas l’a reconnu aussitôt. C’était la boîte à sucrerie de son père. Elle contenait les biscuits cuisinés par sa mère et des bonbons importés. Le père Lachance posa la boîte et Nicolas ne put réprimer plus longtemps ses sanglots.

― Ton père avait toujours cette boîte quand je venais lui rendre visite. Il m’avait dit un jour que cette boîte réjouissait les coeurs même celui le plus triste.

Pour Nicolas, le Père Lachance n’était pas seulement le prêtre du village, mais aussi son Oncle. Il était le frère âgé de la famille  du côté maternel et avait quitté tôt celle-ci pour faire ses voeux. Il venait aux fêtes, aux célébrations et dans les moments de deuil. Il avait été le premier mis au courant du triste accident des parents du jeune Nicolas. Le Père Lachance n’avait pas hésité une seconde à venir soutenir l’enfant durant ce triste deuil.

Le jeune Nicolas prit la boîte dorée et souleva le couvercle. Les effluves du beurre, du sel et du sucre lui soulevèrent le coeur. La boîte était remplie à ras bord. Voilà plusieurs jours que son père ne piégeait plus à l’intérieur. Nicolas referma le couvercle et essuya ses larmes.

― Dîtes-moi encore mon oncle.

― Nicolas… Ce n’est pas bon continuer à parler de leur mort.

― Je vous en pris. Je ne le réalise pas encore.

Le Père Lachance soupirait. Comment pouvait-il réclamer cette histoire morbide depuis plusieurs heures? Mais rien à faire, le jeune Nicolas insistait écoutant encore et encore comment ses parents lui avaient été enlevés.

― Le crépuscule était tombé et ils avaient décidé malgré la pénombre de revenir en traineau à la maison. Le traîneau était rempli. Sûrement vos cadeaux d’anniversaire. Hélas! C’était beaucoup trop lourd pour ce petit carrosse et cela n’a dû pas aider…une tempête de neige s’est levé rendant le trajet difficile. En chemin, ils ont rencontré un groupe de rennes sauvages et la collision a été inévitable… Le traineau a été entraîné vers le ravin et….

― N’ont-ils pas sauté à temps du traineau?

― Nicolas…tout ça, ce sont des hypothèses. Nous ne serons jamais réellement ce qui s’est passé.

― Et le traineau… Personne ne l’a récupéré? J’aimerais le voir.

― Nous t’en achèterons un autre si cela est ton souci.

― Non! Je veux voir ce malheureux traineau qui a tué mes parents. Je veux voir le voir.

― Nicolas! soupira le Père Lachance.

Le Père Lachance fit un signe de croix cent fois répété et joint les deux mains. Il inspira bruyamment et expira douloureusement. Pour lui aussi, malgré les nombreuses années à supporter des familles dans la maladie et le deuil, il était difficile de vivre ce moment. Mais de là à vouloir récupérer le traineau de malheur qui avait pris la vie… L’homme de foi se leva, souhaita un bon appétit à Nicolas et partit vers l’étage. Il avait clôt ainsi la conversation. Le garçon le vit sortir un mouchoir de la poche de son habit noir sans plis. Sans un doute que l’homme allait pleurer seul dans sa chambre ce qui désola davantage l’enfant qui avait plus que n’importe qui besoin de sa présence.

Nicolas regarda son repas dégoûté.  Toutefois, il prit la coupe qu’il porta à ses lèvres et but le lait. Le lait était chaud et cela lui donna d’un seul coup de l’énergie. Malgré les larmes qui depuis des jours brûlaient ses joues, il se sentit moins malheureux. Nicolas essuya sa moustache de lait et prit des biscuits dans la boîte de métal, les glissa dans un mouchoir et les cacha dans sa poche. Il aurait au moins sur lui de quoi se rassasier si la faim le reprenait. Il se leva ensuite d’un bond. Il se dirigea vers la porte d’entrée de l’immense Manoir que lui léguaient ses parents, mit son manteau de fourrure et sortit avec la ferme intention d’aller visiter l’endroit qui avait vu mourir ces derniers.

***

Nicolas marchait à sens inverse sur la voie qui menait  au manoir. La neige s’était accumulée depuis plusieurs jours rendant le trajet difficile. Mais pas en cette soirée froide. Il y avait seulement un vent glacial qui menaçait toute partie du corps découverte. Son visage était rouge et Nicolas persistait à retrouver l’endroit du terrible accident. Au bout d’une trentaine de minutes de marche, il vit la scène horrible enfin. Malgré la neige qui avait recouvert les traces du traineau, des débris et des cadeaux par dizaine jonchaient le sol. Le pauvre garçon suivit les décombres jusqu’au ravin. En contrebas, le traineau avait percuté une petite plateforme. Encore plus bas, Nicolas voyait les lumières du village danser. Ses parents avaient atterri dans la forêt qui longeait les demeures des villageois. Leur corps disait les habitants écrasés comme de pauvres crêpes.

Nicolas tomba genoux dans la neige et s’effondra en larme. Il allait avoir seize ans dans cinq jours, le 25 décembre. Il avait perdu sa famille d’un seul coup. Il était seul. À jamais. Ce n’était pas juste quelques semaines sans ce père qui voyageait tout le temps, mais c’était à vie jusqu’à ce que lui-même la quitte.

Il était à quelques pouces du bord et Nicolas se demandait à présent qu’est-ce qui l’empêchait de se précipiter dans le vide? Qu’est-ce qui le retenait parmi les vivants désormais que sa vie était fichue? Il était un orphelin. Un orphelin misérable et pauvre de coeur et d’âme.

Au même moment où Nicolas pensait à se jeter dans le ravin et finir comme ses parents, un mouvement attira son regard. Une bête aux grandes cornes de bois aux pelages blancs et gris. Un renne qui fouillait les décombres du traineau.

― Va-t’en, cria Nicolas en pleur. Va-t’en sale bête.

Le renne souleva sa tête et observait le malheureux. De sa bouche sortait une fumée blanche. Ses yeux brillaient dans la noirceur.

― Je t’ai dit de t’en aller, hurla le gamin de plus belle.

À cet instant son genou glissa et sans avoir de quoi se retenir, il se retrouva dans le ravin atterrissant par chance sur la petite plateforme où gisait le traineau. Sa tête se heurta au passage le patin du traineau et Nicolas sombra dans l’inconscience.

***

À son réveil, une paire d’yeux globuleux l’observait. Un museau énorme et une bouche qui dégageait une odeur nauséabonde. Le renne était penché au-dessus de son visage curieux. Nicolas se releva prestement et prit un morceau de bois qui gisait près de lui. Il plaça son arme improvisée entre lui et la bête. Il criait comme un déchaîné désirant faire fuir l’animal sauvage, mais le renne ne bougeait pas d’un millimètre.

