La malédiction d’une artiste

C’est difficile. Oui c’est difficile. J’ai une passe en ce moment incertaine. Mon esprit est embrouillé et les solutions n’apparaissent plus aussi limpidement. C’est comme ci je marchais dans une ruelle très étroite et longue. Une brume opaque bloque l’issu de cette ruelle. Je marche, m’éraflant les bras et les jambes sur le mur en brique. Je n’ai pas perdu l’espoir, mais bientôt je le sens au fond de moi une force étrange, malfaisante, qui a envie que je plie l’échine.

Je sais que peu importe ce que vous avez à affronter en ce moment, plusieurs ressentent la même chose que moi. Peut-être que vous vous avez le parfait copain, la maison, l’emploi de rêve ou je ne-sais quoi encore, mais vous ressentez ce doute aussi, au plus profond de vos tripes. À la fois qui engourdie vos sens et à la fois qui vous donne une grande lassitude à l’impulsivité. Avez-vous mis votre main sur votre poitrine à essayer de sentir votre cœur battre? Le mien est desséché et il a besoin d’un voltage.

Je vous dis tout ça parce quand on croit pendant très longtemps à un rêve et que tous les jours c’est un combat de se lever et de le continuer c’est normal après un certain temps d’éprouver cette grande fatigue. J’ai essayé d’émerveiller les gens près de moi. J’ai essayé de leur dire Hey! Regarde ma création! Regarde comme je suis allée au fond de moi! Regarde comme j’existe! Mais non… aucun éveil. Aucune empathie. Aucun intérêt. Le coup de grâce a été mes livres retirés sur tablette. Find! C’est le jeu! Même si je ne crois pas que ce jeu soit équitable.

J’ai quitté facebook. Je réalisais que je perdais des heures voire des journées entières à me comparer, à espérer et à souffrir. J’ai réalisé que même si je lançais dans la mer virtuelle un ballon, il calerait au fond. Au final pour comprendre que je perdais mon temps et j’avais cessé de rêver.

Une amie est venue dernièrement chez moi et même si j’en parle ici, elle ne me lit pas de toute façon. Ce n’est pas son genre de lecture. Surtout je ne veux pas que ce soit interprété comme une vengeance personnelle. Jamais mes écrits ne me vengeraient … Cependant une chose que l’art fait c’est de dénoncer! Alors je dénonce mes sentiments ou plutôt j’ose les rendre visibles comme un drapeau blanc, une chance d’avoir une ultime bouée. Donc, cette amie qui est venue à la maison. Elle a passé toute la soirée à me parler de son nouvel amoureux. Je l’ai écouté attentivement. Je lui ai donné tout l’espace. Le bonheur quelle merveilleuse chose a partagée. Elle inonde tout le monde autour de nous. Oui, inonde. Son bonheur me noyait. J’ai parlé que je n’allais pas très bien. J’ai osé dire que les gens… les gens ne m’apportaient plus aucun réconfort. Elle m’a demandé alors si je voulais rester amie avec elle. Je ne savais pas quoi répondre. Sur le coup, non je ne voulais plus être son amie. Elle ne venait que pour m’annoncer ce qui se passait de beau et bon dans sa vie. Moi j’ai toujours été une amie qui venait quand ça n’allait pas. Eh oui, je suis comme ça. J’aime voir la souffrance chez l’autre parce que je réalise que c’est le seul moment d’honnêteté. La souffrance c’est beau quand elle nous permet de grandir. Alors je lui ai dit que j’étais perdu, je lui ai dit que pour moi l’écriture était ma vie… oui…je ne sais pas ce que je ferais d’autre sinon! Et… il me semble que j’ai un certain talent! Alors nous avons continué de parler d’elle et de son bonheur. Et j’ai, de plus en plus, de la misère à croire en l’autre. J’ai de la misère à faire confiance, car chaque fois que mes émotions étaient sur la table on l’y a planté un couteau pour l’engloutir tout entier, comme mon ballon dans la mer, je glisse dans les abymes et disparais à jamais.

Comment on survit au manque d’intérêt de votre famille et de vos amis? Comment on arrive à s’enthousiasmer devant les projets des autres quand ils n’ont jamais osé porter un regard sur vous? Comme puis-je aider mes parents dans leur rêve quand ils sont incapables de venir chez moi, s’asseoir et me dire Hey fille comment tu fais ça écrire un livre?

Il y a peu de chance que quelqu’un lit cet article, mais les mots sont devenus ma seule expression. Je suis incapable d’aller vers quelqu’un et exiger qu’on m’écoute. Je suis incapable de couper une conversation et dire ça suffit on parle de moi maintenant! Je bloque. Je paralyse. Parce que je ne sais plus comment on fait parler de soi-même à quelqu’un qui s’en fiche. Je suis incapable de ça parce qu’à la base vous êtes tous plus merveilleux que moi.

Même connecter avec des artistes c’est difficile. S’ils sont le moindrement comme moi, ils n’oseront pas parler. Ils préfèreront créer en solitaire. Ainsi une vitre sera créée entre leur émotion et les autres. Entre nous qui aurait pu se comprendre. Nous devons les protéger nos émotions, ils sont le moteur de notre création, mais au final notre talon d’achille. Comment ne pas prendre difficilement quelqu’un qui regarde votre table de vente et s’écrit ARK! Comment? Parce que je connais quelqu’un à qui c’est arriver et à par en rire et trouver stupide cette humaine, je ne sais pas quoi dire pour consoler cet ami qui au final à juste essayer d’exister dans ce monde.

