Bêta-lecture

Quand je prends un contrat en bêta-lecture, la première question que je pose c’est à quoi la personne s’attend en faisant affaire avec moi.

Pour savoir si je peux répondre à son besoin.

Pour savoir quel espoir se cache derrière ce client pour éviter d’alimenter (parfois) une fausse perception.

Lire et commenter un texte va au-delà de dire j’aime et je n’aime pas. Il demande une petite introspection du lecteur /trice. Surtout, si on réclame de ce lecteur, qu’il soit notre bêta donc qui aide à faire l’analyse de notre manuscrit de façon transparente et constructive avant la publication.

On ne naît pas expert, sachez-le.

Et quand je me place comme lectrice, je suis plutôt directe, mais je reconnais la difficulté de ne blesser personne. Alors qu’en tant d’auteure, ai-je un rôle à jouer dans cet échange ? Qu’en est-il de mes bêta-lecteurs ? Pouvons-nous, en tant qu’auteur(e), les guider ?

La réponse est oui.

Je dirais même, ne demandez pas de commentaire si vous ne savez pas ce que vous cherchez exactement comme commentaire.

Je m’explique.

L’objectif d’un bêta-lecteur au sens large est de repérer les incohérences, les temps morts, les rythmes décousus, le niveau de langage qui joue au yoyo, les erreurs de grammaire, vocabulaire, de lieu, améliorer l’aspect d’un personnage et j’en passe.

Ce bêta-lecteur se base sur ses qualités vis-à-vis sa compréhension de la langue évidemment, mais cela n’est pas le plus important. Le but ultime est d’aller chercher ses ressentis.

Une amie m’a déjà dit un jour : « C’est bon, mais ce n’est pas mon genre. »

Qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’est-ce que je suis censée faire de cette réaction ? Comment dois-je l’analyser ? Est-ce que cela m’aide ? Pas vraiment. C’était même limite insultant.

Maintenant, je respire.

Je me calme.

Je trouve des solutions.

Comment faire autrement et mieux ?

Pour les lecteurs de notre produit fini, on a pas beaucoup d’impact ( à part de prendre les commentaires, faire les modifications, poser des questions, sonder, faire mieux la prochaine fois, etc). De plus, ce travail peut être fait en amont ( Bêta-lecture).

Notre rôle en tant qu’auteur est de baliser l’échange.

Mon conseil est le suivant: si vous demandez à quelqu’un de vous faire une rétroaction sur votre texte, imposez-lui des catégories. Imposez-lui des règles. Refusez (mentalement) tout ce qui ne vous apporte pas dans l’immédiat. Prenez note et retournez-sy plus tard. Ou jetez. Vous êtes seul (e) maître à bord !

Exemples de catégories:

  • Vocabulaire
  • Grammaire
  • Orthographe
  • Syntaxe
  • Descriptions des lieux
  • Descriptions des personnages
  • Cohérence
  • Fluidité
  • Niveau de langage
  • etc.

Qu’espérez-vous en faisant lire votre texte ?

Que voulez-vous gagner avec cet échange ?

Si vous utilisez des services de professionnels, assurez-vous d’avoir un devis et un contrat. Exigez de cette personne une liste exhaustive des points qu’il abordera avec vous. Est-ce qu’il y a seulement un rapport ou en plus, un appel téléphonique de suivi ?

Dans le cas où vos bêta-lecteurs sont ces gentilles personnes de votre entourage (ami, famille, job…) qui aiment lire et veulent vous soutenir dans votre passion, aidez-les à vous aider.

Voici quelques idées:

  • Créer une légende pour annoter le texte (par exemple:  Encercle les fautes de français en indiquant  dans la marge : V pour verbe, O pour orthographe, etc.)
  • Proposer des astuces visuelles, d’organisation, des exemples
  • Faites un questionnaire pour une lecture générale
  • Accommoder votre bêta (fichier numérique, document broché, cartable)
  • Etc.

L’erreur fréquente est de donner son manuscrit ( remplis d’espoir d’avoir de bons commentaires sur notre histoire) et de laisser une personne ( un bon lecteur ou un aimant de la lecture) se débattre entre ce qu’il ressent vraiment et ce qu’il ne veut pas vous dire par peur de vous blesser.

Si toutefois, vous savez moins bien gérer une dimension de l’écriture, invitez vos bêta-lecteurs qui le veulent à vous aider en ce sens.

Je dis souvent à mon bêta par exemple de ne pas corriger le français, car c’est une professionnelle qui le fait en général. S’ils veulent souligner les fautes d’orthographes, grand bien leur fasse, mais ce n’est pas ce que je demande.

Le moment où vous donnez votre texte en lecture est aussi important. Assurez-vous de les ménager un peu. Si vous savez que X personne saigne des yeux en voyant des fautes d’orthographe, donnez-lui le manuscrit après quelques relectures. Même que, je vous suggère d’avoir plus d’un bêta et de cibler leur travail et le moment opportun pour chacun.

Rappelez-vous que le plus beau commentaire qu’un lecteur peut faire à un écrivain c’est celui qu’il fait. Le plus beau cadeau pour un écrivain c’est celui d’être lu, alors aidons-le à mieux transmettre son message.