Après quelques minutes où les deux espèces s’observaient, le renne délaissa l’humain et continua son inspection minutieuse des décombres. Nicolas réussit à se ressaisir et faire une inspection physique de son état. Mis à part une vilaine bosse derrière sa tête, il semblait en parfaite santé. Lorsqu’il parvint à se mettre sur ses deux jambes, le garçon laissa la bête tranquille. Son gros museau soulevait des cartons, il léchait quelques trucs et il ne pouvait rien contre l’instinct de la bête.

Nicolas imita le renne et se mit en quête de trouver quelque chose dans les restes de l’accident. Quoi exactement? Il ne le savait pas. Ici gisaient les derniers souvenirs de ses parents et il n’était pas question pour ce fils d’abandonner les effets à la merci de la neige et du froid. Il y avait des dizaines et des dizaines de boîtes enveloppées de rubans festifs. Il souleva une des boîtes et lut l’inscription sur celle-ci. C’était un nom qui lui était inconnu. Il souleva une autre boîte et il y avait un autre nom d’une personne que Nicolas ne connaissait pas. Que voulait dire tout ceci? Plusieurs cadeaux, mais aucun pour lui. Au moment de soulever la troisième, le renne derrière lui se met à hennir bruyamment. Nicolas sursauta et se dépêcha de se relever. Il eut peur que la bête ne le charge. Toutefois, le renne n’en fit rien. Il grattait de son lourd sabot un endroit précis dans les décombres. C’est alors que Nicolas, tout en s’approchant, vit un autre animal qui gisait. Le renne était toujours en vie et bougeait légèrement. Il y était depuis des jours, pauvre animal! pensa Nicolas. Personne ne s’était risqué à venir secourir la pauvre âme. Sans réfléchir, Nicolas retournant dans les vestiges du traineau et chercha de quoi hisser la bête hors de la plateforme. Il arracha une planche de bois qui faisait Office du plancher du traineau et la traîna près de l’animal. Un souci se présentait malheureusement. Cette bête devait peser des tonnes! Comment réussir à le positionner sur la planche comme un malade soulevé par un brancardier? Il était seul et le temps qu’il grimpe, retourne chez lui et convainc le Père Lachance la bête aurait trépassé. Alors avec courage et force, lentement, il tira sur les pattes avant de la bête afin de le faire glisser sur la planche de bois. L’animal blessé semblait comprendre l’aide que lui apportait le petit homme et s’aida en montant difficilement sur la planche avant de s’y écrouler de nouveau. Nicolas prit de la corde attacha le corps du renne avec le traineau. Puis sortit son mouchoir de sa poche sachant exactement ce qui allait convaincre l’animal d’obtempérer. Il donna un biscuit à la bête et l’invita avec un autre à le suivre. Comme un cochon suivant la carotte, la bête suivit la main qui présentait le dessert sucré. Le renne avait de grands sabots puissants et il grimpait sans faiblir.

Toute la nuit durant, Nicolas utilisa le renne et ses biscuits pour extirper la bête blessée  et les objets parsemés. Lorsque le soleil pointa ses rayons à l’horizon, le Père Lachance descendit dans le salon et vit un vrai hôpital de fortune. Nicolas était au-dessus de l’animal et lui retirait les écharpes du visage.

― Mon oncle, s’il vous plaît.

― Nicolas? Que fait cette bête dans le salon?

Nicolas n’expliqua rien et quémanda à nouveau son aide. Le Père Lachance dévala les dernières marches et vint se placer à côté du garçon. Il aida à mettre des compresses d’eau chaude sur le museau rougi de la pauvre bête.

― Il nous faut un vétérinaire.

― Pas le temps mon oncle! Allez chercher de la moulure des cochons dans la cour. Peut-être un peu de manger le fera prendre des forces.

L’oncle de Nicolas courra dans le manoir pour atteindre la cour. Au moment où le prêtre ouvrit la porte, il tomba face à face avec un gros museau de renne. Aussitôt, la bête qui ne pouvait plus d’attendre des nouvelles de son ami dépassa le prêtre à travers le couloir et gambada jusqu’au salon. Lorsque le Père Lachance arrivait à son tour avec la moulure des cochons dans un sceau, le renne était assis à côté de son malade. Le prêtre admira le tableau avec Nicolas et les deux bêtes sauvages. Avec une incroyable douceur, il guérissait l’animal qui avait dû recevoir le traîneau en pleine gueule ce fameux soir-là. L’oncle sut alors que si l’animal mourait, Nicolas ne serait plus jamais consolable. Alors, il alla dans la cuisine, prépara du lait chaud en quantité écoeurante et ramena deux grandes casseroles. L’une pour le blessé et l’autre pour le renne inquiet. Il partit chercher des couvertures et s’activa à rendre l’attente plus tolérable pour tout le monde, car dans le manoir les cheminées s’étaient éteintes et la chaleur diminuait.

***

Plus tard dans la journée le renne blessé réussit à se mettre sur ses quatre pattes. Sans biscuit cette fois, les deux bêtes suivirent Nicolas jusqu’à l’enclos des cochons. Le renne avait survécu et les bons soins du garçon avaient amélioré son état. Il donna une caresse sur le museau de ses nouveaux amis et retourna à l’avant du manoir où les restes de l’accident l’attendaient. Le Père Lachance était déjà sur place, envelopper dans un grand manteau noir.

― Je croyais que c’était tes cadeaux pour votre anniversaire, mais…

― Non. Ils ne me sont pas destinés.

― Ce sont les orphelins du village, annonça le prêtre. Je connais tous ces noms. Tes parents étaient allés acheter des dizaines de cadeaux pour les enfants sans famille. Je ne le savais pas… Chaque année, l’église, les orphelins et d’autres pauvres du village recevaient des dons anonymes. C’était eux. C’était tes parents.

― Je me souviens que mes parents revenaient toujours les bras chargés. Je n’avais jamais fait le lien. Je pensais que c’était de nouveaux bibelots ou même la nourriture en quantité incroyable qu’ils achètent toujours à mon anniversaire. Mais j’aurais vu, depuis toutes ces années, que le sommet de la montagne.

Nicolas ramassa un morceau de bois du traineau. Il était éclaté en plusieurs morceaux.

― Il est irrécupérable. Mieux vaut faire sécher ce bois inutile et le mettre dans la cheminée.