J’ai accroché, il y a longtemps, un dessin dont j’étais fière sur le réfrigérateur familial et ce même dessin je le retrouvais dans le recyclage peu de temps après. Aujourd’hui je vis jour après jour cette même scène auprès de gens qui prétendument m’aiment.

Cette poisse! Cette malédiction que les artistes ressentent. Ce grand vide intérieur qu’ils essayent de remplir par le jeu de rôle, par les fraternités, par le dessin ou une histoire qui parle d’espoir ne nous quitte pas. Jamais. Chaque nouvelle création est une arme contre la morosité et le dessèchement émotif. La solitude dans laquelle nous devons plonger pour créer elle doit être temporaire. Mais je réalise que même quand j’émerge de mon monde, il n’y a toujours personne autour de moi. Le plus terrifiant est que si on regarde les contes où malédictions s’arriment, il est rare de voir nos héros s’en sortir seuls. À la seconde où il décide d’être en solo, il échoue.

Graphiste et écrivain: Comment bien travailler ensemble?

Présentation de ma graphiste MarieB

             Nul n’est sans savoir que l’autoédition on doit s’occuper de tout. Comment on fait exactement si dans l’un des domaines qui entourent la création du livre on n’est pas doué? Dans mon cas, tout ce qui est conception visuelle du livre j’avais énormément d’appréhension. Qui choisir? Combien ça coûte? Comment transmettre nos idées? C’est un avantage contrairement à la maison d’édition de pouvoir être libre de décider ce que je voulais comme page couverture pour mon livre. Mais cela peut être à double tranchant cette liberté. Dans un prochain article, je vais mieux détailler mon raisonnement, mes choix, le pourquoi du comment… mais pour l’instant j’ai voulu mettre sous les feux des projecteurs ma collaboratrice.

À deux occasions, j’ai eu la chance de travailler avec Marie-Ève B. Elle est proactive, talentueuse et sans conteste passionnée par ce qu’elle fait. La page couverture est d’une si grande importance pour que le livre intéresse les lecteurs tellement que la pression peut être plus grande à cette étape (la vente) pour la graphiste que l’écrivain-e. Ça passe ou ça casse. L’écrivain et le graphiste ont-ils réussi à bien collaborer ensemble pour représenter adéquatement, le livre, l’histoire, la vision et leurs pensées?

Ainsi je me suis permise de poser quelques questions à ma graphiste pour avoir son point de vue. 

Pour commencer, commençons par introduire le commencement:

Quel est ton parcours?

J’ai d’abord suivi une formation en graphisme au Cégep Marie-Victorin. Suite à cela, j’ai choisi de me lancer dans une aventure pour suivre un rêve: celui de réaliser des films d’animation. J’ai donc été étudier à Matane l’animation 3D. Au courant de ce DÉC, je me suis aperçue que je préférais élaborer des histoires, développer des concepts et surtout dessiner. Bien que que j’aie développé une aisance avec l’animation en tant que telle, le monde de la 3D me semblait contraint par le côté technique. (Ce qui me faisait un peu trop souvent rager contre les logiciels!) Je me sentais un peu restreinte par le côté technique de la 3D; d’un point de vue personnel, il me manquait une certaine liberté artistique que je retrouvais plus dans les logiciels de dessin.

Qu’est-ce qui/quoi te fait choisir cette vocation?

 

Ma passion pour les histoires, les images et leur puissance pour faire vivre des émotions et communiquer un message. J’ai tant souvent eu l’envie de lire un bouquin que par l’attrait de la couverture de page!

Tes objectifs de faire cet article?

Donnez un aperçu des coulisses de la production de projet graphique, dans ce cadre-ci, d’illustrer un livre. Faire part des leçons que j’ai apprises en partageant mon expérience pour épargner des erreurs à d’autres.

Les qualités qu’une graphiste doit avoir avec un écrivain?

Un intérêt réel pour le projet afin de s’y vouer entièrement et de lui apporter un concept unique qui saura représenter l’essence même du récit.

La ponctualité est un indispensable, un signe de respect dans la vie en général à mon avis!

Des qualités qu’un écrivain doit avoir avec un graphiste?

Une clarté dans la définition de ses attentes: avoir carte blanche pour une interprétation personnelle est une chose, mais une ligne directrice permet de cadrer mieux la vision de l’écrivain. Un client qui sait ce qu’il veut sans ambiguïté permet de sauver du temps pour les 2 parties : cela évite malentendus ou oublis et donc épargne des ajustements plus tard. 

Une franchise pour donner des commentaires sur le concept, le look, les croquis et esquisses qui lui sont présentés. On veut un client plus que satisfait, enfin je crois que c’est une valeur importante aux yeux de notre profession.

La prise de contact:

Comment un graphiste reçoit un écrivain? Comment l’attirer?

 

En démontrant une compréhension de la nature du projet, en ayant lu le livre entre autres. Avec un esprit ouvert et créatif: il faut savoir écouter et proposer les idées.

Comment on choisit un projet de couverture de livre? (Les critères à prendre en considération pour embarquer dans le projet)

Le temps, l’argent et les bénéfices divers. En début de carrière, on pourrait être tenté d’accepter tout ce qui passe. La meilleure stratégie consiste à évaluer les gains du projet. Si ce dernier représente une grande consommation de temps et d’efforts, ainsi qu’un budget très limité, mais que les délais sont fort raisonnables et que le projet est une opportunité unique pour beaucoup de visibilité pour obtenir de futurs contrats: cela peut valoir l’investissement.

Il ne faut toutefois pas tomber dans le piège de l’exploitation : « Puisque tu es un junior, tu dois te contenter d’accepter n’importe quel prix. » Au nom de tous les professionnels, on ne doit pas rabaisser la valeur de notre travail.

