Adieu CHSLD et autres conneries

Trois ans que je jonglais sur la liste de rappel entre centres d’hébergement, hôpital, CLSC, RI et autres conneries pour me faire à croire que j’avais un vrai emploi. Bon! Je suis peut-être dure. Il s’agissait d’un emploi, un vrai, rémunéré. J’ai réussi en me faufilant entre plusieurs affichages à avoir quatre jours semaines depuis février 2016. C’était stable plus ou moins. Une fin de semaine sur deux de libre. J’étais réceptionniste et coupeuse de papier. Non vraiment? Oui vraiment! J’ai été à l’université pour coller des tablettes et couper du papier. Pourtant c’était une belle expérience. J’ai compris d’autres départements que le front du réseau de la santé. J’ai vu des cancéreux, des p’tits vieux, des médecins, des infirmières et un tas de connerie. J’ai vu des sourires et des airs bêtes. J’ai vu des dangereux et des professionnels à tous les niveaux. Des gens crasses. Des gens pour lesquels je me battrais pour eux sans une once d’hésitation. Ce qu’on nous montre dans les médias est faux. Faux. Faux. Faux. Le burnout ne m’en parlez-pas! Le manque de staff non plus. Les coupures… Merci M. Barrette et votre équipe.

Il n’y a pas de recettes pour survivre dans le réseau de la santé. Il suffit d’être vous, refuser ce qui ne vous convient pas. Malgré la lourdeur administrative, la plaie bureaucratique et les êtres humains qui ont perdu le feu sacré, il y a eu de bonnes choses. Des fous rires sincères. Des amitiés guérissantes. Des prises de bec essentielles.

Je reste ou je pars? Voilà la question que je me suis posée pendant trois ans. Ne serais-je pas mieux dans le privé? Dans une PME? Si je reste, on me promet un poste complet, d’être vraiment considérer d’ici cinq ans. Suis-je prête à continuer d’être rabaissée par des collègues de travail? Suis-je prête d’être dans un milieu auquel eh oui! Je n’ai pas toutes les compétences pour en saisir la totalité ( médecine). Est-ce que si je reste, il y aurait quelque part une petite place pour la petite Karine?

En trois ans j’ai géré  des cas lourds en CHSLD. Des gens violents, fugueurs, insultants et tout simplement des connards. Je ne parle pas juste des résidents ici ( hé hé hé). J’ai appris la patience. J’ai appris à me protéger. Je me suis endurcie. Je sais ce que je vaux. Plus personne ne va appuyer sur le bouton panique inutilement. Quand on reçoit un code de violence et que les procédures doivent s’enclencher à travers vous, en sachant pertinemment que si tu ne réagis pas suffisamment vite, un collègue de travail va se faire casser le nez par un résident… Le stresse plus jamais. (OK peut-être un peu de temps en temps).

Vendredi dernier j’étais chez IKEA et je mangeais mon poulet au beurre quand les  ressources humaines m’appellent. Bonjour, Karine, je veux valider quelques postes avec vous. À ce moment-là j’avais déjà accepté d’aller dans le département des achats. Plus tôt dans la journée j’étais allé rencontrer ma nouvelle boss. Elle était géniale et j’avais l’impression de flotter sur un petit nuage. J’allais être entouré de gens compétents. Les vieux de la veille et j’allais connaître leur secret. Je ne vous mens pas quand je dis qu’au téléphone, j’ai fait le suivi avec la technicienne en RH de onze postes. J’ai refusé en cinq minutes onze postes. Dans les affichages, la liste de nom était rendue à moi. C’est quand on m’a dit X centres, acceptes-tu ou tu refuses? C’était le centre que je travaillais depuis trois ans. C’était MON CENTRE. C’est là que j’ai compris que j’avais officiellement passé à autre chose. En février, j’allais commencer à l’IUGM. En février, j’allais devenir une professionnelle dans le réseau de la santé. Je n’étais plus elle qui boucherait les trous à droite et à gauche. Tout de même, il fallait le faire : onze postes refusées! J’avais tant espéré ça il y a trois ans!

J’ai peur de ce nouveau défi. C’est effrayant l’inconnu. Sincèrement. Je ne me réjouis pas de tout recommencer. Mais je sais que j’ai des bases solides que les nombreux départements que j’ai faits m’ont apprises leur spécialité, leur unicité et ça je le trimballe avec moi. Je sais qu’il  n’y aura pas des jours faciles. C’est à espérer sinon qu’est-ce qu’on apprendrait dans la vie sans? Je sais aussi que je passe officiellement à du temps plein. Depuis que j’ai commencé à travailler, je n’ai qu’accumulé quelques heures ici et là. Je vais être dépaysé. Je vais sans doute être épuisée. Toutefois, regarder bien mon sourire. Il ne flanchera pas tout de suite!

Je mets enfin le point final sur mes anciennes vies et je commence ma nouvelle. Plus libre. Plus fière. Plus indépendante. 2018 aura au moins la pertinence d’avoir bien commencé.