Nicolas inspirait profondément. À quoi bon hériter d’un manoir et d’une fortune abondante quand le véritable lègue de ses parents était sous ses yeux détruits par un bête accident? Le garçon se rappelait alors ces doux moments avec son père dans l’étable de la vache. Il y avait un coin réservé à son père et il y allait souvent pour bricoler quelques objets. Des objets en bois surtout. Il avait cette journée complète avec lui où il lui montrait comment tenir un couteau d’ébénisterie, comment cogner le clou, faire des noeuds indéfaisables… Il avait appris tant de choses cette journée-là que Nicolas se souvenait à peine aujourd’hui. Avoir su, il aurait été plus attentif. Le fils aurait été plus sérieux aux enseignements du père. Il aurait pris des notes et …

― Les notes! Le cahier! Il notait tout ce qu’il faisait! Tout, s’exclama Nicolas se rappela ce petit bouquin en cuir que son père lui avait un jour montré.

― Pardon?

― Mon oncle! Je vais réparer le traineau. Je peux maintenant.

― Mais pour quoi faire Nicolas? Tu ne vas quand même pas…

― Et pourquoi pas! s’esclaffa le garçon. Je vais réparer le traineau et je livrerais ses cadeaux à ses enfants!

― Mais regarde-les ils sont brisés et…

― Peu m’importe mon Oncle! Trouvez les objets de valeurs dans la maison et emballez-les! Nous donnerons cette année encore! Nous perpétuons la tradition de mes parents j’en fais le serment.

Le Père Lachance regarda le garçon fou sautiller jusqu’à l’étable derrière le manoir. Il chantonna une drôle de comptine qui parlait de vent et de sapin.

― Vive le vent, vive le vent! Vive le vent d’hiver ! Qui s’en va sifflant soufflant dans les grands sapins verts! OH! Vive le temps, vive le temps.

― Vive le vent? Mais que chantez-vous donc Nicolas?

― Allez mon Oncle! Fouillez ce manoir et emballez-nous de beaux cadeaux pour ce village! Et pourquoi pas celui à l’est et à l’ouest tant qu’à y être. Soyons prêts pour ma fête! Soyons prêts à rendre tout le monde heureux.

― Mais Nicolas… N’est-ce pas trop tôt? Ne devriez-vous pas faire votre deuil?

― Il n’y a plus de deuil Père Lachance. Il n’y a que l’espoir que mes parents m’ont légué et je me dois de continuer la tradition. Pour eux, pour tous ces gens malheureux. Pour moi!

Nicolas avait tourné le coin et le Père Lachance ne le vit plus. Il décida alors, croyant faire plaisir à ce jeune enfant endeuillé et tourna les talons vers la maison. Il dénicha alors babioles, peintures, jouets, tissus, vêtement qui pouvaient faire plaisir. Le prêtre emballa les divers objets et à la nuit tombée, il alla porter un plateau de biscuits et un lait chaud au jeune travailleur.

― Les rennes mon oncle! ricana le gamin. N’oubliez pas du bon lait chaud pour les rennes.

Le prêtre Lachance fit son signe de croix et regarda dans les cieux priant silencieusement pour que ce que faisait le gamin l’aide à traverser son deuil. Il tourna les talons et alla préparer deux grands seaux de lait chaud pour les animaux.

***

― Allez mon oncle! Embarquez! Vite! Plus une seconde à perdre.

Le prêtre Lachance regarda stupéfait le miracle de son filleul. Le traineau avait doublé de grosseur. Il avait tordu du bois faisant des patins immenses. Il y avait une place à l’avant avec un coussin et des peaux d’animaux pour les tenir au chaud. En arrière une grande poche rouge qu’il reconnut aussitôt comme les rideaux élégants du salon. La poche était remplie à raz bord de présents de toute sorte. Une corde fermait le sac en tissus évitant que les cadeaux ne partent au vent et finissent leur jour sous des mètres de neiges. Le traineau avait même eu le temps pour une modification de couleur. Nicolas avait peint les planches dans un rouge criard et le contour soigneusement peint au doré. Comment avait-il pu réaliser ce chef-d’oeuvre en peu de temps? Était-ce cela la réponse au mirage qu’il avait demandé au ciel?

Le père Lachance fit signe à Nicolas d’attendre. Il manquait une seule chose pour parfaire ce spectacle festif. Il alla dans la chambre des maîtres et fouilla dans le garde-robe de son beau-frère. Il y trouva un manteau vert et doré avec une belle fourrure blanche de mouton à l’intérieur. L’oncle ramassa sur l’étagère du haut un chapeau rouge arrondie sur le dessus avec un grelot. L’intérieur du chapeau était fait de la même laine de mouton que l’habit. Il fouilla quelques coffres et tomba sur la paire de bottes noires qui montaient aux genoux que son beau-frère utilisait durant la chasse. Elle était chaude et imperméable. Le Père Lachance revint vers Nicolas à côté du traîneau et le garçon sautilla sur place en voyant ce qu’il ramenait.

― Ainsi vêtu mon jeune ami, vous serez un homme accomplissant la bonté de Dieu.

Nicolas enfila le manteau qui répandait la chaleur dans tout son corps. L’oncle regarda le traîneau avec inquiétude.

― Nous n’avons pas de chiens! Les chiens sont tombés dans le ravin.

― Nous n’avons pas de chiens mon oncle.

―  Alors, comment faire avancer le traîneau?

― Nous n’avons pas de chiens, lança le garçon en souriant espièglement, mais nous avons des rennes.

―  Quoi? Mais… ce sont des bêtes sauvages!

Alors sortit du fond du traîneau, un long bateau avec un fil à son extrémité et une carotte qui pendait. Un sac de carottes gisait dans le fond du traîneau pour la longue traversée.

― Regardez.

Nicolas souleva le bâton dans les airs et alla vers l’enclos à cochons. Les rennes attendaient déjà à la barrière. Ils hennissaient et piétinaient le sol de leur sabot. Nicolas ouvrit la barrière et les rennes suivirent la carotte. Nicolas leur passa un harnais à cheval et embarqua à l’avant du traîneau.

― C’est incroyable! s’exclama le prêtre.

Au moment de partir,  le Père Lachance refusa d’embarquer dans le traîneau. Nicolas insista, mais cela n’eut aucun impact sur la décision du prêtre.

― Non Nicolas, dit-il doucement, quoique vous accomplirez ce soir vous devez le faire seul. Vos parents seront avec vous dans cette traversée. Dieu sera avec vous. Ho! Avant que je n’oublie, voilà un sac de biscuits, de pain et de viande séchée. La nuit risque d’être longue.

―  Merci mon Oncle. Merci de votre aide.

―  Je serais là à votre retour mon garçon. Soyez prudent et bonne route!