L’entente réciproque:

Le paiement comment ça se passe ? Es-tu gênée de parler argent?

En début de carrière je dirais que oui, c’est un sujet délicat. (Ce l’est dans la vie en générale, peu importe la profession d’ailleurs, cela dépend des gens.) Toutefois, avec le temps et l’expérience qui s’accumule, je sais mieux évaluer la valeur de mon travail et je peux ainsi mieux assumer et surtout expliquer mon tarif. D’ailleurs, je me sens plus à l’aise de discuter du paiement avec le client en faisant preuve d’une ouverture d’esprit à négocier pour trouver une entente juste.

Les responsabilités et les obligations

Une communication claire. Personne ne veut d’entourloupes : de frais supplémentaires pour une tâche additionnelle ou bien de mauvaises compréhensions sur la nature du projet qui se révèle tout autre. Exemple:

Écrivain: « Je veux une simple pomme. »

Graphiste:  » Voici votre pomme, simple, mais qui se démarque de vos concurrents. »

Écrivain: « Mais je voulais une simple pomme dans un panier avec d’autres fruits. « 

Aucune mention du panier au départ, donc temps supplémentaire.

Mettre au clair ce qui est demandé comment le fais-tu?

Par le biais d’images voyons! (rires) blague à part, en posant plus de questions et en demandant confirmation de la compréhension du sujet à l’aide de croquis rapides.

Comment graphiste et écrivain peuvent bien travailler ensemble:

Cerner les besoins de son client

 

Il est primordial de connaître le public cible, car l’auteur peut avoir ses requêtes et sa vision cependant, en bout de compte, c’est du lecteur qu’il s’agit d’attirer.

Les modifications

Parfois je les sous-estime en matière de temps; il y a toujours des surprises qu’on ne peut prévoir et d’autres auxquelles on n’a tout simplement pas pensé. Quand il s’agit de mon erreur ou de ressources hors de notre contrôle (exemple panne d’électricité, donc délais), je ne charge pas de suppléments.

Dans le contrat, il est mentionné qu’il y a approbation à avoir sur les maquettes avant de passer à l’étape suivante. Il y a un temps alloué aux modifications suite aux commentaires, puis à nouvelle présentation de maquette(s) avec les corrections. Si nous sommes dans les temps prévus au contrat et qu’il y a d’avantages de modifications à apporter, j’effectue un 2ème tour de retouches. Après cela, l’écrivain doit payer des heures supplémentaires.

Je n’aime pas ma couverture! Qu’est-ce que je fais?

Si on en arrive à ce point, il n’y a pas eu suffisamment de suivis. Selon les clauses du contrat signé, il se peut que cela rentre dans la catégorie heures supplémentaires et que le tarif augmente alors. C’est pour éviter ce genre de situations que le graphiste présente ses concepts et ses maquettes avant de passer à la réalisation de la couverture finale et qu’il est primordial que l’écrivain soit transparent dans son opinion.

Concrètement ça demande combien d’énergie, d’analyse, de remue-méninges pour un  X projet?

Tout dépend de la nature du projet, chacun est unique. La plupart du temps, la partie brainstorming et croquis est bien plus longue que la réalisation de la version finale, car tout part d’un concept fort, réfléchi. Dans mon cas, je répartis mon temps plus ou moins comme ceci en général: 40% brainstorming & croquis, 35% esquisses & maquettes, puis 25% le final.

Et après…

Après le contrat qu’est-ce qu’on fait?

De mon côté, je m’informe d’abord des ventes du livre et des commentaires que la couverture reçoit. Je laisse savoir à l’écrivain que je reste à disposition pour l’aider dans la publicité. J’offre toujours un « service après-vente » pour des trucs mineurs, comme par exemple convertir les fichiers en divers formats pour des applications diverses (Instagram, Facebook, PDF. en taille différente que le fichier de livraison, etc.) ou un changement/ajout de texte sur l’affiche commandée avec la couverture de livre.

On reste en contact?

Absolument. À moins que l’expérience fût mauvaise, ce qui ne m’est pas encore arrivé.

On relance s’il y a un nouveau projet?

Si l’écrivain a été parfaitement satisfait du résultat et de l’expérience, je crois qu’il est logique qu’il retourne avec le même illustrateur. Le style graphique peut varier d’un livre l’autre selon le genre littéraire et le groupe d’âge visé, mais je pense qu’il est bien d’associer une certaine signature visuelle de l’artiste à l’écrivain pour le public.

Service après-vente comment ça marche?

Les conditions sont énumérées, voire listées, au début du projet, lors de la signature du contrat. S’il s’agit de petites modifications, je ne charge pas. Au contraire, je souhaite offrir plus au client que ce à quoi il s’attend. Toutefois, je n’irai pas jusqu’à me permettre de passer une journée entière de boulot sans charger un minimum. À ce moment, j’offrirai diverses options et discuterai d’un prix spécial qui conviendrait à l’écrivain.

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Adieu CHSLD et autres conneries

Trois ans que je jonglais sur la liste de rappel entre centres d’hébergement, hôpital, CLSC, RI et autres conneries pour me faire à croire que j’avais un vrai emploi. Bon! Je suis peut-être dure. Il s’agissait d’un emploi, un vrai, rémunéré. J’ai réussi en me faufilant entre plusieurs affichages à avoir quatre jours semaines depuis février 2016. C’était stable plus ou moins. Une fin de semaine sur deux de libre. J’étais réceptionniste et coupeuse de papier. Non vraiment? Oui vraiment! J’ai été à l’université pour coller des tablettes et couper du papier. Pourtant c’était une belle expérience. J’ai compris d’autres départements que le front du réseau de la santé. J’ai vu des cancéreux, des p’tits vieux, des médecins, des infirmières et un tas de connerie. J’ai vu des sourires et des airs bêtes. J’ai vu des dangereux et des professionnels à tous les niveaux. Des gens crasses. Des gens pour lesquels je me battrais pour eux sans une once d’hésitation. Ce qu’on nous montre dans les médias est faux. Faux. Faux. Faux. Le burnout ne m’en parlez-pas! Le manque de staff non plus. Les coupures… Merci M. Barrette et votre équipe.

