Bonheur où es-tu?

Belana repousse tout le monde. Elle vocifère contre l’un et l’autre. Une klingonne en action, bouillonnante et indomptable. Je comprends, du moins, je crois comprendre les émotions qui tournent sans arrêt en elle. Privée de ses origines,  de sa culture, de ses rites de passage et parachuter dans une galaxie loin de chez elle… Où est-ce chez elle au juste? Où suis-je moi-même? En train d’arriver ou sur le point de repartir? Chancelante. Incertaine. Mal à l’aise. Est-ce que c’est ça la vie?

Je me sens toute drôle et non, à la déception générale, mon obsession de star trek n’est pas en cause. Je me sens étrange et mon premier réflexe après une lutte mentale et physique a été d’aller m’asseoir à l’ordinateur et ouvrir mon blogue. Ne sens-tu pas mieux Karine quand tu écris? N’est-ce pas l’équilibre que tu viens chercher? Alors… dis-moi, pourquoi le repousses-tu sans cesse?

Un jour le bonheur va cogner à ma porte. Je vais ouvrir et il s’écria:  »Hey! C’est ton tour! Je suis là pour toi. Tu es désormais dans la joie et le bonheur total. » Voilà ce qui ne va pas. Ces temps-ci j’attends la facilité. J’attends qu’on m’offre ce que je mérite, là, devant ma porte. Idiot peut-être, mais je ne suis pas la seule dans ce cas. Comme une méchante gang, j’ai des jours moyens à catastrophiques au travail, déprimant, et carrément cynique. Comme tout un chacun, ma vie sociale est un désert plat et aride. Et comme certains d’entre vous l’ont déjà vécu, le retour du balancier d’une totale indifférence  des autres de ce qui nous tient à coeur. Je le prends pour la plupart. J’accepte qui je suis pour aujourd’hui et j’accepte de m’aimer dans tout ce chaos. Mais il y a des jours, des soirs et des nuits que m’aimer est plus difficile. Plus ardu. Plus impossible.

Sérieusement? C’est ça être adulte? Une lutte continuelle a freiné nos ardeurs? Oublier nos passions? Payer nos comptes pour ressentir un peu qu’on est en vie grâce au matérialiste, plutôt que de glisser nos pieds nus dans la terre et regarder le temps passer? Travailler. S’acharner. Monter des systèmes qui dépassent l’humanité. Frôler l’hystérie. Être fataliste et croire au final que c’est de même qu’il faut vivre? Se chicaner. Chialer. Pleurer par trop-plein. Pleurer par impuissance. Hurler et déchirer notre âme d’impuissance.

Je suis sûrement incompréhensible. Ce soir, parmi d’autres soirs horribles, je regarde mes pensées et j’ai de la peine pour moi. De la peine d’être incapable de m’aimer. J’aimerais hurler, mais je suis trop fatiguée de mon labeur quotidien. J’aimerais pleurer, mais je suis asséchée. J’aimerais accepter que les choses prennent du temps. J’ai de la peine de voir que le bonheur n’est ni un lieu, ni un fait, ni un objet… c’est un état d’esprit. C’est un mouvement. Un souffle chaud. La caresse du vent. J’oublie que le bonheur n’est ni un mot ni une définition et surtout encore moins une finalité. Que la joie qui submerge n’arrivera pas au pas de ma porte. Ce n’est pas un autre qui pourra me l’amener non plus…  Est-ce un fait de la race humaine cette peur qui vous pogne dans les tripes? Est-ce ancré dans notre code génétique la quête du bonheur? Ou du moins, la recherche d’un plan, d’une stratégie, d’un algorithme qui nous mènerait jusqu’à ce point culminant comme un orgasme ou des feux d’artifice éblouissants?

Et si en effet ceci est notre quête, ma quête, sous quelle roche, Bonheur, dois-je te chercher au juste? Comment savoir si je te vois enfin? Te ressentirais-je? Je me sens tellement agitée. Impuissante. Furieuse. A-t-on caché à ma nature profonde la possibilité de détecter la pureté de ce sentiment?