***

Toute la nuit et la suivante Nicolas attacha sa carotte à son bâton et fit des centaines de kilomètres pour aller porter près des chaumières présents divers, jouets, vêtement, nourriture et pièces d’or aux gens défavorisés. Lorsqu’il n’eut plus rien à transporter, il s’arrêta dans un magasin et acheta brioches, pains et viandes sèches et continua sa tournée d’offrandes et de cadeaux. Les rennes le suivirent avec enthousiasme. Nicolas réchauffa du lait pour ses belles amies et leur donna de la moulure de cochon et elles furent fidèles à lui durant tout le trajet.

***

En chemin, il rencontra un père attristé sur le bord de la route. Nicolas s’arrêta et vint lui demander ce qui n’allait pas. L’homme lui expliqua que dû à leur grande pauvreté, il n’avait pas d’autre choix que d’envoyer ses deux filles aimées travailler pour une vieille dame aigrie, mais riche.

― Si j’avais l’argent… Je les garderais avec moi. Je les chérirais à jamais. C’est, hélas, notre dernière nuit ensemble.

L’homme se mit à pleurer et Nicolas ne put se résoudre à l’abandonner à son sort ainsi. Alors il demanda au monsieur s’il acceptait de lui offrir à lui et ses rennes un breuvage chaud, car la nuit devenait rude et difficile.

―  Venez mon garçon! je peux encore accueillir les voyageurs dans ma demeure. Venez prendre un bon lait chaud.

Alors c’est ce qu’il fit. Il entra dans la petite maison sans décoration ni rideaux aux fenêtres. Le bois crépitait dans la cheminée et la petite famille y était rassemblée. Leur seule richesse était celle-ci. Les filles de l’homme vinrent brosser les bêtes et leur donnèrent à boire et à manger. Elles étaient affamées. De plus, il était peu orthodoxe qu’un jeune garçon prît comme tireur de traîneau des rennes et cela intriguait. Avant de repartir, Nicolas remercia l’hospitalité de la famille malgré qu’il ne possédait rien et sortit sa bourse. Il la déposa entre les mains de l’homme qui se mit alors à pleurer à chaude larme.

― Tenez, dit le garçon, j’espère que cela suffira.

― Pourquoi? pleura le père de famille.

― Parce qu’une famille ne devrait jamais être séparée.

― Votre nom? Quel est-il que je le mets dans mes prières, gentil étranger?

― Je me nomme Nicolas.

― Que Dieu vous protège bon Nicolas.

Nicolas quitta la famille dans la petite chaumière, le sourire aux lèvres et le coeur léger. Qu’il était bon de donner! Qu’il était bon de ressentir la chaleur quand il rendait les gens heureux. La légende débuta alors à ce moment avec ce père de famille. Il parla à ses voisins, au prêtre de son église, à ses amis et à la taverne. Un miracle s’était produit. Un saint homme, Saint Nicolas était venu cogner à leur porte offrant une bourse remplie d’or pour les aider à mieux vivre.

***

Nicolas continua sa route et une fois lasse, plusieurs jours plus tard, il rebroussa chemin et revint à la maison. Les rennes le ramenèrent sans encombre vers le manoir de la famille Noël. Quand Nicolas alla mener ses bêtes dans l’enclos, il constata avec surprise et joie que d’autres rennes y étaient maintenant hébergés.

Le Père Lachance sortit de l’étable et vint prendre le gamin dans ses bras, heureux de son retour.

― Où avez-vous trouvé ces bêtes?

― Dans la forêt mon jeune ami. Les rennes ont suivi la carotte que je leur tendais.

― Pourquoi faire ceci?

― Nous aurons besoin d’autres rennes pour les prochaines années. Des bêtes fortes pour un traineau plus gros et plus vite. Viens que je te le montre.

Nicolas suivit son oncle jusqu’à l’étable et un traineau en métal, peint d’un rouge flamboyant et possédant deux sièges de cuir. Il y avait des lampes aux quatre extrémités du traîneau et pouvant contenir des chandelles.

Ils retournèrent à l’enclos et le Père Lachance tendit le bras pour flatter le museau d’une des cornées.

― Nous devrions donner des noms à tout ce beau monde maintenant qu’ils sont de la famille. Pourquoi pas appeler celui-ci Cupidon? Il est tellement gentil et colleux!

Nicolas savait alors comment s’appellerait celui au nez écorché par l’accident.

―  Rudolphe-le-renne-au-nez-rouge.

― Et ce petit qui se dandine le derrière là-bas?

― Danseur! Et celui-là? Il va si vite! Regardez-le mon oncle!

― Éclair!

― Celui-là à un regard sévère appelons furie. Il semble de très mauvaise humeur.

Oncle et filleul s’esclaffèrent un bon coup, mais quelques minutes plus tard, tous les neuf rennes avaient désormais leur nom.

***

Ainsi continua la chaîne d’amour et de bonté de la famille Noël grâce à la dévotion de Nicolas en ce 25 décembre. Une date horrible où il perdit ses parents aimants, mais où il retrouva un but à sa vie. Il n’était plus riche d’or, mais de sourires et de rires d’enfants. Sourire qu’il guettait à travers la fenêtre, inconnu de tous, quand les enfants ouvraient ses boîtes remplies de cadeaux et de friandises. Lorsqu’il n’y eut plus assez de boîtes, ni de rideaux, ni de papier pour emballer les présents, Nicolas prit ses bas, en fit tricoter, en acheta par centaine pour y glisser un chocolat, une poupée ou une pièce. Il travailla toute l’année afin de se préparer à cette merveilleuse journée qu’il appelait désormais avec amour tout en se remémorant les enseignements de coeur de ses parents : le joyeux Noël.

Détourner

Je n’ai pas eu une longue carrière d’étudiante. Pour tout dire, j’ai fait plus que certain et moins que d’autre. Cette angoisse qui me tenaillait à chaque nouvelle matière si j’allais finir ma vie dans ce domaine-là. Chaque enseignant qui partageait sa passion j’y croyais sincèrement. Au final, les illusions partaient et je restais seule avec un point d’interrogation à la case carrière. Je ne savais tout simplement pas ce que je voulais faire plus tard. Comment peut-on déterminer l’avenir avec certitude avec les moyens et les réalisations du moment? Comment savons-nous que nous nous dirigeons vers la «bonne» voie? Certains sont tellement assidus depuis la naissance à leur profil, mais moi, il n’y avait rien. Oh! si! Le théâtre. J’aimais le théâtre et le café. J’avais ce rêve silencieux et utopique. J’ai écouté les grands et j’ai été en administration. Ça sera ça de gagner. Ce que j’aimais pourtant faire? Ce que j’aimais, ce domaine artistique était le seul objectif de ma vie, mais je l’ai rendu lucratif. Je l’ai empoisonné et fais « maturé ». Ce qui m’a amené à l’opposé. Le détester au final par sa faible importance aux yeux des autres. Alors je me suis retrouvée avec ce seul choix au cégep et à l’université. La vente, le marketing, les ressources humaines, la gestion, etc. Un ramassis de connerie quand vient le temps de l’appliquer parce que tout est un stratagème vers la productivité et l’efficience. Dans cet univers de droiture et carriériste, je ne me trouvais pas! J’arrivais à la pratique et il y avait des montagnes qui me séparaient de la petite lumière que j’avais vu danser dans mes cours. Où était cette passion que m’avait inculpé les professeurs? Où étaient la chaleur et le jeu que je cherchais dans mes équipes de travail?