Il n’y a pas de recettes pour survivre dans le réseau de la santé. Il suffit d’être vous, refuser ce qui ne vous convient pas. Malgré la lourdeur administrative, la plaie bureaucratique et les êtres humains qui ont perdu le feu sacré, il y a eu de bonnes choses. Des fous rires sincères. Des amitiés guérissantes. Des prises de bec essentielles.

Je reste ou je pars? Voilà la question que je me suis posée pendant trois ans. Ne serais-je pas mieux dans le privé? Dans une PME? Si je reste, on me promet un poste complet, d’être vraiment considérer d’ici cinq ans. Suis-je prête à continuer d’être rabaissée par des collègues de travail? Suis-je prête d’être dans un milieu auquel eh oui! Je n’ai pas toutes les compétences pour en saisir la totalité ( médecine). Est-ce que si je reste, il y aurait quelque part une petite place pour la petite Karine?

En trois ans j’ai géré  des cas lourds en CHSLD. Des gens violents, fugueurs, insultants et tout simplement des connards. Je ne parle pas juste des résidents ici ( hé hé hé). J’ai appris la patience. J’ai appris à me protéger. Je me suis endurcie. Je sais ce que je vaux. Plus personne ne va appuyer sur le bouton panique inutilement. Quand on reçoit un code de violence et que les procédures doivent s’enclencher à travers vous, en sachant pertinemment que si tu ne réagis pas suffisamment vite, un collègue de travail va se faire casser le nez par un résident… Le stresse plus jamais. (OK peut-être un peu de temps en temps).

Vendredi dernier j’étais chez IKEA et je mangeais mon poulet au beurre quand les  ressources humaines m’appellent. Bonjour, Karine, je veux valider quelques postes avec vous. À ce moment-là j’avais déjà accepté d’aller dans le département des achats. Plus tôt dans la journée j’étais allé rencontrer ma nouvelle boss. Elle était géniale et j’avais l’impression de flotter sur un petit nuage. J’allais être entouré de gens compétents. Les vieux de la veille et j’allais connaître leur secret. Je ne vous mens pas quand je dis qu’au téléphone, j’ai fait le suivi avec la technicienne en RH de onze postes. J’ai refusé en cinq minutes onze postes. Dans les affichages, la liste de nom était rendue à moi. C’est quand on m’a dit X centres, acceptes-tu ou tu refuses? C’était le centre que je travaillais depuis trois ans. C’était MON CENTRE. C’est là que j’ai compris que j’avais officiellement passé à autre chose. En février, j’allais commencer à l’IUGM. En février, j’allais devenir une professionnelle dans le réseau de la santé. Je n’étais plus elle qui boucherait les trous à droite et à gauche. Tout de même, il fallait le faire : onze postes refusées! J’avais tant espéré ça il y a trois ans!

J’ai peur de ce nouveau défi. C’est effrayant l’inconnu. Sincèrement. Je ne me réjouis pas de tout recommencer. Mais je sais que j’ai des bases solides que les nombreux départements que j’ai faits m’ont apprises leur spécialité, leur unicité et ça je le trimballe avec moi. Je sais qu’il  n’y aura pas des jours faciles. C’est à espérer sinon qu’est-ce qu’on apprendrait dans la vie sans? Je sais aussi que je passe officiellement à du temps plein. Depuis que j’ai commencé à travailler, je n’ai qu’accumulé quelques heures ici et là. Je vais être dépaysé. Je vais sans doute être épuisée. Toutefois, regarder bien mon sourire. Il ne flanchera pas tout de suite!

Je mets enfin le point final sur mes anciennes vies et je commence ma nouvelle. Plus libre. Plus fière. Plus indépendante. 2018 aura au moins la pertinence d’avoir bien commencé.

Je n’ai de compte à rendre à personne

Été 2016, j’entamais le choix d’être ce que je voulais. J’avais toujours eu ce rêve d’être écrivaine. Mais quand on part de la base, le rêve est flou, immense et inatteignable. Comment on commence ça être écrivaine? Comment on le sait quand on est écrivaine? C’est quoi être écrivaine? Avec patience, amour et humilité, j’ai appris. J’ai appris tellement à travers exercices, de conférences et de conversations avec des auteurs(es), en suivant plusieurs blogues.

Depuis 2016, j’ai monté mon blogue, j’ai fait deux nouvelles et un roman coécrit avec une superbe auteure qui est devenue une bonne amie. Depuis 2016, j’ai trouvé ma paix intérieure. Je sais ce que je vaux. Même si de nombreuses fois, j’ai été délaissée, ignorée et critiquée. Vous savez quoi, peu importe ces gens-là, c’est entre moi et mon rêve. Je ne suis plus arrêtable.

Le succès n’est pas la publication.

Le succès n’est pas le regard des autres.

Le succès n’est pas la popularité.

Le vrai succès est que mon rêve vit en moi pour moi, chaque jour de ma vie. Je ne vivrais plus jamais de regret.

Il y a des histoires qui prennent du temps, qui demandent de la maturité. Je dois l’accepter.

Ces histoires ce sont moi. Ce sont mes vérités, mes blessures et mes espoirs.