Aujourd’hui, je marche comme dans un cirque, m’arrêtant à chacune des cages. Je pourrais être ce singe me dis-je un jour quand le lendemain je me prendrais volontiers pour un éléphant. Mais si j’étais cette femme à barbe ou ce squelette vivant? Si j’étais cette souris chantante ou ce dompteur d’hippopotame? Une carrière payante dans un beau bureau et du stresse toute la journée et de la fatigue pour souper ou un emploi sans tâche ni promotion calme dans un monde dément débilisante. J’étais rendue là. Rien n’était gagné et les affichages de poste continuaient élégamment  leur promesse. Mais si j’avais à faire un choix lequel prendrais-je? Le poste facile ou celui plus compliqué? L’avancement ou la tranquillité? L’argent ou le temps? Ma décision m’amenait devant un précipice. Mauvaise réponse j’étais poussée. Bonne réponse je m’y jetais. J’étais en pleine guerre! Mon transporteur était piraté et toutes mes pensées étaient captives. Rien n’était joué et j’avais l’étrange impression que j’avais déjà perdu.

L’affaire que je ne disais pas était que j’aimais une seule et unique chose dans la vie. Une chose bien évidente qui se dévore des yeux et qui fait vivre mille émotions. Je voulais travailler à l’épanouissement de mon art. Je voulais un emploi qui me libérait du temps et tout ce qui se promenait en moi était l’affirmation des adultes que j’avais eus autrefois à pareille occasion. Je devais choisir moindre parce que je n’étais pas si douée. Je devais choisir les billets plutôt que le coeur. Prendre la décision de la tête plutôt que celle de mon âme. Que devrais-t-on faire quand notre âme était divisée? Quand notre coeur avait été détourné si tôt de son chemin? Que nos paroles n’étaient plus les nôtres, mais un texte cent fois avalé et recraché? Et pourtant ce n’est qu’un poste… un poste que je pourrais changer quand bon me semblerait. Je perdrais un autre, mais j’aurais celui-là et il y en aurait d’autre. Alors pourquoi cette décision qui n’était toujours pas entre mes mains me troublait à ce point? Au point que je ne dorme pas? Au point que ces scénarios dans ma tête tournent et tournent sans cesse comme ces manèges de foire. Oui. Non. Décidez! Vous! Je ne peux le faire moi-même. Qu’est-ce qui ne va pas chez moi? Je suis un freak sans son cirque. Je suis une étudiante sans diplôme. Une employée sans carrière. Une écrivaine sans mots… On m’a détourné de mon rêve et je ne sais plus quoi rêver désormais.

Bonjour Décembre

Nous avons enfin traversé ce novembre gris et pluvieux. Ainsi que ces désespérantes hausses et baisses de température. Lorsque Décembre arrive, tout semble s’éclaircir. Les gens mettent leur décoration de Noël et d’un seul coup notre quartier morne est transformé. C’est sûr que l’approche du magasinage, des fêtes, des repas en familles et des cadeaux à de quoi nous ravirent… Mais ce n’est pas pour ça que j’aime ce mois.

Décembre quand tu viens, je dois m’enrouler dans mes foulards. J’adore porter des foulards. Je sors mes couleurs rouge et vert, bleu et argenté, dorées et rouges. Et j’ai l’impression d’être à nouveau moi-même coloré. Décembre quand tu viens, j’apprécie mon café davantage ou même avant ce dernier, mon lit et mes couvertures doublées. Elles sont lourdes et chaudes. Ma peau caresse doucement le textile et je me sens bien. J’aimerais m’accrocher à mon lit et y rester jusqu’en janvier. Décembre quand tu te pointes, tu arrives au galop et il te faut plusieurs essais infructueux pour réussir à t’installer. Ta première neige est toujours une chose magique qui rend le plus fermé des cœurs, heureux. Le soleil disparait et les nuages envahissent les cieux, mais décembre, tu es doux dans ces moments. Et j’attends, impatiente, que les flocons tapissent mon petit balcon pour aller y mettre mon chaton. Tu sais, Décembre, tu fais du bien aux gens. Il y a la joie qui nous envahit, mais pas seulement… On a les yeux qui brillent et on retrouve nos souvenirs d’enfants, à quatre pattes avec nos accessoires de cuisine dans la neige, avant le souper, les joues roses et le nez qui coule. On revoit nos premières tentatives sur la glace avec ces patins trop grands et la poubelle pour nous tenir en équilibre. On escalade de nouveau cette montagne de neige et de glace que nos pères ont construite pour glisser… Tu es aussi le dernier mois de l’année… le dernier passage et on espère tous que la prochaine sera meilleure. Tu amènes l’espoir et tu réunis les familles avec tes parfums de baie et de sapin, tes biscuits au four et ta traditionnelle dinde.

Je crois que je suis contente de te voir une année encore Décembre. Il y aura toujours des personnes qui te regarderont et penseront à cette fameuse pelte et ce froid de février, mais ils ont oubliés de rêver ces gens-là. Ils oublient de t’accompagner et ne penser qu’à cet instant plutôt qu’à demain. Moi, en tout cas, je suis bien heureuse de te voir Décembre.

J’ai juste besoin d’écrire

Les projets s’accumulent : formation, bêta-lecture, le blogue, YouTube… Je réalise cependant que plus j’en fais, plus je délaisse ma véritable passion soit celle d’écrire ! Je danse avec mon horaire à essayer de faire tout entrer dans une semaine, mais je n’y arrive pas. Je n’y arrive pas donc je déprime. Je déprime donc je ne me sens bonne à rien. Voir mes amis(es), sortir, marcher, voir le monde et ça je ne le fais plus depuis un temps. Certaine raison financière oblige évidemment ! J’aimerais en faire plus, mais je n’y arrive pas.

Stop!