Je suis fière de moi et c’est essentiel.

Cependant, sur le chemin de l’écriture il y en a des doutes. Sur les personnages, l’environnement, les émotions, l’action, telle coupure, telle couleur, telle ambiance… Et j’y nage avec une aisance déroutante. Mais il n’y a pas de place pour le doute envers soi-même. Ce que je fais à cet instant est légitime.

J’adore me poser des questions. Depuis 2016, je m’en suis posé des milliers. Être écrivaine c’est vivre de ça. J’ai répondu certaines et d’autres questions se sont ajoutées. C’est éternel. Une roue d’idées, de problèmes et de solutions. On n’y échappe pas. Et j’adore ça!

Depuis 2016 j’ai foncé sans m’arrêter. J’ai écrit des centaines de pages voire plus que je pouvais même l’imaginer. Chaque page m’a rempli de joie. Chaque page confirmait ma passion. Chaque page me confirmait comme individu. Il y a tellement d’émotions à vivre quand on écrit. Il y a tellement de personnalité à rencontrer, à laisser s’exprimer et à écouter attentivement.

Mes histoires sont teintées de drame. On aime ou pas. Mais pour être écrivaine, j’ai compris que je devais aller à la rencontre de mes plus grandes peurs. Aller à la rencontre de mes douleurs et de mes angoisses. Je n’y cache rien. Je m’y expose ouvertement. Mais je ne veux pas de gants blancs pour la cote. On aime ou pas l’important c’est que tu acceptes que je te transporte quelques heures dans mon univers. Je ne te demande pas de chercher mes fautes, donne-moi les au passage je les note, mais mon plus beau cadeau c’est de me dire, hey je t’ai lu. Depuis que j’ai publié, j’ai accepté que je ne reçoive pas de certaines personnes ça. Je vais le recevoir de façon inattendue et ceux-là se graveront dans ma mémoire.

J’ai appris qu’être écrivaine ce n’est pas de mettre un mur entre nous et les autres. Il faut filtrer oui, mais c’est d’abolir le mur et de se dire que quoiqu’il arrive, ils ne me changeront pas. Je suis l’écrivaine. Je suis celle qui dirige la plume. Je suis celle qui murmure aux papiers. Je suis menée par le Dieu de la création et je n’ai de compte à rendre qu’à ce dernier.

Mon expérience chez les soeurs

J’avais besoin de silence et de solitude. J’avais deux semaines de vacances en octobre pour mon anniversaire. Je n’avais pas envie d’une fête, d’un restaurant ou des cadeaux. Il n’y a pas dix solutions. Sois je restais chez nous, mais je ne pouvais vivre la solitude et le silence ou sois je m’isolais.

Je suis allée deux semaines chez les recluses missionnaires. J’avais une chambre simplette. Un lit, un bureau et un fauteuil. Les murs étaient blancs, mais les couleurs de l’automne derrière la grande vite me suffisaient. Il y a un rythme particulier qu’il faut suivre dans le monastère. Bref, un horaire. Mon déjeuner, mon dîner et mon souper étaient programmés. Les soeurs y font bien à manger. Pour ça, je ne pouvais me plaindre. J’avais cinq minutes pour me servir et la porte de la cuisinette fermait. J’empilais la nourriture rapidement et le choc vint ensuite. Il y avait un silence de mort dans la salle à manger. N’avais-je souhaité ça? J’étais, pour la première fois, confrontée à mes pensées. C’était terrifiant. J’entendais les gens mastiqués, tousser, racler de la gorge et je ne me concentrais pas sur le repas. L’excellent repas! Les jours défilaient et j’avais réussi à m’habituer à cette ambiance. Je regardais mon plat, l’appréciait, remerciait de la générosité et l’accueil.

Le silence au dîner, puis au souper. Dans les couloirs. À l’église. Le silence en tout temps. J’avais le goût de hurler, de parler avec les soeurs, j’avais envie de quelque chose, mais je ne savais pas quoi. Et ce je ne sais pas quoi me manquait. J’ai assisté à une messe dans ce petit hôtel simplet. Les soeurs avaient une belle voix et j’étais contente de vivre un moment puissant avec elles. Il y avait aussi un parc autour du monastère. J’ai été marcher souvent. Tous les jours calmement, saluer les passants, voire de nouveaux visages et les couleurs de la nature.

Toutefois, ce ne fut pas qu’une expérience belle et lumineuse. Elle fut froide et noire aussi. J’étais venu chercher la solitude et je le ressentais ce vide qui m’habitait. Mon manque profond de vitalité et de joie. Dormir dans un lieu comme celui-là quand dans notre enfance le noir nous a plus d’une fois terrifiés. Mais je ne savais pas que j’avais peur du noir et du silence. Alors toutes mes nuits se sont transformées en insomnies et en cauchemars éveillés. J’ai pris nombreux thé et café pour me ressaisir. Profiter de ces nuits d’ébullition mentale pour écrire. J’ai incapable d’écrire. Bloqué, voire même totalement paralyser. Qu’est-ce qui m’arrivait? Eh bien! Je vivais intensément ce moment privilégié avec moi.

J’avais appelé une amie et puis mon frère. J’ai pleuré comme une vraie enfant, perdue. Autant j’aurais tout donné pour partir à cette seconde autant j’avais besoin de rester et vivre l’expérience jusqu’au bout.

Après coup, ce fut une bonne chose pour moi de m’exclure momentanément de ma vie. C’était une pause nécessaire pour me permettre de mieux avancer. Mieux visualiser où je désirais m’enligner dans la vie. Déçue de ne pas avoir écrit, mais très heureuse d’avoir inscrit dans ma tête et mon coeur le courage que j’ai de me retrouver vis-à-vis moi-même.