Arrêt sur l’image. Je regarde ma vie aller trop vite. Je regarde tous mes projets et je me perds de plus en plus. Et si j’essayais de replacer les choses maintenant ? Et si je me concentrais sur  ce qui me stimule véritablement. Mes histoires. Toutes ses phrases et ses idées qui s’accumulent dans ma tête et qui doivent sortir! Je l’ai oubli celles-là.

Depuis mon déménagement, je n’ai pas réussi encore à écrire dans mon studio. Cette chambre dédiée à mon monde créatif. Pourquoi suis-je incapable de faire un pas à l’intérieur ? Je ne peux juste pas m’asseoir, pourquoi, est-ce si difficile d’ouvrir simplement l’ordinateur et m’y mettre ? Je suis dans le salon, caller dans mon sofa. Il est bien ce sofa, mais ce n’est pas là que la créativité se cache.

Aujourd’hui, je suis entrée dans mon studio. Il y avait toutes les lumières pour les capsules vidéos. Toute la chambre était placée pour faire jolie, bien cadrée. Mais ce n’était pas moi. Ce n’était pas mon foutoir d’écriture. Mon antre. Ma caverne aux mille merveilles. C’était une place où des vidéos se prenaient. Alors j’ai su que je devais reconquérir mon territoire. Le mien. Ma place. Celle où j’écris. Celle ou j’imagine et je fabule.

J’ai fait le ménage, rangée ce qui avait besoin de l’être, j’ai mis mon fouillis sur ma table, j’ai replacé mes plantes et éloigné le stock d’éclairage. Je respirais déjà mieux. Finalement, j’ai pris mon bâton d’encens et je l’ai allumé. En fermant les yeux, j’ai médité. Ici repose ma sérénité. Ici je dépose mon imagination et ma créativité. Ici, Karine est la bienvenue et il n’y a qu’elle ( et Pô).

Lorsque je m’éparpille en pensée,

Quand je ne protège pas mon territoire,

Que j’oublie d’y faire un tour, de le saluer, de l’entretenir,

Je ne peux pas écrire. Je sais qui je suis. Je sais ce dont j’ai besoin.

Fille d’automne

Je me demandais sincèrement de quoi j’allais vous parler aujourd’hui. Qu’est-ce que j’ai de si intéressant à dire n’est-ce pas? Une fille solitaire qui ouvre un blogue espère y trouver sa voie, espère y proposer certaine…au final, les sujets ne s’épuisent pas? Est-ce que la flamme de l’écriture est toujours là? Oui bien sûr! L’inspiration a besoin parfois…au fait pour moi de quoi elle a besoin? De m’asseoir doucement sur mon divan qui fait face à la fenêtre, de l’air frais, d’un bon café et des couleurs de l’automne, relevez la petite laine, laisser son regard vagabonder…

Cette saison m’a toujours rendue très calme. Très sereine. Je m’assois et je contemple  la nature continuer son œuvre. À grands coups de pinceau, elle colore le paysage. Les arbres se font les plus beaux, juste avant de dormir durant les lunes à venir.

Alors je trouve mon inspiration…ainsi…le breuvage chaud à la main. Je suis une fille d’automne. Je suis revigorée. Je m’emmitoufle et je lis. J’inspire l’odeur des feuilles mortes. Je les entends craquer et je me souviens des buttes de feuilles dans lesquelles je me jetais enfant.

Je suis née en octobre. Je suis née au mois des citrouilles et des épices. Je sens le sapin encore mieux qu’en été. Je suis une fille d’automne et j’ai le goût de me perdre en forêt. Marcher seule. Entendre gazouiller les petits oiseaux.

Prise entre le clou de girofle et la cannelle, un thé à l’arôme de caramel et pomme ou un bon chocolat chaud aux guimauves près d’un feu qui crépite. À l’automne il fait frais! Il faut se couvrir. De la laine ou du synthétique tous est bons pour sentir la chaleur caresser nos membres.

Je suis une fille d’automne et ce matin, je regarde par la fenêtre et je suis impatience d’y être, là, dehors, sentir la fraîche sur mes joues. Mais je suis si bien à l’intérieur, envelopper, quand toutes les fenêtres sont ouvertes.

La tranquillité. Tout le monde se tait à l’automne. Les gens sont chez eux ou dehors, admirant en silence le panorama. L’automne fait taire. L’automne rend calme. Comment trouver meilleure source d’inspiration si ce n’est que celle-ci? Pourquoi parlez d’autre chose si ce n’est que la béatitude qui m’envahit à l’instant?

 

La maison hantée

Je tournais la clé dans la fente et je sentis celle-ci vibrer dans l’engrenage. Nerveux, mes mains moites ne m’aidaient pas à tourner la poignée. Je glissais et m’enrageais.

Enfin, au bout d’effort de détermination et de patience , j’y parvins. Je refermais délicatement la porte de chêne gravé derrière moi et enclenchais systématiquement le mécanisme de fermeture tout doucement.  Malgré l’âge des matériaux de cette bâtisse, à peine un cliquetis était perceptible. J’étais le génie de la serrure. Me voilà désormais barricadé. À peine un son pour réveiller une souris grise qui dormirait sous le plancher et hop me voilà à l’intérieur comme un voleur. Je retenais mon souffle au point de me faire violence au poumon. Conscient que le moindre bruit pourrait m’attirer des troubles. Je savais que le jardinier faisait toujours une dernière vérification le soir avant de partir pour y revenir seulement à  6h00 le lendemain.

Enfin, je me félicitais, car il s’agissait déjà d’un exploit d’être parvenu sans être vu dans la maison. Être découvert à cette étape-ci serait une grande frustration.

Une fois mon intrusion faite dans la chambre, je figeais soudainement. L’endroit était sombre. Très sombre. Je sentais déjà les ténèbres m’opprimer. Je n’aimais pas la noirceur. Depuis mon enfance, j’avais la sensation d’être épié dans l’obscurité. Je n’ai jamais apprécié cette sensation de vide. Petit je combattais avec mon père les monstres qui s’y cachaient.

C’était comme si je revenais à mes vieux jeux d’enfants angoissants. N’ayant jamais été totalement convaincu que ce n’était qu’en fin de compte que des jeux. J’avais toujours cette impression que quelque chose…un être vil se cachait dans les coins les plus obscurs. Et cette maison…Le froid qui y règne. La noirceur des lieux…cette chambre.

J’aimerais tant m’y faire de la lumière. Comme si la clarté faisait fuir les monstres nocturnes. Mais il était impensable d’ouvrir l’interrupteur, je dénoncerais ma présence aussitôt.  Alors je devais avancer sur ce chemin à l’aveuglette. Une lampe de poche aurait été certainement utile, mais encore moins brillante. Les carreaux de la fenêtre illuminés auraient attiré la police. Le vieux gardien des lieux d’accord, mais pas les flics. Qu’est-ce que je dirais alors une fois arrêté?

-Désolé monsieur l’agent, je voulais valider la théorie du vieux jardinier. Vous savez…Le monstre qui vit dans les ténèbres de cette maison.

Entre mon argumentation étrange et les faits que j’étais incontestablement entré par effraction dans la demeure de mon voisin…la question de choisir de ma culpabilité ne se poserait pas longtemps. Même mes parents ne pourraient me défendre sur ce coup.

Ce vieux jardinier de la maison…inquiétante présence. Cet homme travaillait pour un propriétaire toujours absent. J’étais venu à croire qu’il s’agissait d’une riche personne qui voyageait toujours pour son travail. Et cette vieille maison tout en ruine était un héritage familial. Attaché par ses souvenirs, son propriétaire n’avait jamais été capable de la vendre. Du moins, c’était l’histoire que je mettais imaginé.

Le jardinier posait toujours ces yeux verdâtres sur moi. Prenait ce regard énigmatique que je ne savais déchiffrer. Sans jamais m’adresser la parole. Il ne faisait que me regarder passer devant l’entrée pour me rendre à l’école. Et à mon retour, il était là, fidèle au poste, momifié, m’observant me diriger vers ma maison.

Cependant, cette journée-là, en cette fin d’après-midi nuageuse, lorsque je revenais de mon quotidien d’écolier, il m’avait fait de grands signes de la main. C’était la première fois que je l’avais vu avec un tel comportement. Normalement, il ne faisait que rôder autour de la baraque et m’observer étrangement.  Mais cette fois-là, l’homme avait carrément changé d’attitude. Ce qui évidemment, me rendit aussitôt très nerveux.

J’hésitais à m’approcher. Mais le vieux continuait de balancer la main dans les airs, insistant. Donc, tranquillement, je mettais dirigé vers lui. Sans savoir ce que cette simple politesse entrainerait. Je ne savais pas que ma journée qui s’était annoncée banale prendrait une tout autre forme à la suite de notre discussion.

Le jardinier m’avait empoigné le bras brusquement. Je ne me débattis pas, car ce qu’il allait me confier, je le sentais au plus profond de mon être, cela dépasserait ma simple compréhension de mon univers. Il me tourna en direction d’une pièce au deuxième étage. Pointa de son doigt maigrichon des carreaux rouges.

-La créature nous observe, dit-il.

Je regardais en direction d’où pointait son doigt et je vis une ombre s’éloigner des fenêtres à ce moment-là.

-Pourquoi y travaillez-vous alors, Monsieur Emmett? Demandais-je tout naturellement incrédule.

L’homme me lâcha finalement le bras, prit un air terrorisé.

-Je ne peux pas la quitter. Je dois faire ce que la créature me demande.

Je déglutis et sans assurance, j’avais invité mon interlocuteur à dénoncer son employeur aux normes du travail. La créature qu’il nommait ainsi était peut-être tout simplement une vieille chipie qui ne reconnaissait pas son travail. Mais il me fit de grands signes de négation de la tête.

-Ce soir c’est la pleine lune.

Le jardinier m’expliquait que la pleine lune était un moment de grande vulnérabilité pour la créature. L’être devait sortir et chasser pour reprendre des forces. C’était le seul moment dans le mois qui était permis de sortir de sa prison.

Je n’avais pas écouté la fin de ce qui aurait pu être une très jolie histoire d’épouvante. J’étais rembarqué sur ma planche lourde d’auto-collants de tête de mort et j’étais retourné dans l’allée de béton de ma maison. Il m’avait alors crié d’où je l’avais laissé en plan, que je devais entrer dans la maison de la bête ce soir sinon il serait trop tard.

Trop tard pour quoi? Je ne savais pas. Et sincèrement, je ne voulais pas le savoir. Mais toute la soirée j’étais demeuré songeur.  Je mettais accoudé à ma fenêtre et je regardais la cabane vis-à-vis ma propre chambre.  Mes pensées défilèrent à une vitesse folle plongeant dans mon imaginaire étoffé et vagabond.

Nous étions arrivés il y a moins de trente jours dans cette maison. Dont mes parents, ravis, avaient eu un très bon prix pour celle-ci. Le voisinage était absent à l’exception des quatre étages riches devant. Peu de marcheurs, peu de jeunes de mon âge, soit 15 ans et il semblait incongru d’accuser à tort un propriétaire sur papier.

-M’man? Interpellais-je lorsqu’elle passa avec une brassée de linge blanc dans le couloir.

-Oui Kev ?! Dit-elle en hurlant de son côté du couloir se dirigeant comme une guerrière sans peur jusqu’aux machines à laver.

-Pourquoi les anciens proprios t’ont vendu la maison?

-Pourquoi tu me demandes ça? dit-elle d’une voix en écho dû à sa tête dans le sèche-linge.

-Bah! pour savoir-là.

J’entendis la porte ovale de la machine fermée brusquement. Ma mère claquait les portes férocement seulement quand elle hésitait à nous dire quelque chose sur le coup de l’émotion. Ce n’était pas bon signe de ce que j’en devinais. Pire! Elle abandonna sa tâche ménagère et pénétra dans ma chambre. Ma mère regarda mon bordel et me sourit gentiment. C’est là que je sus que je n’aimerais pas ce qu’elle allait me dire.

-Leur fille…a eu un grave accident.

Je questionnais ma mère sur le genre d’accident qui avait eu lieu. Elle hésitait à m’en dire davantage.

-Elle a été retrouvée dans le champ voisin. La pauvre ado avait perdu beaucoup de sang.

De sang? Une créature vivant la nuit qui tut en vidant le sang de ces victimes. Un frisson me parcourra l’échine. Un jardinier obligé d’obéir à un propriétaire discret. Était-ce…non! Impossible. Ce genre d’histoire aux dents pointues n’apparaissait que dans les romans!

-Quel jour a été retrouvée la fille?

-C’est une drôle de question Kev, voyons!

-M’man! s’te plait, répond.

Ma mère plongea un long regard triste sur moi. Elle caressa ma joue et avant de se lever et repartir à son devoir de patronne de maisonnée, elle m’embrassa et me dit qu’elle m’aimait très fort.

Une fois qu’elle eu disparut dans le couloir, mon regard  se posa alors sur la maison soudainement rendue inquiétante. L’ombre à la fenêtre n’y était pas. Je me décidais enfin, j’irais l’explorer et pister cette créature cette nuit. Je devais trouver une façon de l’anéantir, car je ne serais pas sa prochaine victime ni mes parents.