Hospitalité monastique

Je ne vous souhaite pas bonne année

Le nouvel an me semble plus symbolique que Noël. Noël est une course interminable de consommation, de beuverie et de débauche alimentaire. Et quand la famille est éclatée, absente ou morte c’est plus lourd qu’une roche dans la rivière. Le nouvel an est le début du nouveau décompte pour que la terre fait un tour complet sur elle-même. Cette immense masse sur laquelle nous vivons continu son petit train-train annuel, mensuel et quotidien. Alors ne sommes-nous pas entrain de célébrer l’anniversaire de la terre? Après tout, elle a un an de plus.

Le nouvel an est symbolique pour une raison encore plus profonde. C’est un passage important pour faire un récapitulatif de notre année passée et nos souhaits pour la prochaine. Mais ce n’est pas une simple question d’embrasser mamie et souhaiter bonne année avec un bécot bien baveux. C’est plutôt une chose intérieure et propre à chacun. Un souhait intime et sincère que nous voulons protéger et travailler pendant la prochaine année. Ne me mentez-pas! Non. Mangez moins, maigrir ou faire plus d’argent ne sont pas des souhaits intimes.

La nouvelle année est un passage vers le mieux. Alors laissez-moi vous guidez. Prenez papier et crayon. Assoyez-vous dans cette pièce qui vous fait sentir bien. Une pièce dans votre maison idéalement. Prenez un temps pour revoir votre année. Les moments de joie et celles plus triste. Revoyez vos bons coups et vos moins bons coups. Puis, sur le papier commencer par je me remercie pour cette année 2017. Prenez chaque émotion que vous avez vécu triste comme joie et remerciez-vous de l’avoir vécu. Remerciez-vous d’avoir passer au travers, d’avoir su vaincre et échouer. Sans jugement. Sans solution. Sans promesse pour 2018. Sans anticipation. Simplement, acceptez de vous remerciez de cette belle expérience de la vie dans votre corps, votre coeur et votre esprit. Quand vous aurez terminez cet exercice, mettez sur papiers vos cinq priorités pour l’année 2018. Indiquez ensuite comment vous allez passer à l’acte. Soyez doux avec vous. Soyez aimant avec vous. Ce n’est pas une compétition et le count down ne finit pas en 2019. Soyez patient.

Il ne suffit pas simplement d’écrire je veux maigrir, mais plutôt, je veux donner à mon corps tendresse et amour. Comment?  Je vais préparer mieux ma liste d’épicerie et m’en tenir. Je vais prendre le temps de cuisiner avant de commander. Je vais manger en silence plutôt que devant la télévision. Je vais sentir ma faim et remercier pour mon repas. Vous voyez? Il n’est pas obligé de juste dire je vais pousser trois fois plus lourd au gym.

Pour le nouvel an, je me suis accrochée à cette idée qui dit de la fêter comme on voudrait que la prochaine année se présente à nous. Calme en famille devant un film? Entre amis à la discothèque? Entre amoureux sous la couette? Seul vous savez comment cela doit se passer. Ne soyez pas prisonnier des envies des autres ou d’une tradition que vous trouvez ennuyante.

Il ne s’agit pas de remettre le compteur à zéro. Non bien évidemment sinon cela serait très facile pour tout le monde. C’est prendre conscience de la réalité que vous pouvez être une meilleure personne pour vous-même et votre entourage. C’est un moment dans l’année, mondialement, qui rend grâce à qui nous sommes et qui nous permet de le réaliser, de le vivre, de le partager.

Pour terminer cette article je ne vais pas vous souhaitez bonne nouvelle année. Pas que je suis impolie, mais plutôt pour vous souhaitez une bonne continuité. Et peu importe ce que vous désirez accomplir en 2018, voici mon dernier conseil, car la route est longue jusqu’au succès; Nul ne peut progresser s’il n’ose faire un pas.

Un dernier hommage

Je ne suis pas très bonne pour dire au revoir aux personnes que j’aime. J’ai toujours un mélange de tristesse, de colère et un sentiment de lâcheté. J’aurai pu l’appeler plus souvent, j’aurai pu la voir plus souvent…

Je me souviens que dès mes premiers jours dans la compagnie tu as été une gentille dame. Toujours sourire, avec ton caractère intraitable évidemment. Tu étais droite et la vie a de nombreuses fois mis ton esprit et ton corps à l’épreuve.

Je me souviens des mélanges verts bizard que tu amenais toujours, de tes lunchs sans gluten, de tes blagues qui n’étaient vraiment pas drôles en général. Mais tu me faisais rire.

Je me souviens que nous avons parlé hommes et que tu étais une oreille sans jugement. Évidemment, tu m’as toujours donné le mot d’ordre: Prend quelqu’un de bien sinon laisse tomber.

Je me souviens que nous avons partagé des douleurs similaires, un passé qui nous retenait hors de la joie. On a parlé. Beaucoup.

Mais on travaillait aussi!! Tu avais toujours le mot juste, la gentille attention pour tes clientes. Tu étais près d’elle et ça se voyait…surtout qu’elle m’ignorait carrément et venait te voir directement. J’admirais ça. J’admirais que ton métier se fût soulevé en amitié.

Je me souviens que tu aimais le bleu. Tu portais souvent du bleu. Tu étais belle en robe. Coquette. Même à ton âge.

Je me souviens de ce jour ou tu as accepté de laisser tes cheveux gris pousser sur ta tête. Tu n’étais plus blonde (quoique tu étais belle aussi), mais je te trouvais encore plus belle. Plus toi. Plus sûre.

J’ai appris, un peu par hasard, dans le temps des fêtes, ton décès. Avec la frénésie du temps des fêtes, j’ai réussi à retenir mes larmes. Au fond, je sais que ton combat est terminé aujourd’hui. Que ta retraite tu l’as finalement prise.

Alors, permets-moi dans mon modeste blogue de te dire au revoir pour une dernière fois avec la musique que tu aimais beaucoup. Et j’espère qu’il y a une tonne de livres au paradis pour que tu continues dans ton plaisir à lire et dévorer ces histoires qui te passionnaient tant.

Repose en paix Denise.

De ton amie.

Minimaliste

4h30AM. Je ne dors pas. Comme pour la plupart des nuits, elles sont entrecoupées. Je ne peux accuser indéfiniment mon chaton (quoiqu’il est une cause indéniable de mon manque de sommeil). Je suis insomniaque. Je me réveille deux ou trois fois par nuit. J’ai bien essayé des médicaments pour dormir…ça marche, mais lorsque je m’extirpe du sommeil le lendemain j’ai cette étrange impression d’avoir été kidnappé par des extraterrestres. Non ce n’est pas cool. C’est flippant et très angoissant. Bref, j’ai toujours l’air de très mauvaise humeur. Une chance que le café a été inventé.

Donc très tôt, ce matin encore, je me levais. Je suis allée aux toilettes, pris un verre de lait, écouter de la musique, j’ai flâné sur internet et… une vidéo sur le minimaliste. J’ai tout de suite accroché à ces petits espaces blancs et sans objets. Quelques décorations de temps en temps, très simples et peu encombrantes. Une n’avait qu’une dizaine de vêtements. Dix? Comment fait-elle?

Alors j’ai regardé des vidéos toute la nuit jusqu’à 6H30AM et il m’est venu l’idée de faire du ménage dans mes garde-robes. Je me suis dit, loin d’être minimaliste, puis-je me départir de ce qui ne me sert pas? J’ai ouvert ma penderie à salle de bain et j’ai sorti tous mes paniers. Des vernis à ongles qui dataient des cavernes (ceci est un oxymore), des produits de beauté à moitié entamés et des tonnes, mais des tonnes de bijoux inutilisés. La folie m’a pris. J’allais dans mes tiroirs et je jetais chaque morceau de linge. Trois sacs de poubelles ont été remplis. Les cintres étaient empilés sur mon lit gisant comme les cadavres d’un meurtre sordide que j’avais opéré.

Je retournais une heure plus tard dans le salon, épuisé. Je buvais mon café. Regardant autour de moi, je ne ressentis pas un changement extraordinaire. Mon salon était déjà minimaliste. Ma télévision était tendance et mon sofa tout récemment acheté, mais il n’y avait rien de superflu. Un tapis. Des couvertures. Un rideau. Une lampe. Bon une chandelle et une bonne trentaine de films… toutefois, mon party de jetage ne me fit pas plus apprécié mon environnement, car il était déjà très simplet. Je me sentais cependant plus légère. Tout ce maquillage inutilisé. Tous ces vêtements achetés quand je travaillais dans les boutiques. Je ne pouvais imaginer quelle chaussure j’allais garder dans ma grosse boîte bleue. J’anticipais le désastre ou j’allais pleurer comme une madeleine en disant adieu. J’avais déjà fait un grand travail ce matin et la prochaine étape allait être difficile.

Pourquoi gardons-nous tant de choses? Nous sommes attachés aux objets, mais l’intériorité, la découverte du monde ne sont-elles pas plus essentielles? Garder autant de toutous et de jouets. Garder tant de vêtements qu’en une décennie nous n’aurons même pas mis. À quoi cela rythme-t-il? Je n’ai pas encore résolu la question. Je cherche encore une réponse adéquate. Pour le moment, je continue pièce par pièce à retirer les objets de ma vie pour la rendre plus légère. Accepter que ces choses ne me définissent plus.

Thirteen reasons why

J’avais entendu beaucoup de potins au sujet de cette série. De bonnes choses comme de moins belles choses. J’ai décidé d’en avoir le coeur net et de me faire ma propre opinion sur le sujet.

Évidemment, j’ai été choquée sur le sujet. J’ai été choquée des scènes sur le harcèlement, sur celle des viols et la fameuse scène de suicide. Oups! J’ai dit le mot vilain. Suicide… Oui, je suis comme tout le monde j’ai les poils qui se dressent sur mon bras quand je prononce le mot. Mais comment réussir à en parler sans dire le mot? Sans donner l’impact à ce mot comme il convient? Ce qui me choque le plus c’est l’hypocrisie des gens qui veulent en parler sans vraiment en parler. Je crois qu’une série comme celle-ci permet de défaire les non-dits et les illusions que nous avons sur l’acte de s’autotuer. Pourquoi quelqu’un veut-il se tuer? Pourquoi quelqu’un veut-il disparaître? Désirer ne plus exister? Aurons-nous une vie humaine pour comprendre?

Ce qui m’a troublé le plus est la finale. Tout le monde est coupable. Tout le monde y a ajouté son grain de sel. Tout le monde aurait pu attacher cette personne à la vie. Les intervenants, les enseignants, les directeurs, les parents, les amis… Mais chacun a laissé mourir l’espoir. Des pancartes le suicide n’est pas une option ont-elles vraiment leur impact quand la personne aux prises avec son côté le plus sombre d’elle-même ne prend même pas la peine de lever les yeux du plancher? Tous ces beaux discours va voir un médecin, un psy…eux comprennent, sont-ils justifiés? C’est juste moi ou j’ai un énorme malaise de confronter la réalité que sincèrement… peu de personnes peuvent aider quand on décide de mettre un terme à la souffrance.