Ainsi, je n’allais pas voir le gazon jaunir et ma tête se remplir de contes et de récits terrifiants. Je devais réagir immédiatement. L’idée germa dans ma tête avec une grande lucidité. Le jardinier m’ayant aidé sur la voie, je devais aller  à la rencontre de la vérité. Mais comment m’assurer que ce n’était pas un piège de sa part? Le mois n’était pas encore terminé et la créature pas encore rendue à l’étape de se nourrir. En étais-je sûr? Non. Mais je n’avais pas d’autre choix non plus.

***

Avais-je eu tort d’entrer dans cette maison hantée? Me demandais-je à l’instant prisonnier de ma phobie des abîmes.

Un craquement soudain me sortit de mes pensées. Les battements de mon cœur affolés venaient jusqu’à mes tempes. Le bruit recommença. Un couinement long et désagréable. Quick-Quick-Quick. Je tournais ma tête vers le fond de la salle et c’est avec effroi que je vis les reflets dans les fenêtres.  Et ce que je croyais venir du couloir, était finalement avec moi dans la pièce. Des yeux blancs lustrés scintillèrent dans la pénombre. Quick-Quick-Quick. Les yeux se balançaient dans le coin. Le son désagréable d’une chaise berçante de mamie troublait la quiétude du lieu. Les points blancs me fixaient intensément, j’étais complètement glacé de terreur.

Libérer le trésor

Il existe un trésor, une richesse qui dort
Dans le coeur des enfants mal aimés
Sous le poids du silence et de l’indifférence
Trop souvent le trésor reste caché

-Michel Rivard-

 

 

Minuit moins deux minutes. Marie marchait rapidement. Elle avait un rendez-vous. Un rendez-vous qu’elle ne pouvait manquer au risque de grave conséquence.

Marie était une belle adolescente. Les cheveux couleur de blé, les yeux verts, un visage rond, des lèvres roses. Elle n’était pas que mignonne, mais d’une beauté sans mot. On pouvait imaginer sans peine que ses parents étaient de belles personnes pour avoir créé un magnifique être.

Enfant unique. Marie s’était ennuyée très tôt dans sa vie. Ses parents, des gens de carrières, avaient beaucoup de choses à faire ce qui l’a laissa rapidement, dans son enfance, seule à la maison. Mais l’école avait changé bien des choses. Elle s’était faîte de bonnes amies. Une, Laurence, son opposé en tout. Douée, appliquée, brunette, petite, les yeux noisettes grossièrement conçues par un métissage génétique de plusieurs générations. Mais Laurence était gentille. Une gentillesse qui avait manqué à Marie. Toutefois, Laurence était souvent occupée. Soupers en famille, fête du petit cousin, voyage en Gaspésie, voyage aussi dans le reste du monde. Laurence avait quatre frères. Quatre gentils garçons d’un an de différence. Laurence était, au contraire de Marie, très bien entourée.

Marie vivait au travers de Laurence sa vie de rêve. Elle s’imaginait quand le sommeil ne venait pas, être à sa place, avoir ces parents, avoir ces frères, une telle famille unie…un avenir. Des objectifs. L’adolescente avait rapidement appris à mettre ses émotions, ses ambitions et ses envies de côté. Dissimuler ce qui faisait d’elle Marie. Elle avait peur d’être pointée du doigt et lui retirer le peu de joie qu’elle possédait. Alors elle ne devenait personne. Elle devenait l’amie de Laurence et vivait dans son ombre.

Un coup d’œil à sa montre et elle était désormais en retard. Heureusement pour elle, Marie tournait le coin d’une ruelle et arriva à l’hôtel Succube. Le portier, un grand noir, saluait la jeune fille par son prénom et lui ouvrait la porte.

C’était un hôtel underground ou la clientèle recevait quelque extra moyennant un certain montant d’argent.

Marie n’eut pas à demander, elle savait où se diriger. Elle enjamba deux marches à la fois le grand escalier en colimaçon. L’adolescente s’arrêta au troisième et dernier étage. Là où le maître avait son bureau.

La porte était entrouverte. Une lumière tamisée se glissait sous la porte. Marie poussait la porte et refermait derrière elle.

-Marie! s’exclama une voix masculine très chaleureuse.

-Bonsoir Max, dit Marie sur un ton lasse.

Le dénommé Max avança vers elle et lui donna deux baisers sur chacune de ses joues. Il lui prit la main et y glissa un petit sachet transparent de deux gélules noires.

-Max…

-Qu’est-ce qu’il ya chérie?

Marie était mal à l’aise, mais devait lui en parler.

-J’aimerais le faire sans.

-Tu es sûr?

Elle hocha la tête et tassa doucement la main de Max éloignant le sachet et son contenu.

-Ça va être douloureux.

-Je sais.

Marie retira son manteau. Elle avait une jolie robe jaune. Elle faisait juvénile. Jeune et vulnérable. Très fragile. Mais c’est ce que les clients particuliers de Marie aimaient d’elle.

Elle savait encore une fois où se diriger : une petite pièce au fond du bureau de Max. Le client était déjà présent.

L’adolescente entrait dans la pièce et refermait derrière elle. Max n’avait dit rien. Ni bonne chance. Ni de remerciement. Ni même ce que Marie attendait depuis trois ans : je te libère.  Mais non. Rien. Il l’a regardait se retirer dans la petite pièce comme une employée du Tim qui allait chercher des poches de café dans le back-store. Max retournait à sa table de travail et vagabondait sur internet désormais sans plus.

La pièce était noire, mais Marie rencontra rapidement les yeux rouges du client qui étincelait. Il s’agissait de son plus vieil admirateur.

Marie se dirigea vers le grand lit aux couvertures de soie et s’y coucha. Elle déplaça ses cheveux, laissant sa gorge bien en vue.

-Marie, murmura son client.

La créature aux yeux rouges s’approchait de son prix. Huma son odeur et fut soudainement surpris.

-Tu n’as pas pris l’inhibiteur ?

-Pas cette fois.

-Tu vas avoir mal quand je vais te mordre.

Marie posa ses mains de chaque côté du visage du vieux vampire.

-Je ne peux pas avoir plus mal.

Marie embrassa la créature et s’abandonna à ses caresses. Le vampire lentement arrivait à son cou. Les veines palpitaient et cela l’excitait. Cette nuit, Marie ne ferait pas semblant d’avoir mal. Quand une personne ne prenait pas l’inhibiteur, cela engendrait d’effroyables souffrances à la suite d’une morsure de vampire. Toutefois Marie, contrairement aux autres nuits, voulait ressentir. Pour une fois, elle voulait avoir l’impression d’exister. Et, elle espérait, silencieusement que la douleur soit si intense qu’elle en meurt.