Alors non…cette série ne vous montre pas comment faire. Si vous l’avez pris comme tel le message n’a pas eu d’écho en vous. Vous devriez peut-être la regarder de nouveau ou… vous questionner sur votre propre sensibilité. Que craignez-vous au juste?

Un sourire. Une bonne blague. Une caresse sur l’épaule. Un bonjour. Un intérêt sincère vers l’autre, sa vie, ses passions… c’est cela la véritable cure. Avec la patience comme alliée évidemment. Je ne prétends pas connaître la solution ultime, il n’y en a pas. Les gens font ce qu’ils font parce qu’ils sont malades et sont dans les ténèbres, mais il suffit… parfois… de remettre la lumière.

Pourquoi la série m’a affectée autant? Je ne peux m’empêcher de penser à un ami qui a osé le faire… Sans rentrer dans les détails pour protéger sa mémoire et celle de ses amis proches… car je ne le connaissais pas vraiment. Comme dans cette série, j’ai eu un rôle difficile. Celui de continuer à parler méchamment. Celui de ne pas accepter la personne totalement. Sa différence. Son unicité. Pourquoi? Loin de dire qu’on fait tous des erreurs, j’étais jeune et stupide et ma conception du monde et de sa diversité était une grande déficience. Par chance, j’ai grandi et j’ai appris. Mais ce n’est pas seulement ça qui m’a affecté. Je ne peux pas prendre  simplement l’histoire de quelqu’un d’autre et me l’approprier. Je pense aussi à un collègue de travail qui a sauté du sixième étage et a fait éclater sa tête au bas des escaliers. Chaque fois que je passe là, je retiens mon souffle. Je ne le connaissais pas, mais j’ai mal parce que le prochain je pourrais le connaître. Toutefois, si la série m’a affecté autant c’est sûrement parce que j’y ai pensé un jour…plusieurs jours. Pendant longtemps, disons. Même si ma vie a été différente des protagonistes, l’émotion est la même. Le sentiment de profonde solitude… Incurable, indéniable et fatale je la connais que trop bien.

J’ai trouvé à temps l’écriture. J’ai trouvé à temps ma chandelle qui m’éclairait dans les ténèbres. Je me suis tuée par l’intermédiaire de mes personnages plus d’une centaine de fois. Au fond, mes livres, c’est moi en entier ou en partiel, mais il s’agit toujours de moi.  Alors cette série originale de Netflix a fait ressortir de sous mon lit quelques monstres qui s’y cachaient depuis longtemps. Et si, on cesse de voir nos héros comme des personnes en cape avec de super pouvoirs, mais plutôt comme des personnes vulnérables et sensibles… peut-être…je dis bien peut-être on arriverait, du moins, dans l’art à éveiller quelques âmes, à sauver des gens qui nous sont chers. Je crois que 13 raisons devraient être écoutées en famille afin d’ouvrir la discussion. Simplement l’ouvrir afin de briser l’isolement, briser les doutes, briser les pensées qui se noircissent.

Différente

Les deux amoureux étaient assis de biais à ma table. Ils parlaient un anglais parfait. La jeune femme buvait élégamment son thé pendant que son copain tendrement passait sa main contre sa cuisse. Je les regardais du coin de l’œil, incapable de me concentrer sur mon travail.  J’aurai bien aimé être cette jeune femme couverte de tendresse sous une table d’une maison de thé. J’aurai bien aimé être ce jeune homme qui écoutait attentivement son amoureuse entre deux gorgées. Lorsque des gens qui s’amourache devant vous et que vous, vous êtes célibataires depuis un bon moment, il vous vient plusieurs pensées étranges.

Ma première impression celle de l’envie c’était changer en une violente frustration. Je regardais à nouveau la fille et je l’enlaidis. Qu’avait-elle de plus que moi? N’était-ce pas un hasard que de tomber sur quelqu’un qui vous aime? En tout cas, après cinq minutes à la dévisager je le pensais. Puis est venue la tristesse. Un grand froid passa dans tout mon corps. J’étais seule. Seule et j’assistais avec impuissance à la plus simple tendresse entre un homme et une femme.

Mais ce n’était pas eux le problème c’était moi. Moi qui ai bien de la difficulté à tomber en amour. Moi qui n’ouvre plus son cœur. Moi qui pense à tous ses échecs passés et présents. J’étais rendue à haïr des étrangers! C’était un vrai délire. Je ne pouvais mesurer le fossé de différence qu’il y avait entre nous. Je ne parle pas en terme physique ou mental. Mais je n’étais pas elle  ni elle moi. Nous étions totalement opposés. Je ne parle pas de parole qu’elle aurait pu dire que moi j’étais trop gênée de dire. Il ne s’agissait pas non plus de la désolante réalité que j’étais seule et elle non.

Je constatai avec une grande frayeur que je ne croyais plus, au plus profond de moi que j’avais le droit d’être aimé à nouveau. Je ne pouvais pas imaginer que j’ai droit au bonheur. Je ne pouvais calculer mes statistiques et mes chances vu que je ne possédais ni un ni l’autre. J’étais fermée. Totalement recroqueviller vers l’intérieur sur mon potentiel séducteur.

Pendant que l’étrangère parlait sans cesse de tout et de rien. Elle parlait de son boulot emmerdant et que son mec la regardait avec désir, la rassurait et l’embrassait soudainement sur le coin de ses lèvres, je ne pouvais que frissonner. Que me fallait-il faire maintenant que je connaissais la vérité? À quoi devais-je m’appliquer désormais?

J’eus un sourire en coin. Je venais de trouver ma réponse.

Je devais commencer par apprendre à m’aimer.